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A Fribourg, en Allemagne, certaines maisons produisent plus d’énergie qu’elles n’en consomment.
« Négawatts » contre mégawatts
Les économies d’énergie les « négawatts » sont à nouveau à l’ordre du jour. Les combustibles fossiles (pétrole, gaz, charbon) sont à l’origine d’un nouveau péril appelé « effet de serre » ayant pour conséquence un bouleversement climatique global.
La « chasse au gaspi » lancée après le premier choc pétrolier s’est montrée efficace. Mais avec la baisse du prix du brut, les bonnes résolutions ont vite été oubliées. Il n’y a jamais eu autant de voitures, de grosses cylindrées et de 4×4. Chacun de ces véhicules consomme moins que les petites et moyennes voitures des années 70, mais l’augmentation du parc et des kilométrages annuels gomme les effets positifs des avancées technologiques. Même phénomène avec l’avion : un Airbus A380 consomme en croisière à peine deux fois plus de kérosène que Concorde, pour 5 fois plus de passagers. Mais le développement des voyages à bon marché pèse, là encore, sur le bilan énergétique… Economiser les combustibles fossiles pour limiter l’augmentation de « l’effet de serre », l’argument ne fait pas recette. La perspective d’une pénurie inquiète davantage…
Efficacité énergétique
Si le scénario décrit par l’OCDE se réalise une population de 8,9 milliards d’individus en 2030, une croissance moyenne annuelle de 2,9 % , la consommation mondiale d’énergie aurait à cette date augmenté de 66 % par rapport à aujourd’hui. Pour y parvenir, il faudrait 100 % de gaz naturel en plus, 60 % de pétrole en plus, 55 % de charbon en plus, 100 % d’énergies renouvelables en plus, avec autant d’énergie nucléaire. Cela représenterait une hausse de 70 % des émissions de gaz à effet de serre, bien loin des engagements de réduction de tous les états qui ont signé le protocole de Kyoto. La Chine aura doublé sa consommation de pétrole simplement entre 2003 et 2005 (de 5,5 à 11 millions de barils par jour). Le monde consomme aujourd’hui 82 millions de barils par jour
Ce scénario n’est pas tenable. 2030, c’est dans 25 ans, soit une génération. Les économies d’énergie sont plus que jamais à l’ordre du jour. Consciente des enjeux, la Commission européenne vient de lancer un grand débat sur l’efficacité énergétique (« Consommer mieux avec moins »). Le but : inciter les citoyens à faire évoluer leurs comportements afin de faire baisser de 20 % d’ici 2020 leur consommation d’énergie pour un même service rendu.
Il n’y a jamais eu autant de grosses cylindrées...
Gaz à effet de serre
Les 600 millions de véhicules qui circulent sur la planète sont, avec les industries, l’agriculture et les chauffages domestiques, les principaux responsables de la pollution atmosphérique et de l’émission de gaz à effet de serre qui perturbent inexorablement le climat. Un foyer qui brûle 3 000 l de fuel par an rejette 2,6 t de CO2 dans l’air. En 1 km, une voiture moyenne en rejette 170 g. L’étude de la calotte glaciaire antarctique montre que sur plusieurs centaines de milliers d’années notre atmosphère n’a jamais contenu autant de CO2 que depuis l’avènement de l’ère industrielle.
S’équiper massivement de climatiseurs, comme cela a été le cas lors de la canicule de 2003 n’est pas une bonne idée. Le gaz HFC utilisé dans ces appareils qui ne peuvent manquer de fuir a un impact sur l’effet de serre 1 400 fois plus important que le CO2.
Le réchauffement global du climat est déjà une réalité, avec son cortège de sécheresses, inondations, tempêtes… Les scientifiques n’excluent pas un emballement. Si nous ne stoppons pas le phénomène, dans le meilleur des cas, la survie des espèces supérieures dont nous faisons partie est compromise. Comme l’écrit l’astronome et humaniste Hubert Reeves dans « Mal de Terre »*, « comment l’homme qui a réussi à percer bon nombre des secrets de l’univers ne s’aperçoit-il pas qu’il met la survie de son espèce en péril ? ».
* Seuil, 2003.
Energie grise
Nos choix de consommation pèsent beaucoup sur la consommation d’énergie. Par exemple, les chaussures de sport, qui ont largement détrôné les chaussures de ville en cuir, nécessitent deux fois plus d’énergie que celles-ci tout au long de leur cycle de vie. Un kilo de haricots verts importés d’Afrique par avion nécessite plus de douze fois plus d’énergie qu’un kilo de même légume « de pays ».
En définitive, plus de la moitié de l’énergie que nous consommons ne l’est pas sous forme d’essence, d’électricité ou de combustible pour le chauffage : elle a servi à produire, transporter et éliminer les biens et services que nous consommons quotidiennement ! Cette énergie cachée est appelée énergie grise.
Les petits gestes quotidiens ont également leur importance, car ils sont répétés. Mettre un couvercle sur une casserole fait économiser 30 % de l’énergie de cuisson. L’étendage du linge permet de se passer du sèche-linge, dispendieux en énergie. Etc.
Isoler
En Haute-Normandie, on dépense malheureusement en chauffage 25 % de plus que la moyenne des autres régions françaises, du fait de la vétusté de l’habitat et du nombre de bâtiments datant d’avant les premières crises énergétiques. Il y a là une grande marge de progression.
Dans un bâtiment, la première source d’économie d’énergie consiste à éviter les échanges thermiques avec l’extérieur, à l’isoler du froid en calfeutrant toitures, murs, portes, fenêtres et tuyaux d’eau chaude, en adoptant des fenêtres à double vitrage afin de limiter les déperditions. La facture de chauffage peut être divisée par deux, tandis que les investissements seront déduits du revenu imposable.
L’isolation thermique protège aussi bien du froid que des grandes chaleurs. Mais la conception de la maison joue aussi un rôle essentiel. L’envie de faire entrer le soleil par de grandes baies vitrées ne doit pas faire oublier qu’il faudra par moment gérer la chaleur. Si la climatisation vient alourdir la facture énergétique, ce n’est pas le cas des persiennes, auvents, plantations judicieusement placées, canisses, ouvertures en partie haute…
Point de repère
Effet de serre : phénomène naturel qui permet la vie sur Terre. Du fait de la présence de certains gaz (dioxyde de carbone, méthane, vapeur d’eau…), l’atmosphère emprisonne, comme sous une serre une partie du rayonnement solaire réémis par la Terre sous forme d’infrarouges, ce qui permet un réchauffement de l’atmosphère.
Habitat « actif » : à Fribourg, en Allemagne, des maisons construites sur la base d’une importante réflexion technologique consomment 12,4 kWh/m2/an contre 160 ou plus pour les maisons traditionnelles. Quand en plus, ces maisons sont équipées de panneaux solaires photovoltaïques, elles en arrivent à produire plus d’énergie qu’elles n’en consomment et… exportent l’excédent.