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Pourquoi s’inquiéter, puisque le carburant, après les flambées, redevenait toujours bon marché ?
Notre avenir énergétique
Rappelons cette évidence : le charbon, le pétrole, le gaz et l’uranium sont des combustibles non renouvelables dont les ressources sont limitées.
Les découvertes de nouveaux gisements sont rares et la production montre les premiers signes d’essoufflement. Cette tendance avait été prédite, dès 1955, par un géophysicien du nom de Hubbert. Déjà, en 1979, Le Figaro écrivait que les pays sous-développés ne se satisferaient pas éternellement du fait que les pays occidentaux consomment à eux seuls 85 % des ressources planétaires. Aujourd’hui, la Chine et l’Inde, représentant à eux seuls le tiers de la population mondiale, pèsent de plus en plus fortement dans la consommation des réserves. On a déjà assisté aux premières guerres du pétrole en Asie centrale et au Moyen-Orient…
Combustibles fossiles
Le charbon s’est formé il y a 320 millions d’années à partir de l’accumulation de végétaux morts dans de vastes lagunes. Le pétrole résulte, lui aussi de l’accumulation d’organismes vivants algues et foraminifères principalement dans des bassins sédimentaires. Ces circonstances ne se sont plus reproduites depuis, d’où le qualificatif de « fossiles » donné à ces combustibles. Le lignite, formé plus récemment à l’ère tertiaire, et la tourbe, au quaternaire, sont très localisés et peu intéressants.
Lorsque la consommation était faible, les réserves paraissaient inépuisables. Depuis le premier choc pétrolier de 1973, on se demande sur quelles réserves énergétiques nos sociétés développées peuvent compter. Les lobbies pétroliers, évidemment intéressés, se sont toujours montrés optimistes, annonçant des échéances dépassant le XXIe siècle pour le pétrole et le gaz. Pourquoi s’inquiéter, d’autant que le carburant, après les flambées, redevenait toujours bon marché ? Les générations futures trouveraient bien des solutions de remplacements…
Quant au combustible nucléaire, la disponibilité de la ressource n’avait jamais été évaluée jusqu’à récemment. On pensait même, avec le surgénérateur Superphénix, produire plus de combustible qu’on n’en avait utilisé au départ. « De l’énergie pour mille ans ! »
Le terme de l’exploitation pétrolière
Pour le charbon, les réserves avérées sont encore importantes (225 ans au rythme actuel), mais, dans les pays développés, on a vu se fermer depuis trois décennies des mines trop coûteuses à exploiter. Il n’y a guère que des pays à faible coût de main d’œuvre, comme la Russie ou la Chine, pour extraire le charbon, d’autant que beaucoup de gisements y sont à ciel ouvert.
Le pétrole se situe dans une roche réservoir poreuse au sein de laquelle il faut le pomper. A un certain niveau d’exploitation de la ressource, il faudra dépenser plus d’énergie pour « aspirer » le pétrole que ne peut en fournir celui-ci. L’exploitation s’arrêtera donc. Le terme de l’exploitation pétrolière se situerait les avis sont de plus en plus concordants entre 2020 et 2030. Les hypothèses les plus optimistes des compagnies donnent 30 ans de plus.
Le gaz, dont les réserves semblent plus importantes que celles de pétrole, pose moins de problèmes d’extraction. Mais, comme le gisement français de Lacq, les autres poches de gaz finiront bien par s’épuiser. Nous avons soixante ans d’exploitation devant nous, selon les experts. Et après ?

Le gisement français de gaz naturel de Lacq : épuisé.
Colossale fusion
A l’origine, l’uranium était de la « poussière d’étoile ». Il y a six ou sept milliards d’années, en effet, une supernova a explosé, fabriquant par fusion de noyaux d’atomes de fer, à 10 milliards de degrés, les atomes les plus lourds présents naturellement dans l’univers, comme l’uranium. Puis les atomes présents dans la nébuleuse résultant de l’explosion se sont rassemblés sous l’effet de la gravitation, formant le système solaire.
Les terribles bombes H (H pour « hydrogène ») ont montré que la fusion d’atomes légers, comme ceux de l’hydrogène, pour former de l’hélium, dégage une énergie gigantesque. En laboratoire, faute de pouvoir maintenir une température suffisante, la réaction de fusion s’arrête d’elle-même et les neutrons hyper-rapides émis provoquent un vieillissement rapide des enceintes de confinement. Quant à produire massivement de l’énergie avec la fusion… Les difficultés à surmonter sont colossales. On ne sait pas, aujourd’hui, obtenir du tritium en quantité suffisante pour alimenter ce type de centrale. Il faudrait un plasma à… cent millions de degrés, conservé dans une enceinte immatérielle constituée par de puissants électro-aimants très gourmands en énergie et… refroidis à une température proche du zéro absolu ( 273 °C) !
En matière de fusion thermonucléaire, les espoirs sont aujourd’hui placés dans le projet d’ITER (International Thermonuclear Experimental Reactor), localisé en France. Il est bien sûr très coûteux, les résultats qu’on en attend dans trente ans sont incertains et une éventuelle exploitation industrielle ne verrait pas le jour avant le XXIIe siècle.
Ce qui est raisonnable
Entre la pénurie des ressources à court terme et la découverte hypothétique d’une énergie inépuisable, il serait raisonnable d’envisager des solutions transitoires, tant qu’on dispose d’énergie abordable pour les réaliser. Les seules sources sur lesquelles nous pouvons vraiment compter sont l’énergie du soleil et tous ses dérivés ainsi que le cœur chaud de notre planète.
Peut-on vivre avec moins d’énergie ? Nos ancêtres ont montré que oui, et bien des populations le font encore aujourd’hui.
D’abord, éviter le gaspillage. En France, 65 % de l’énergie pourraient être économisés. La débauche de lumière en ville est-elle vraiment nécessaire ? Et les sports mécaniques ? Et les stades éclairés la nuit ? Il y a des habitudes qu’il est urgent de reconsidérer.
Point de repère
Le « pic de Hubbert » : le géophysicien Hubbert a étudié, dans les années 1950, ce qu’il adviendrait de la consommation de pétrole dans les 80 ans à venir en relation avec les capacités de production. L’étude particulière réalisée sur les stocks américains se révèle aujourd’hui fondée. Si on l’extrapole à l’échelle mondiale, l’inadéquation grandissante entre la demande et l’offre montre qu’à partir de 2007 le pétrole va devenir une ressource inabordable et qu’en 2030 les stocks accessibles seront définitivement épuisés, ce que corroborent les géologues actuels.