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Energie nucléaire, énergie inépuisable ?



Centrale électronucléaire de Paluel (Seine-Maritime).
En 1905, peu après la découverte des constituants de l’atome, un savant solitaire du nom d’Einstein élabore une théorie, dont il ne mesure pas la portée. L’énergie nucléaire est d’abord utilisée comme arme redoutable avant d’être domestiquée pour un usage civil.

Après Hiroshima et Nagasaki, en 1945, le monde a pris conscience de l’énergie colossale que pouvaient libérer quelques kilogrammes d’uranium ou de plutonium. En pleine guerre froide, dans les années 1950 et 1960, la France se dote, à titre expérimental, de ses premiers réacteurs nucléaires civils. Ils sont avant tout destinés, à une époque où charbon et pétrole sont abondants et bon marché, à produire le plutonium des bombes H, garantes de l’indépendance militaire de la France.

« Indépendance » énergétique

Ce n’est qu’à partir des chocs pétroliers que la France mesure la charge des importations de pétrole. Ses dirigeants organisent son « indépendance » énergétique en installant de nombreux réacteurs nucléaires le long des grands fleuves ou au bord de la mer. A présent, 78 % de la production nette française d’électricité sont d’origine nucléaire. Ceci a permis de réduire le nombre de centrales au charbon ou au fuel et, donc, la pollution atmosphérique. Mais afin de rentabiliser ses très lourds investissements, EDF a incité les consommateurs à s’équiper en chauffage électrique, un prodigieux gaspillage énergétique (cf. p. 14). Sur les 58 « tranches » installées, 10 au moins servent à exporter de l’électricité, parfois à perte. Dans le calcul du prix de vente de l’électricité, il semble que le coût du démantèlement des centrales en fin de vie ait été mal appréhendé.
L’« indépendance » énergétique de la France est relative. L’uranium, comme le pétrole, doit être acheté à l’étranger. Le recyclage du combustible nucléaire ne présente pas les avantages environnementaux espérés et coûte… 145 millions d’euros la tonne.
Le terme de « centrale » nucléaire résume bien le choix centralisateur qui a été fait en matière de production énergétique, dont une des premières conséquences néfastes est une déresponsabilisation du consommateur.
Par ailleurs, la canicule de 2003 et la baisse de niveau des cours d’eau ont montré les limites technologiques d’un système qui a besoin d’énormes quantités d’eau. Une centrale nucléaire, en dépit des prouesses technologiques déployées, n’est jamais qu’une grosse bouilloire !
Enfin, la catastrophe de Tchernobyl a confirmé par les faits que le risque n’est jamais nul, avec cette fois des conséquences sanitaires importantes à l’échelle locale, mais aussi continentale. Le réseau Francim des registres du cancer, mis en place afin de suivre l’évolution de l’incidence de la maladie et analyser le rôle de l’accident de Tchernobyl, relève sur la période 1978-1997 une augmentation des cancers de la thyroïde de l’ordre de 6,2 % par an chez l’homme et de 8,1 % par an chez la femme. Cet accident a, par ailleurs, mis en évidence un certain « manque de transparence » des autorités françaises quant à ses conséquences réelles sur le territoire national.

L’uranium

L’uranium, seul combustible des centrales nucléaires, est sans doute une des matières les plus rares de la planète. Les atomes radioactifs sont le plus souvent dispersés, comme en Auvergne et en Bretagne, dans le granite. Seuls les gisements concentrés sont exploités, dans le Massif central, en Afrique, en Australie… L’uranium 235, le seul fissile, ne représente que 1 % du mélange extrait et doit donc subir un « enrichissement », en fait une séparation d’avec l’uranium 238, dans des usines comme celles de Cadarache et Marcoule.
Les gisements d’uranium peuvent assurer le fonctionnement des centrales pendant 70 ans environ au rythme de la consommation actuelle. Il faudrait irradier l’uranium dans des surgénérateurs pour augmenter notablement la quantité de combustible fissile disponible. Ce qui était possible sur le papier s’est révélé être un fiasco, avec la construction de Superphénix.
Au départ, l’uranium était de la « poussière d’étoile ». Au moment de son explosion, il y a 6 à 7 milliards d’années, une supernova a fabriqué, par fusion de noyaux de fer, les atomes les plus lourds présents dans l’univers, dont celui de l’uranium. Puis elle les a dispersés dans l’espace. Ces atomes lourds, accompagnés des atomes légers, furent à la base de la formation de la Terre et des autres planètes telluriques. Les atomes légers seuls participèrent à la construction des planètes gazeuses, comme Jupiter, et les atomes d’hydrogène furent à l’origine du soleil.

Déchets à longue durée de vie

La question des déchets reste le problème central de la filière nucléaire. Pendant la durée de vie d’une centrale, il faut renouveler le combustible, qui s’est transmuté en différents atomes. Certains, comme ceux du plutonium, peuvent servir à nouveau de combustible après traitement. D’autres – les déchets radioactifs – sont des atomes inexploitables mais dont le rayonnement peut provoquer des cancers, des mutations génétiques, voire la mort. Leur durée de vie peut être très longue : 30,2 ans pour le césium 137, 24 100 ans pour le plutonium, 704 millions d’années pour l’uranium 235… Les usines spécialisées dans le retraitement de ces déchets, comme celle de La Hague (Manche), s’attachent surtout à confiner les déchets à vie courte. Mais la question se pose de la conservation des déchets à vie longue. Certains pays les ont jetés… au fond des océans. Quel que soit le mode de stockage choisi pour ces déchets – vitrifiés, scellés dans des fûts métalliques, dans des sarcophages de béton –, qu’ils soient placés sous surveillance en surface ou enterrés dans d’anciennes mines, personne ne peut prédire ce qu’il en adviendra dans cent ans ou a fortiori dans plusieurs centaines de milliers d’années.
Certains ingénieurs prédisent l’avènement de technologies permettant de « brûler » les déchets radioactifs ! Mais la seule opération physique possible est la transmutation des isotopes radioactifs en ajoutant ou retranchant aux noyaux des protons ou des neutrons. Autrement dit une chimère qui nécessiterait une débauche d’énergie. Si cette technologie était au point, elle permettrait tout simplement de transmuter… le plomb en or.

Point de repère

1896 Henri Becquerel découvre la radioactivité.
1956 Première production d'électricité d'origine nucléaire à Marcoule, dans un réacteur d'essai
1963 Inauguration, à Chinon, de la première centrale de taille commerciale
1985 Mise en service des deux premières unités de production de Paluel (S.-Mme)
1986 Catastrophe de Tchernobyl
1990 Mise en service du premier réacteur de Penly (S.-Mme)


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