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« Tout pétrole, tout voiture. »

Le pétrole, énergie du XXe siècle



Si le premier forage pétrolier a été inauguré à Titusville, Pennsylvanie (Etats-Unis) dès 1859, le pétrole est bel et bien l’énergie reine du XXe siècle. L’essence et le gazole qui en sont extraits ont révolutionné les transports.

Il y a fort longtemps, lorsqu’on découvrit le pétrole – une roche liquide appelée en latin petroleum, « huile de pierre » –, on n’imaginait pas la destinée qui serait celle de ce liquide nauséabond et poisseux. On voyait en lui avant tout… un remède aux maladies de peau. Le pétrole « lampant » servit d’abord à éclairer les foyers. C’est ainsi que Rouen a eu sa première raffinerie, dès 1863 : la Luciline.
Pour la propulsion, l’usage de la vapeur, à la suite du fardier de Cugnot, a vite montré ses limites sur un réseau routier peu carrossable. C’est d’abord la voiture électrique – on le sait peu – qui a été « la » voiture, dans les années 1900. Par la suite, la voiture à pétrole, puis à essence, a assuré sa suprématie, occasionnant une véritable révolution dans le transport routier. Le moteur diesel, inventé peu après et de meilleur rendement, restera essentiellement réservé, jusqu’aux années 1960, aux gros moteurs des locomotives, navires et camions fonctionnant au gazole.

De l’essence au kérosène

Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, l’automobile est réservée à une élite. Ce n’est véritablement qu’à partir des années 1950 qu’elle commence à se démocratiser. A cette époque, on roule au « super » ou à « l’ordinaire ». Ce n’est que vers la fin des années 1970 que le parc de voitures diesel se développe d’une façon propre à la France. Faible coût à la pompe, exonérations fiscales, meilleure longévité des moteurs… sont alors autant d’arguments incitatifs.
Au milieu des années 1990, lorsque la pollution automobile devient un problème, apparaît le GPL (gaz de pétrole liquéfié), mélange de butane et de propane, sous-produit du raffinage naguère brûlé dans les torchères. Souffrant de préjugés défavorables – la peur de rouler avec une « bombe » dans son coffre – et de l’effet produit par l’incendie sur un parking d’une voiture équipée au GPL, ce carburant n’a pas eu le développement qu’il a connu ailleurs, en Italie par exemple.
C’est dans les années 1930 que le transport aérien, réservé d’abord à l’acheminement postal, s’ouvre au transport de passagers, avant de connaître l’accroissement sans précédent des vols charters au quatre coins de la planète dans les années 1970-1980. De l’essence des moteurs à hélices, on est passé au kérosène (carburant voisin du pétrole lampant) des moteurs à réaction.

Poste de livraison de gaz naturel dans un village de Haute-Normandie.
« Tout pétrole »

Au cours de la seconde moitié du XXe siècle, le pétrole, en tant que combustible pour l’industrie, remplace peu à peu le charbon. Celui-ci se retrouve cantonné dans la production électrique et thermique, notamment l’industrie lourde. Le pétrole imprime sa marque dans les sociétés dites « développées » au point qu’on peut parler d’une civilisation du « tout pétrole ». Les plastiques et nombre de produits d’usage quotidien sont issus de la chimie organique, dont la matière première est le pétrole.
En ce qui concerne l’usage domestique, le « mazout » a remplacé avantageusement le charbon, s’avérant plus propre et facile d’entretien, et moins pénible au quotidien. Utilisé d’abord dans des poêles, il a trouvé sa pleine mesure avec l’essor des chaudières de chauffage central au « fuel » à partir des années 1960-1970.
Pour la cuisine, lorsque les cuisinières ne sont pas raccordées au gaz de ville, il est d’usage, depuis les années 1930, de les alimenter au moyen de bonbonnes de butane ou de propane, ce dernier offrant la possibilité d’être stocké à l’extérieur sans geler. Cette particularité a également permis l’installation du chauffage au gaz dans des maisons situées dans des quartiers non desservis par le réseau de gaz naturel.
Le pétrole abondant et pas cher rend possible la mise sur le marché de « gouffres énergétiques » made in France tels le supersonique Concorde et, au rayon des grosses berlines, la Citroën SM. De vrais symboles d’une époque qui devient celle du « tout voiture, tout camion, tout avion » !

Géostratégie

C’est alors qu’a lieu le premier « choc pétrolier ». En octobre 1973 se déclenche la Guerre du Kippour, nouvel épisode du conflit israélo-arabe, dont un des effets sera le quadruplement du prix du brut décidé par l’Opep, organisation dominée par les pays arabes, comme mesure de rétorsion envers les Américains et tous ceux qui ont soutenu Israël. Géostratégie et ressource pétrolière sont intimement liés.
C’est la fin des Trente Glorieuses, trois décennies de prospérité économique. On recherche des sources d’approvisionnement en pétrole plus sûres, notamment en mer du Nord. Pour la première fois dans l’histoire de France, on « chasse le gaspi ».
De cette époque date le début du développement de l’énergie « gaz ». Il repose plus sur le gaz naturel que sur le propane et le butane, qui sont extraits du pétrole. Le gaz naturel forme des poches dans le sous-sol, en relation ou non avec les gisements de pétrole ou de charbon, son origine étant la même. Il s’en forme en permanence dans la vase des étangs (« gaz des marais ») et les décharges d’ordures ménagères, par fermentation anaérobie. Composé essentiellement de méthane, il est, sous le nom de grisou, responsable de dramatiques explosions dans les mines.
Le gaz naturel a remplacé le gaz obtenu par la distillation de la houille, et lui aussi distribué par des réseaux, d’où la confusion fréquente entre les deux combustibles, indistinctement appelés « gaz de ville ». Le gaz a connu un essor plus récent que le pétrole. Son utilisation pour la cuisine ou le chauffage a été encouragée après les chocs pétroliers de 1974 et 1979. Il a permis d’échapper à l’emprise des pays fournisseurs de pétrole et il s’est révélé moins cher que le fuel, tout en nécessitant des chaudières moins encombrantes et plus faciles d’entretien.

Point de repère

1863 Création de la Luciline, raffinerie de pétrole lampant, à Rouen
1883 Invention du moteur à essence par le Rouennais Édouard-Napoléon Delamare-Deboutteville
1893 Invention du moteur à auto-inflammation par l’ingénieur allemand Rudolf Diesel
1928 Première grande raffinerie à Petit-Couronne
1973 Premier Concorde de série et… premier grand choc pétrolier
1979 Deuxième choc pétrolier


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