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Maîtriser les ruissellements et l’érosion



Traiter les problèmes en amont : haie nouvellement plantée dans un champ.
Au niveau de la parcelle cultivée, bien des choses sont possibles pour maîtriser les effets dévastateurs des fortes pluies.

Il suffirait de remettre en herbe 5 % de la surface agricole d’un bassin versant pour que les problèmes liés au ruissellement – inondations par coulées boueuses et érosion des terres –, récurrents en Haute-Normandie, soient réglés ! A condition, disent les chercheurs de l’Inra, que ces 5 % soient positionnés de manière pertinente. C’est dire le pouvoir qu’exerce l’agriculteur sur le cycle de l’eau et ses effets pervers, dont il est la première victime lorsque les ravines creusent ses champs. D’abord, traiter les problèmes en amont, en prévenant la formation des « petits ruisseaux » qui « font les grandes rivières »… qui provoquent des inondations à l’aval.

Le découpage des parcelles

L’amont, c’est la parcelle cultivée, où naît le ruissellement. La terre limoneuse de Haute-Normandie présente le défaut de s’imperméabiliser sous l’effet d’une pluie battante. Mais l’agriculteur peut modifier ses pratiques de travail du sol (semis direct, binage). Il peut aussi reconsidérer son territoire. Les très grandes parcelles favorisent la concentration des ruissellements. François Papy, chercheur à l’Inra, à propos du pays de Caux : « Dans ce type de relief, à partir d’une certaine taille, la parcelle englobe un talweg dans lequel se concentre le ruissellement. Un nouveau système érosif se déclenche qui accroît brusquement les risques de départ de terre hors de la parcelle. […] S’il n’est pas grave de réaliser un agrandissement de parcelle qui s’établirait sur deux bassins versants contigus, il faut éviter qu’une même parcelle englobe tout l’impluvium d’un petit bassin versant. […] Le découpage des parcelles doit s’adapter au réseau de lignes de concentration. Dans la mesure du possible, le talweg devrait être pris comme limite de parcelle et, si possible, enherbé. […] Pour réduire l’érosion dans les axes de concentration, on a intérêt à pratiquer un sens du travail parallèle à l’axe du talweg […]. » Le chercheur conclut : « Le découpage des parcelles peut être une mesure efficace de maîtrise des risques d’érosion […] [Il] doit être repensé de façon plus collective sur un territoire plus étendu comprenant des petits bassins versants contigus. »

Favoriser l’infiltration

Second principe : favoriser l’infiltration et la rétention de l’eau, ce qui diminue d’autant les volumes qui ruissellent. L’herbe est un des couverts les plus favorables à l’infiltration : prairies, pâturées ou fauchées, mais aussi bandes enherbées placées dans les champs sur les « passages d’eau », ou encore semis de ray-grass (une graminée) dans le maïs, ou enfin « prairies inondables », sortes de retenues d’eau temporaires. Tout cela, bien que connu depuis des années, reste à développer dans notre région. Ce génie végétal doit trouver sa place dans l’art des ingénieurs et techniciens, plus familiers des techniques dures.
Là où de l’herbe ne peut être implantée, il est souhaitable, sous le climat haut-normand, que 65 % du sol soit recouvert en hiver. Cela peut être réalisé par des cultures intermédiaires ou par une rotation équilibrée faisant alterner cultures d’hiver (céréales, colza) et cultures de printemps ou d’été (maïs, betterave, pomme de terre…).
Préserver les infrastructures paysagères existantes – haies, talus, bords de chemins enherbés, mares, fossés –, ou en recréer, favorise aussi l’infiltration autour des parcelles.


Le binage corrige l’imperméabilisation du sol : à g. betteraves non binées, à dr. betteraves binées.


La vache et l'épi (6/15)

· L’épi : la parcelle moyenne de blé a vu sa surface doubler en Seine-Maritime entre 1976 et 2001, passant de 2,2 à 4,8 hectares*. Dans l’Eure, l’augmentation a été plus minime, les parcelles étant depuis longtemps très grandes : 4,6 ha en 1976, 5,5 en 2001. Certaines parcelles dépassent les 10 ha. Or, la dimension des champs est un des facteurs du ruissellement.

· La vache : l’herbe nourrit les bovins et… protège contre les inondations. Un mètre carré d’herbe peut absorber 20 à 50 mm d’eau par heure, contre 2 à 5 pour un sol nu non travaillé. Autant qui ne va pas ruisseler…

* Agreste, novembre 2004.


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