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Pays, paysages, paysans

Chênes plantés dans une pâture : une agriculture de qualité ne va pas sans un paysage de qualité.
Ce sont les paysans qui, au fil des siècles, ont créé de toutes pièces les paysages ruraux qui font l’identité de nos pays. Les arbres champêtres, les prés, les haies, les bosquets, le moindre buisson, la moindre fleurette au bord d’un chemin, nous les leur devons. Alors pourquoi ce chantier du paysage semble-t-il actuellement comme en suspens ?
Un nouveau paysage est-il en train de naître, ou l’ancien est-il en train de disparaître ? La question reste ouverte. Le pays de Caux, le Roumois, le pays d’Ouche, le Vexin, le Lieuvin et autres régions naturelles de Haute-Normandie semblent fidèles à eux-mêmes. Le grignotage ne saute qu’aux yeux les plus avertis : des clos masures transformés en lotissements ; des haies de moins en moins champêtres ; des arbres isolés de plus en plus… isolés.
Si les paysans d’autrefois ont créé ces paysages, c’est que leurs éléments présentaient pour eux une utilité. Sans doute faudrait-il pour que le paysage retrouve un sens au niveau de l’exploitation agricole lui découvrir d’autres fonctions. On a vu, ou on verra, que c’est un puissant levier de la maîtrise de l’eau et des pollutions. Que sans vrai paysage il n’est pas de biodiversité, de gibier… Ce ne sont là que les aménités les plus urgentes à réactiver.

Chênes, aubépines et pruniers sauvages en bord de chemin : le patrimoine immatériel de la simple beauté.
Penser à l’avenir
Le paysage étant la première chose que l’on voit d’un pays, c’est l’image de son agriculture qui est en jeu. Bien sûr, l’agriculture haut-normande vend peu à travers son image, au contraire du Gers ou de l’Auvergne. Elle exporte beaucoup, livre ses produits au grand melting-pot de l’industrie agro-alimentaire. Mais cela pourrait bien changer. Des « niches » de plus en plus nombreuses fromages, fruits, pain, volailles… sont probablement appelées à se développer. Les producteurs devront alors se rappeler qu’une agriculture de qualité ne va pas sans un paysage de qualité. D’où la nécessité de penser à l’avenir, comme l’exigerait une agriculture durable. Autrefois on plantait des peupliers à la naissance d’une fille en se disant que le produit de leur vente, vingt ans plus tard, constituerait sa dot ! Aujourd’hui, peut-être faut-il planter des chênes dans les pâtures pour le confort des bovins de demain. Le paysage arboré est un « puits de carbone », véritable placement à long terme pour une société qui a pris conscience du risque d’un effet de serre accru. Ce service sera peut-être reconnu, et rémunéré, un jour… Le paysage producteur d’énergie : un plateau venté, des éoliennes. L’agriculteur dispose de l’espace…
Le patrimoine immatériel de la simple beauté peut constituer pour certains paysans une motivation suffisante, que les collectivités peuvent encourager. C’est ce que font, par exemple, le conseil général de la Seine-Maritime à travers diverses aides financières et les conseils apportés par le CAUE, et celui de l’Eure en favorisant les jachères fleuries.
La vache et l'épi (5/15)
· L’épi :
Deux mille ans de labeur ont fait de cette terre
Un réservoir sans fin pour les âges nouveaux.
Mille ans de votre grâce ont fait de ces travaux
Un reposoir sans fin pour l'âme solitaire.
Vous nous voyez marcher sur cette route droite,
Tout poudreux, tout crottés, la pluie entre les dents.
Sur ce large éventail ouvert à tous les vents
La route nationale est notre porte étroite.
Nous allons devant nous, les mains le long des poches,
Sans aucun appareil, sans fatras, sans discours,
D'un pas toujours égal, sans hâte ni recours,
Des champs les plus présents vers les champs les plus proches.
Charles Péguy (1873-1914)
· La vache : la boîte de camembert en bois de peuplier est un des tout premiers packagings de l’histoire. Son étiquette est un véritable outil de marketing. Que montre-t-elle ? Un beau paysage normand fait de prairies, de vaches, de pommiers et de haies, avec parfois une belle fermière. Le beau paysage fait vendre les produits qui en sont issus.