Brochure en ligne
Repainville, aux portes de Rouen, site de tradition maraîchère.
La ville à la campagne
Le paysage produit par l’urbanisation reflète la qualité des liens sociaux.
Les habitants qui s’installent à la campagne souhaitent renouer avec les racines familiales, le "bon air" et le calme. Au lieu de cela, ils se retrouvent souvent dans une zone pavillonnaire comme en offre n’importe quelle périphérie urbaine. Les commerces de proximité, l’école, etc. ont parfois disparu, ce qui entraîne l’accroissement des flux migratoires vers des grandes surfaces éloignées et la disparition du lien social dans les villages. Promis à des constructions futures, les espaces de campagne environnants tournent à la friche. Chacun n’a que des relations très superficielles avec son voisinage et tend à s’enfermer derrière une haie haute et épaisse.
Devoir de mémoire
La désintégration du paysage rural par l’urbanisation n’est pas inéluctable. Se fondant sur le devoir de mémoire, quelques communes rurales ont misé sur des conceptions rompant avec la rurbanisation classique.
Voici quelques actions dans ce sens :
· Installation ou maintien de commerces de qualité dans un centre-bourg préservé.
· Requalification d’un verger, d’une mare, d’une allée plantée comme espace de convivialité.
· Réhabilitation du marché local.
· Réhabilitation d’un corps de ferme en zones d’activités et de commerce.
· Transformation du bâti agricole traditionnel (grange, pressoir) en logements locatifs ou équipements publics à vocation administrative ou culturelle.
· Préservation du petit bâti traditionnel (lavoirs, four à pain).
· Création de cheminements.
· Itinéraires pédagogiques.
· Restauration des points de vue.
· Conservation de la toponymie locale.
Il est souhaitable que des schémas cohérents d’urbanisation remplacent les pratiques anarchiques antérieures.
Les Zac (Zones d’aménagement concertées) répondent à cet objectif qualitatif et structurant par des recommandations concernant les volumes des nouveaux bâtiments, les matériaux et les couleurs employés, les plantations, etc.
Rien n’empêche, au contraire, d’intégrer un nouveau lotissements dans une cour-masure ou autre parcelle bocagère... L’intégration est également un concept clé pour les équipements (stations d’épuration, mobilier "urbain", réseaux, etc.), comme pour la voirie. La campagne s’accommode mieux, par exemple, d’une voirie "mixte", accompagnée de plantations bien pensées, que des trottoirs en enrobé.
Lien social
Dans les grandes agglomérations gagnées par la périurbanisation, les mêmes principes peuvent être appliqués. Celle de Rouen possède, par exemple, des espaces naturels qui des joyaux paysagers : Roches d’Orival, Roches blanches de Saint-Adrien, Côte Sainte-Catherine, Côte du Roule (Saint-Léger-du-Bourg-Denis), etc. Ces espaces étaient promis à la dégradation paysagère jusqu’à ce que la sollicitation des propriétaires communes ou particulier permette la renaissance d’activités d’entretien du paysage. Il est apparu en outre que cette action était créatrice de lien social et satisfaisait pleinement les riverains. Aujourd’hui, l’espace vert urbain acquiert une nouvelle dimension dans la préservation de nos racines rurales. L’intérêt que suscite les jardins familiaux le montre, par exemple à Repainville, aux portes de Rouen, site d’ancienne tradition maraîchère qui a alimenté Rouen depuis le Moyen Age. La disparition d’un beau corps de ferme sous la pression de l’urbanisation est toujours mal ressentie. En revanche, sa réhabilitation sous couvert d’activités pédagogiques est valorisante pour la collectivité.
La réhabilitation des espaces naturels ou ruraux subsistant dans la ville ne constitue qu’une étape. Elle ne dispense en rien de recréer un tissu de relations entre ville et campagne sans lesquelles les paysages ne seraient qu’un écrin vide et donc promis à disparaître à plus ou moins long terme.
Cadre chaleureux
L’intégration d’un établissement industriel, d’une surface commerciale, d’une carrière désaffectée, d’une décharge contrôlée… ne se réduit pas à la plantation de squelettiques de peupliers d’Italie. Il y a mieux à faire pour un investissement identique. Le choix des essences est fondamental, la structuration paysagère également. L’alignement d’arbres est moins monotone avec un "sous-étage". La création de bosquets irréguliers, sur le mode naturel, est autrement plus séduisante. Les grandes surfaces seraient facilement intégrées par des plantations appropriées, comme on peut le voir en Allemagne, en Suisse, au Canada, par des rideaux d’arbres installés à la périphérie des parkings.
Sur les parkings eux-mêmes, la plantation régulière d’arbres toutes les quatre emplacements, par exemple serait une contribution à la qualité du paysage et au confort de la clientèle. Toutes les structures qui accueillent du public, qui emploient du personnel, ont intérêt à créer un cadre paysager, simple d’entretien, mais chaleureux.
Le Pont de Normandie.
L’utile peut être beau
Le beau est utile et l’utile peut être beau. Alors, pourquoi un projet d’infrastructure est-il toujours sujet à polémique ? On s’indignerait aujourd’hui de la destruction des viaducs de briques de Mirville, Barentin ou Malaunay, construits pourtant il y a à peine plus d’un siècle, et parfaitement acceptés aujourd’hui.
Le Pont de Normandie est esthétiquement plus réussi que celui de Tancarville. Le viaduc du vallon de Rogerville, sur l’autoroute A 29 n’est pas un ouvrage d’art banal. Mais force est de constater que faute de s’en être préoccupé pendant des décennies, il sera difficile de digérer un certain nombre de monstruosités : châteaux d’eau, pylônes électriques, silos agricoles, bâtiments industriels, entrepôts commerciaux, discothèques, stations-service... A moins qu’avec le temps, elles ne soient admises comme faisant partie du patrimoine paysager du XXe siècle !