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Le paysage est la première chose que voit le voyageur lorsqu'il traverse un pays.

Pourquoi conserver les paysages ?



La conservation des beaux paysages correspond à une aspiration de la société. Elle est également essentielle sur les plans économique et écologique, notamment pour la maîtrise du ruissellement.

Le paysage n’a jamais cessé d’évoluer depuis que l’homme pratique l’agriculture. L’espace qu’il a construit est fort différent de l’espace naturel originel, plutôt monotone : un pré-bois à perte de vue, parfois coupé par une vallée...
En revanche, le paysage rural traditionnel est apprécié de tous, avec ses champs et ses prairies, ses haies et ses bosquets, le village entouré de verdure d’où émerge un clocher séculaire. Et, a contrario, le spectacle d’une ferme ou d’une cité moderne, ou d’un complexe industriel, nous laisse froids, voire hostiles. Qu’est-ce donc qui fait qu’on aime ou pas un paysage, et qu’on a envie de le conserver ?

Mémoire collective



Ce serait avant tout une question de temps : une évolution brutale du paysage telle que nous venons de la vivre – en à peine quelques générations – nous est insupportable.
C’est pourquoi nous sommes sans cesse en quête de repères identitaires rappelant le paysage d’autrefois : faux colombages, faux puits, réverbères "rétros"... Nous apprécions le vieil arbre conservé, le porche de ferme restauré à l’entrée d’un nouveau quartier : ce sont des signes de reconnaissance, marquant l’appartenance à un territoire, un village, une région.
A la lumière de l’histoire, une constatation s’impose : nous apprenons à découvrir et à aimer les paysages quand ceux-ci disparaissent ou sont profondément atteints dans leur intégrité.
De nombreux géographes soulignent que le fait de détruire les paysages revient à faire disparaître de la mémoire collective l’histoire d’un pays ou d’une région et à faire perdre à la société ses repères. A l’inverse, d’autres stigmatisent une approche nostalgique qui conduirait à faire de la France un "musée du paysage". Force est, malgré tout, de reconnaître que la qualité du paysage fait de la France le pays le plus visité au monde et d’Etretat un site mondialement connu.

Image de marque



Le paysage est la première – et parfois la seule – chose que le voyageur voit lorsqu’il traverse une région. C’est pourquoi il est important comme image de marque. Il acquiert alors une véritable valeur économique.
Une région qui maltraite ses paysages donne l’impression de négliger l’essentiel, de ne pas savoir donner à ses habitants la qualité de vie qu’ils sont en droit d’attendre. Les entreprises à haute valeur ajoutée, faisant appel à un personnel de haut niveau, préfèrent alors s’installer ailleurs. Les "résidents secondaires" ne s’y sont pas trompés en choisissant de s’installer partout où les paysages sont restés authentiques.
D’autre part, la qualité des paysages – au même titre, par exemple, que celle des eaux de baignade – peut être considérée comme une véritable infrastructure sans laquelle le tourisme ne pourrait pas exister.

L'élément marquant de ce paysage est la présence de jeunes chênes. L'éleveur marque ainsi son désir d'avoir une belle exploitation, gérée pour les générations futures.

Une demande sociale



Dès le siècle dernier, la Normandie se constituait une image où les prés complantés de pommiers à cidre et peuplés de vaches laitières le disputaient au littoral. Malgré cela, la Haute-Normandie reste une région modeste selon les canons du tourisme de masse (8e rang parmi les régions d’accueil).
L’évolution récente — notamment la diversification — des pratiques touristiques pourrait cependant constituer une chance pour la région. On voit émerger une véritable demande sociale pour le tourisme de découverte, qui peut fort bien s’assouvir dans nos campagnes, riches en forêts, cours d’eau et petits chemins. A condition, toutefois, que le paysage reste attractif.
L’économie agricole, enfin, doit – et surtout devra – beaucoup au paysage qui sert de cadre à la production. A preuve le cliché normand – fermette, pré, vaches et pommiers –, reproduit à des millions d’exemplaires sur les étiquettes de fromage, de cidre ou de calvados. Certains spécialistes considèrent qu’il y a un lien fort entre paysage de qualité et produits de qualité. Certaines catégories de consommateurs font déjà le lien entre paysage et terroir. Avec le développement de la vente directe pour les produits à haute valeur ajoutée, cet aspect devient déterminant. Un agriculteur qui marque son désir d’avoir une belle exploitation ne peut vendre que de bons produits.

Fonctionnalités



Outre qu’il est beau et peut produire une plus-value, le paysage est précieux par certains services qu’il rend de manière discrète. En effet, comme disent les spécialistes, il possède des "fonctionnalités" liées à la nature de certaines infrastructures naturelles ou paysagères : surfaces boisées ou en herbe, mares et fossés, haies et talus, etc. Ces éléments créés par l’homme pour toutes sortes de raisons utilitaires s’avèrent précieux à plus d’un titre : effet brise-vent (haies, bosquets), confinement des pollutions, préservation de la biodiversité (flore, faune) et régulation du cycle de l’eau à l’échelle locale. Pour négligé ce dernier point, nous voyons s’accentuer aujourd’hui divers désordres consécutifs à la dégradation du paysage traditionnel : érosion des terres agricoles, ruissellement, inondations, etc. Ce n’est sans doute pas pour rien que le Pays de Caux, malgré la fertilité de ses terres, n’avait jamais essayé d’imiter le Vexin, en conservant des parcelles de dimensions moyennes, un équilibre entre les surfaces cultivées et les espaces interstitiels. Ses paysans savaient que les précipitations y sont beaucoup plus intenses et qu’il valait mieux ne pas favoriser le ruissellement.

Les vergers de Jumièges



Du côté de Jumièges et d’Yville, en bordure de Seine à l’aval de Rouen, subsistent de beaux vergers de cerisiers, pruniers, pommiers et poiriers. Le microclimat abrité et les sols argilo-calcaires sont propices à l’arboriculture. Conduits en hautes tiges et plantés sur des prairies, les arbres permettent le pâturage des bovins et des moutons. L’élevage et la production fruitière sont donc complémentaires.
La production est écoulée principalement sur les marchés de Rouen, où les "fruits de Jumièges" sont appréciés, ou bien en vente directe au bord de la route : pommes Bénédictin ; reines-claudes Verte-Bonne, poires de Coq, bigarreaux, etc. Ce système ancestral a créé un des plus beaux paysages qui soient en Haute-Normandie, tout en produisant des fruits de grande qualité.

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