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Bocages et plaines de l'Eure



Entre le bocage à l’ouest et les grandes plaines à l’est, on ne peut imaginer paysages plus contrastés.
Tout les sépare : qualité des sols, climat, histoire de la propriété foncière…


Le Lieuvin et le pays d’Ouche sont des régions de bocage situées à la périphérie de grands massifs forestiers. Ils sont restés à l’écart, par endroit, des évolutions du monde agricole. Celles-ci, en revanche, ont pénétré très tôt les vastes plaines du Neubourg, d’Evreux et de Saint-André, et le Vexin. Bocage et plaine ont un point commun : l’assez bonne préservation de paysages authentiques, dont la création remonte à plusieurs siècles.

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Le Lieuvin


Coincé entre la Risle et la Charentonne, à l’aval de Bernay, le Lieuvin est sans doute un des pays les moins connus et les plus attachants de Haute-Normandie. Le temps y semble suspendu. Il y a vingt ans à peine, il était encore courant de voir traire au milieu des prés et l’âne transporter les brocs de lait. Le Lieuvin rappelle le proche pays d’Auge par son vallonnement, ses ruisseaux qui s’écoulent dans des vallons encaissés et secrets. L’humidité des sols, un parcellaire exigu, des exploitations de petite taille, les conditions étaient réunies pour que soit pratiqué l’élevage et construit un bocage de haies libres ou taillées en têtards. L’enclosure est aussi de règle pour protéger les terres labourées. L’habitat est dispersé parmi des herbages plantés de pommiers. Aujourd’hui, le bocage aurait tendance à s’ouvrir avec la suppression des haies sur les pentes. Ceci pourrait avoir des conséquences en matière de ruissellement dans une zone touchée fréquemment par des pluies de forte intensité.

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Le Pays d’Ouche


Le pays d’Ouche, traversé par la haute vallée de la Risle, est comprise entre l’Iton, le Rouloir et la Charentonne. Il constitue une transition avec le pays d’Auge. Caractérisé par un relief qui s’élève du nord au sud, il forme les premiers contreforts du Perche ornais et jouit d’un climat à affinités montagnardes.
Avec ses sols argileux et ses placages gréseux qui retiennent l’humidité, le pays d’Ouche, comme le Lieuvin, s’est couvert d’un bocage herbager dont il est difficile de dater l’origine. "Ouche" dériverait du mot pré-celtique Utica, ce qui le classe parmi les plus anciens noms connus de la région. L’activité agricole des habitants du pays d’Ouche se partageait traditionnellement entre une activité vivrière (verger, potager, élevage d’une basse-cour et de quelques animaux à l’herbe) sur des parcelles dont ils étaient généralement propriétaires, une activité de cueillette dans les grands domaines forestiers, et, enfin, l’emploi saisonnier, à la journée, dans les grandes fermes du plateau du Neubourg.
Les meilleurs terrains de plateau étaient mis en culture et continuent de l’être, ce qui explique le recul actuel du maillage bocager à cet endroit. Relation entre le bocage et la forêt, dispersion de l’habitat en hameaux étirés entre les voies et les lisières, activité métallurgique liée à des extractions locales de minerai de fer et restée vivace jusqu’à la fin du XVIIIe siècle…, le pays d’Ouche donne sans doute une bonne image du paysage que l’on pouvait voir à l’époque des grands défrichements dans d’autres secteurs de la région, par exemple le pays de Caux.

Plaines


Ces plaines, situées entre les vallées de l’Avre au sud, de l’Eure à l’est, de l’Iton, du Rouloir et de la Risle à l’ouest, ont en commun d’offrir au regard d’immenses parcelles de culture, ponctuées çà et là de quelques rideaux d’arbres et de massifs plus conséquents à l’abord des vallées.
Il est difficile de dater l’ouverture – sans doute fort ancienne – du paysage. Ces plaines présentent beaucoup d’analogies avec la Beauce voisine : structure ramassée des corps de ferme, climat, taille des parcelles, techniques de pointe, pratique des grandes cultures céréalières et industrielles… On peut penser que la structure des exploitations, du type latifundia, est directement héritée des villas gallo-romaines. Des témoignages de cette époque ressurgissent régulièrement et on sait que les routes traversant ces pays sont situées sur le tracé des voies romaines.
Hormis le plateau du Neubourg, qui connaît quelques problèmes d’érosion et d’inondations du fait de l’agrandissement des parcelles et de la suppression de haies et de mares, les plaines sont en général épargnées par ces phénomènes en raison de la faiblesse des précipitations.

Le Vexin, paysage très ancien



Le Vexin normand est délimité par le pays de Bray au nord, la vallée de l’Andelle au nord-ouest, la Seine au sud et l’Epte à l’est. Il ressemble Vexin français – situé en Ile-de-France –, dont il a été séparé administrativement par le traité de Saint-Clair-sur-Epte en 911, acte de naissance de la Normandie.
Le Vexin offre le paysage le plus ouvert de Haute-Normandie, avec des parcelles de cultures qui s’étendent à perte de vue sur un plateau d’une grande planéité, excepté aux abords des rivières, plus vallonnés et couverts de quelques bois.
L’habitat y est regroupé autour de grandes fermes carrées, en pierre, souvent fortifiées. L’ouverture du paysage y est sans doute très ancienne. Tout évoque, ici, les descriptions faites par les archéologues du domaines rural gallo-romain : une grande propriété – ferme ou château – entourée des bâtiments de la communauté paysanne et artisanale associée, un territoire agricole partagé en zones concentriques et délimité, comme cela est encore visible à Vatimesnil, par un bosquet et un chemin périphériques. La toponymie apporte son lot d’informations : "le Bout de la Ville" indique l’endroit, inchangé, où le bout du champ touchait les limites de la villa. "Les Quarante acres" signalent des parcelles de taille exceptionnelle à l’époque de leur création.
De prime abord, le paysage du Vexin peut donner l’impression d’avoir été bouleversé par une des formes d’agriculture les plus productivistes. En réalité, il n’en est rien, et sa permanence est remarquable.

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