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La vallée de la Seine
Falaises et coteaux escarpés contrastent avec les terrasses alluvionnaires.
Coteaux crayeux, terrasses sablonneuses, prairies humides... Ces milieux typiques du val de Seine ont connu de profondes transformation.
Au quaternaire, pendant deux millions d’années, le cours de la Seine subit de profondes mutations dues à l’alternance d’épisodes glaciaires et interglaciaires. Les glaciations voient le plateau crayeux s’entailler sur la face concave des méandres et le dépôt d’importantes quantités d’alluvions à l’intérieur des boucles.
La fin de la dernière glaciation, il y a 12 000 ans, provoque la remontée du niveau marin et le remblaiement par des sédiments de la partie du fleuve soumise à la marée.
Nous avons sous les yeux le résultat de ces processus géomorphologiques : des falaises et coteaux escarpés, d’une part, couverts à l’origine de pelouses et de bois, et, d’autre part, des terrasses alluvionnaires s’élevant depuis le fleuve jusqu’au niveau des plateaux voisins. Ces sables et cailloutis supportent des prairies sèches, des landes et des bois maigres de chênes sessiles.
Le fond de la vallée est caractérisé par une large plaine alluviale inondable, formant, au niveau de l’estuaire, un espace indécis de bancs de sable et de vase.
Sur chaque rive, la population s’organise très tôt en villages et hameaux, répartis selon les contraintes imposées par le fleuve. L’habitat, entouré de prés-vergers où cerisiers et pruniers dominent, s’établit de façon linéaire au pied des coteaux, près des sources, et au-dessus de la limite des inondations habituelles. Il s’implante ensuite sur le bourrelet alluvial, proéminence longeant le fleuve. De nombreux ports sont créés, rendus nécessaires par la navigation en Seine.
Prairies humides
Entre les zones d’habitat, l’homme entreprend de défricher et d’assainir de vastes surfaces de bois alluviaux et de marais, et de remblayer des chenaux. La Seine est "chenalisée" au XIXe siècle pour faciliter la navigation. Le nord du Marais Vernier et la rive droite de l’estuaire sont transformés en polders.
Quelques zones sauvages sont conservées. De vastes étendues de prairies humides forment des "communaux" où sont mis à pâturer les bovins. D’autres sont consacrées à la récolte du foin. Ces prairies, possédées en propre, sont encloses afin d’en interdire l’entrée aux animaux divagants. La vente du foin est particulièrement rémunératrice jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, date où apparaissent les prairies artificielles sur les plateaux, notamment lors des années sèches où le foin fait défaut dans les zones moins humides. Cela incite à la mise en vente des pâtures communales, qui aboutit à la création d’un parcellaire délimité par des haies d’arbres taillées en têtards et bordé de fossés permettant d’évacuer l’excès d’eau.
Les coteaux
Du fait de leur exposition ensoleillée et de leurs sols filtrants, les coteaux crayeux sont cultivés intensivement de la fin de la préhistoire jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. La vigne, le pastel, le figuier y alternent avec des céréales souvent complantées de petits cerisiers, notamment à l’amont de Rouen. L’augmentation du rendement des cultures sur les plateaux au XIXe siècle aboutit à l’abandon des cultures en coteaux. Ceux-ci deviennent des parcours pour des moutons rejetés des meilleures terres au profit des bovins.
Les terres d’alluvions les moins humides sont cultivées en légumes primeurs et pommes de terre. Les sablons, réputés comme "terres chaudes", produisent plutôt des céréales sarrasin et seigle pour les terroirs les plus maigres. Ces espaces sont relativement ouverts, ponctués d’arbres isolés, haies, bosquets ou vergers. Le terrasses les plus élevées sont le domaine des bois, des landes et des pelouses pâturées par les moutons.
"Déprise" agricole
A partir du milieu du XXe siècle, l’évolution de l’économie produit dans la vallée de la Seine, plus qu’ailleurs, des transformations paysagères profondes. Les agglomérations se développent, en même temps que de gigantesques complexes industriels et portuaires. L’approfondissement du chenal consomme des centaines d’hectares de prairies inondables pour stocker les produits de dragage. Avec l’essor des grandes infrastructures consommatrices de béton (autoroutes, centrales nucléaires, etc.), la vallée voit s’ouvrir d’innombrables carrières de granulats. Dans le même temps, les territoires agricoles perdent peu à peu leur vocation au profit d’autres activités plus rémunératrices. Ou bien ils sont purement et simplement abandonnés, comme les coteaux. Le paysage que l’on y voit actuellement est typique d’une "déprise" agricole : les terres anciennement pâturées ou cultivées sont maintenant colonisées par des massifs d’arbustes. Là où subsistent des pelouses calcicoles, la biodiversité est exceptionnellement élevée. Depuis quelques années, certaines zones sont gérées par le parc naturel régional de Brotonne et le Conservatoire des sites naturels de Haute-Normandie dans le but de les garder "ouvertes". On y fait pâturer des troupeaux de moutons.
En ce qui concerne les prairies humides, l’abandon des petites fermes se fait sentir. Après qu’elles aient été intensifiées pour leur faire supporter un chargement plus élevé de bovins à l’embouche, les plus gros exploitants ont tenté de les convertir en cultures de maïs, au prix de la destruction des haies et d’un drainage. Les meilleures chances de préservation, pour ce qui reste de ce paysage traditionnel, sont liées à la reprise des prairies de fond de vallée par des agriculteurs des plateaux voisins.
Zone vaseuse de l'estuaire de la Seine.
Paysage et biodiversité
La vallée de la Seine, du fait de la variété et de la qualité de ses paysages, est certainement le réservoir de biodiversité le plus riche de Haute-Normandie.
Chaque type de paysage correspond à des milieux hébergeant une flore et une faune spécifiques.
Estuaire : vasières servant de "nourriceries" pour de nombreux poissons et crustacés marins et de reposoir pour les oiseaux migrateurs ; roselières où nichent le butor, le busard des roseaux, etc.
Prairies humides, bocage de saules : milieu de vie d’oiseaux menacés comme le râle des genêts, le vanneau huppé ou la chouette chevêche.
Prairies sèches, landes, friches : oiseaux (œdicnème criard, par exemple), insectes (fourmilion, etc.), flore spécifique.
Coteaux crayeux : flore spécifique (notamment orchidées), insectes, reptiles, etc.