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Le vallonnement du pays de Bray est lié à l'érosion propre à chaque affleurement géolique.

Le pays de Bray



Du fait de sa nature de boutonnière et de la diversité des affleurements géologiques qu’on y observe, le pays de Bray offre une mosaïque de paysages très spécifiques.

" Parmi les régions naturelles que la géographie nous apprend à distinguer dans le nord de la France, aucune n’est mieux définie que le pays de Bray"
, écrivait le géologue Albert de Lapparent en 1879. Le pays de Bray offre, sur le plan paysager, une transition nette avec les plateaux cauchois et picards qui l’enserrent. Il n’offre pas un paysage, mais des paysages, dont les particularités dépendent étroitement des multiples affleurements géologiques qu’on y observe.
A sa frontière nord-est, le plateau cauchois laisse brusquement place à un ensemble très vallonné, étagé en trois gradins correspondants à autant de paysages : la "première terrasse", puis le Fond du Bray (parfois appelée "Suisse brayonne"), au dessus de Forges-les-Eaux, et enfin le Haut-Bray.
Autre changement : les bâtiments de ferme sont ici regroupés, et comportent parfois beurrerie ou fromagerie. Les mares sont alimentées par de petits ruisseaux.

Parcours à moutons



La première terrasse est limitée au sud-ouest par une cuesta, domaine des parcours à moutons. Elle reste un des rares secteurs de la Haute-Normandie où se perpétue ce type d’élevage. Aujourd’hui, les anciennes pelouses sont plus ou moins envahies par les broussailles. Elles alternent avec des espaces boisés où dominent le chêne pédonculé et le frêne.
Des routes en lacets permettent d’atteindre le niveau de la première terrasse, formée par la craie du Cénomanien. Elle est parsemée de quelques buttes témoins (Mont Sauveur, monts de Sigy, etc.).
La première terrasse était naguère une mosaïque de prairies et de labours séparés par un réseau de haies basses ou semi-libres, donc un bocage. Depuis une vingtaine d’années, le paysage tend à s’ouvrir du fait de la disparition des haies. Les labours gagnent jusqu’aux pentes. La base du Cénomanien, composée de gaize – une craie durcie – donne naissance à des lignes de sources issues de la nappe de la craie. De là provient la distribution linéaire des villages sur le rebord de la première terrasse, ce qui les place en situation de dominer le Fond du Bray

Sur la "première terrasse" : les Grands-Monts à Sigy-en-Bray.

Un "château d’eau"



Le terme bray signifie "boue" en langue celtique. En 1822, des rapports de l’administration indiquent la difficulté de traverser cette région de "boue et de marécages". Le fond de la dépression – le Fond du Bray – est, en effet, tapissé d’argiles plastiques, exploitées depuis la plus haute antiquité pour la poterie et la tuilerie, et de buttes sableuses d’où émergent d’innombrables sources. Le pays de Bray est ainsi un "château d’eau" naturel alimentant des rivières comme la Béthune, l’Andelle, l’Epte ou le Thérain. L’eau stagne dans les zones les plus basses, formant des marais et des tourbières. Dans les zones un peu plus sèches, la chênaie-hêtraie à sorbier des oiseleurs est la formation forestière typique.
L’appauvrissement du domaine forestier, consécutif à une surexploitation par l’ancienne sidérurgie locale, a entraîné une insuffisance de bois d’œuvre. De ce fait, la construction en briques prendra rapidement une grande place au détriment du pan de bois. De la même façon, la couverture en tuiles mécaniques compensera, par une production locale, le manque de chaume, compte tenu du peu de surfaces en céréales.
En effet, la dépression humide – favorable à la prairie bocagère – a trouvé sa meilleure valorisation dans l’élevage. Dès le XVIIe siècle – époque où la reine Anne d’Autriche, épouse de Louis XIII, inaugure le "thermalisme" à Forges-les-Eaux –, des liens commerciaux s’établissent avec Paris. Durant les deux siècles suivants, le débouché privilégié vers la capitale des produits laitiers – le "Petit Suisse" Gervais, par exemple – et cidricoles assurera une prospérité qui se traduit par l’opulence des constructions.

Aujourd’hui, le maillage dense de haies libres et d’arbres taillés en têtards s’est quelque peu distendu. L’embouche (engraissement des bovins au pré) a remplacé partiellement l’élevage laitier sous la pression des "quotas" imposés par l’Union européenne. Des mises en culture par drainage, difficiles et coûteuses, ont profondément modifié le paysage de certains secteurs.
Dans le Fond du Bray, l’habitat est dispersé. Les corps de fermes sont entourés de prés-vergers clos de haies basses taillées. En dépit de l’existence d’une "appellation d’origine contrôlée", le verger vieillissant a souffert d’une absence d’entretien. L’activité cidricole n’intéresse plus autant depuis la Seconde Guerre mondiale.
Le problème majeur qui se pose aujourd’hui est celui du départ en retraite des agriculteurs et de l’absence de repreneurs pour des terres qui ont perdu leur potentiel rémunérateur. Celles-ci risquent alors d’être abandonnées ou affectées à des productions intensives. Le paysage original du Fond du Bray en sera de toute façon affecté.

Haut-Bray



Le paysage du Haut-Bray présente des affinités avec celui de la Picardie toute proche. Placages de grès et d’argile, rétenteurs d’humidité et favorables à la prairie, et calcaires durs formant des croupes résistantes et plus propices aux labours, sont à l’origine d’une mosaïque d’espaces ouverts ou fermés par des haies, entrecoupés de bosquets. Les villages et les corps de fermes isolés, situés sur les éminences et bâtis en pierre, présentent des analogies avec ceux de l’Ile-de-France toute proche.


Une "boutonnière" typique



Il y a 16 millions d’années, vers la fin de l’ère tertiaire, le contrecoup de la formation des Alpes se fait sentir jusque dans notre région avec la formation d’un anticlinal, ondulation du relief dont le sommet atteindrait aujourd’hui 600 m si l’érosion ne s’en était pas mêlée. En effet, au fur et à mesure du soulèvement, la craie – qui forme l’essentiel des affleurements de la région – subit une fracturation et une désagrégation de ses niveaux supérieurs, sous l’action des agents atmosphériques et des cours d’eau. Les couches sous-jacentes – niveaux crayeux inférieurs, argiles et sables, calcaire jurassiques – résistent plus ou moins, selon leur nature, à l’érosion hydrique.
Le démantèlement de l’anticlinal a abouti à une formation géologique "en creux", relativement rare, désignée sous le nom de "boutonnière", du fait de sa forme particulière.



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