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Dans la cour-masure
Logis de cour-masure.
Verger, mare et "fossé" rectangulaire planté de grands hêtres englobant des bâtiments dispersés sont les éléments typiques de la ferme du pays de Caux : la cour-masure.
La superficie de la cour-masure corps de ferme typique du pays de Caux correspondrait à environ 10 % de la surface totale de l’exploitation au moment de sa création. Pour les grandes cours-masures, celles qui ont été remaniées au XIXe siècle, cela représente une moyenne de 4 hectares. Le contour est un quadrilatère plus ou moins régulier.
La cour possède plusieurs fonctions. Derrière les bâtiments, elle sert de débarras, devant, elle permet l’évolution du matériel agricole et des troupeaux. Au centre, elle est occupée par un pré-verger hébergeant des jeunes bovins et la basse-cour. Le verger, souvent reconstitué au début du XXe siècle, connaît aujourd’hui une décrépitude alarmante, en dépit de quelques signes encourageants de restauration.
Talus et "fossé"
Les mares occupent différents endroits de la cour, en fonction du rôle qui leur est dévolu : abreuvoir, réserve d’eau, etc. Leur superficie, qui peut atteindre 1 000 m
2, est calculée en proportion des besoins en eau de la ferme et des possibilités de collecte de l’eau de pluie.
Le "fossé", quant à lui, est surtout représentatif des cours remaniées au XIXe siècle. C’est en fait un talus d’une hauteur inférieure à 1 m côté cour, souvent davantage côté extérieur, doublé d’une douve. Cette dernière, destinée à collecter l’eau de ruissellement, contribue parfois à alimenter une mare de la cour à travers une brèche du talus. La verticalité du talus, qui force parfois l’admiration, provient en fait d’un défaut d’entretien. Les baux fermiers stipulaient autrefois de recharger le pied des talus qui s’effondraient. Le talus ne se maintient plus maintenant, le plus souvent, que grâce aux racines des arbres.
C’est sans doute au choix du hêtre, très en vogue au XIXe siècle car correspondant à une demande comme bois d’œuvre, que le talus doit son existence. En effet, c’est un arbre aux racines superficielles, qui aurait sans doute mal résisté aux assauts du vent si l’on ne l’avait contraint à mieux s’ancrer dans le sol en le plantant sur une butte. Les cours non remaniées étaient entourées d’essences variées chênes, frênes, ormes, etc. capables de tenir sans talus, ce qui fait que la présence de ce dernier n’est pas systématique. Cette diversité des essences pouvait correspondre alors à la nécessité de produire du bois localement dans un système agricole autarcique (pour le mobilier, la charronnerie, l’outillage, etc.).
Rideau de grands hêtres sur talus : l'aboutissement d'une plantation effectuée il y a 150 ans.
Un caractère majestueux
Si les rideaux de grands hêtres des cours remaniées au XIXe siècle jouent aujourd’hui un rôle de brise-vent appréciable pour la protection des toitures et des vergers, il est probable qu’ils n’ont pas été plantés dans ce but, ni pour produire du bois de chauffage. On peut penser que ces hêtres ont été plantés sur deux, trois, voire quatre rangées, dans le seul but d’asseoir la prestance du "maître" et de donner le caractère majestueux qui seyait à l’importance de ces exploitations agricoles "modèles", rôle qu’elles ont, en définitive, parfaitement tenu. De plus, le hêtre peut être vendu comme bois d’œuvre.
Dans la cour-masure, le nombre des bâtiments peut atteindre la trentaine : logis, grange et son manège, fenil, écuries, étables, porcherie, "charretteries", bûcher, bergerie, pressoir et son cellier, four à pain, colombier, poulailler, etc. Ils ne sont pas systématiquement disposés le long des fossés de la cour, sauf en ce qui concerne la plupart des nouvelles constructions. Celles dont la construction a précédé le remaniement de la cour restent évidemment à leur place. Le colombier trône en général au centre de la cour.
Maupassant témoin du paysage
« La cour de ferme, enfermée par les arbres semblait dormir. L’herbe haute était d’un vert puissant. L’ombre des pommiers se ramassait en rond à leurs pieds. La servante arriva sous le hangar où l’on rangeait les chariots et les voitures. Il y avait là, dans le creux du fossé, un grand trou vert rempli de violettes… et par dessus le talus, on apercevait la campagne, une vaste plaine où poussaient les récoltes avec des bouquets d’arbres par endroits. »
La fille de ferme (1881).