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Le moulin de Hauville.
Notre cadre de vie
Sans cesser de nous émerveiller devant des paysages sublimes, nous avons pris conscience que d’autres, plus communs, faisaient partie de notre quotidien, et donc de notre patrimoine.
Pendant longtemps, le seul lieu admis par la haute société pour créer du paysage sera le jardin. Le jardin que l’on peut contempler depuis les fenêtres du château est le domaine de la nature préservée, construite, circonscrite par des murailles qui en garantissent la quiétude, en opposition à l’extérieur qui est le domaine du vulgaire la paysannerie ou du sauvage les forêts hantées de bêtes fauves.
Après avoir longtemps vécu repliée dans un espace clos le jardin, les remparts de la citadelle ou de la ville fortifiée , la société est partie à la découverte d’une nature assagie, domestiquée : la campagne, d’abord, puis le littoral, la forêt, etc. C’était au XVIIIe siècle. Notre cadre de vie s’est élargi en même temps que notre capacité d’appréciation des paysages s’est affinée, notamment par le biais du tourisme. Aujourd’hui, rares sont ceux d’entre nous qui sont insensibles au paysage.
Paysages, paysans
Mais le regard que chacun porte sur le paysage dépend de son point de vue, au sens premier du terme. Les résidents des villages rurbanisés ou des couronnes périurbaines apprécient avant tout le spectacle de vaches sous les pommiers, le jaune éclatant des champs de colza, bref des images d’une campagne idéalisée, "de carte postale ".
Pour le paysan, le paysage c’est le "pays", celui qu’il identifie au premier coup d’œil, où il retrouve ses racines, ses habitudes, son travail quotidien, celui qu’il embrasse du regard au terme d’une journée bien remplie. Mais, si l’on en croit Armand Frémont, géographe, le paysage vu par le paysan normand est soit aliénant, soit menaçant, au mieux dérisoire. Il n’y a pas si longtemps que la forêt n’évoque plus la peur du loup ou le coteau pentu, un labeur particulièrement difficile. Transposée au pêcheur, cette attitude vaut à propos des hautes falaises de craie qui n’évoquent pas le pittoresque d’Etretat, mais plutôt l’absence de refuge et le risque de naufrage sur une côte hostile en cas de tempête.
Cette vision des choses tend à évoluer : interrogés sur les motivations qui les poussaient à replanter des haies, des agriculteurs des pionniers, il est vrai ont répondu qu’ils ne supportaient plus l’absence d’arbres et souhaitaient retrouver le paysage de leur jeunesse...
Le tourisme, révélateur du paysage
Le tourisme, mode lancée par des "aventuriers " partis à l’assaut des Alpes, puis du littoral, contribue à révéler le paysage à partir de la fin du XVIIIe siècle. Les dessinateurs et graveurs, les peintres impressionnistes, des écrivains comme Bernardin de Saint-Pierre, Guy de Maupassant ou Maurice Leblanc incitent à visiter les sites pittoresques. La réminiscence des légendes médiévales, portée par la vogue du style "troubadour" à la fin du XIXe siècle, a créé un élan touristique vers des sites comme le château de Robert le Diable, à Moulineaux, la Côte des Deux amants, Jumièges (Les Enervés), Château-Gaillard, etc. La mise en place d’un réseau de syndicats d’initiative, la construction de tables d’orientation parrainée par des automobiles clubs ou des constructeurs automobiles, ont favorisé la découverte de ces "grands sites".
La somme des petites choses qui dégradent le paysage...
Cherchez la verrue architecturale !
Ce qui dégrade notre paysage quotidien tient parfois à peu de choses :
· Un panneau publicitaire trop voyant, une décharge sauvage, un tas de gravats, etc.
· Les verrues architecturales : jadis, quand il fallait agrandir la maison, on ajoutait une pièce au bout de la "longère" (fermette en longueur) sans en altérer l’architecture. A présent, les parpaings cohabitent avec le torchis, le shingle avec la tuile. De faux colombages apparaissent, aux formes tarabiscotées sans rapport avec les nécessités de la construction.
· Le "béton végétal" haies de cupressus, thuya, lauriers-palmes, etc. qui "ferme" le paysage dans les villages et zones pavillonnaires.
· Les rideaux de peupliers, arbres de fond de vallée, qui déparent autour des fermes de plateau.