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Le paysage issu de l'histoire


Le Marais Vernier après plusieurs siècles de tentatives de mise en valeur. Au fond : les "courtils".

Les caractéristiques des paysages dépendent étroitement des pratiques et coutumes des hommes qui les ont créés.

Les "pays" composant la Haute-Normandie – pays de Caux, Roumois, Vexin, etc. – sont de pures créations humaines.
A l’origine, il y a les différents pagi gaulois dont l’existence perdure pendant les premiers siècles de la chrétienté. Ils sont habités par des peuples différents – Calètes, Véliocasses, Bellovaques, Parisii, etc. – aux mœurs et pratiques également différentes, ce qui ne peut manquer d’apparaître dans le paysage. C’est l’administration carolingienne qui fixera les limites de chaque pays en fonction du réseau hydrographique ou du relief. Il est surprenant de constater des différences aussi tranchées dans le paysage de part et d’autre d’un cours d’eau, par exemple la Risle entre pays d’Ouche et plaine du Neubourg. De même, les styles de colombages des bâtiments traditionnels ne tiennent qu’à des traditions.

Parcellaire d'un village-rue selon un plan terrier du XVIIe siècle.

La propriété foncière



Le parcellaire agricole – élément important du paysage – est lié au mode de partage des terres. Les parcelles sont plus ou moins grandes ou allongées. La loi successorale sous l’Ancien régime impose aux roturiers de diviser les terres à parts égales entre les héritiers, ce qui aboutissait parfois à un parcellaire "en lames de parquet" (vignobles ou courtils du marais Vernier, par exemple). A l’inverse, bien avant les remembrements du XXe siècle, on assiste à des regroupements de parcelles par achat.
Les zones de grande culture sont souvent l’apanage de grandes propriétés dont l’exploitant n’est pas le propriétaire.
Ce système – qui permet de meilleurs revenus puisque le fermier investit dans son outil de production plutôt que dans l'achat de terres – offre la possibilité de louer des terres supplémentaires et d’agrandir son domaine. Le regroupement de parcelles qui en résulte n’amène pas l’exploitant à marquer son territoire d’une quelconque clôture.
En revanche, dans les régions d’élevage, en général moins rentables, l’exploitant est souvent propriétaire d’un domaine de faible superficie. Il a à cœur de marquer son territoire en entourant de haies ses petites parcelles, en outre disséminées, où il peut laisser son cheptel pâturer sans surveillance. En second lieu, la haie procure bois d’œuvre et de chauffage. L’exploitation des arbres en têtards permet de préserver son caractère de clôture.
La vente des biens nationaux consécutive l’abolition des privilèges, la nuit du 4 août 1789, et la confiscation des biens du clergé, accentueront encore le contraste entre zones de cultures et de bocage. En effet, la bourgeoisie des villes achète les meilleures terres de culture. Un nombre réduit de Parisiens achètent 20 % des parcelles mises en vente dans l’Eure, et plus particulièrement dans le Vexin. Les paysans les plus modestes ne peuvent que se rabattre sur des terres médiocres.


La toponymie, mémoire des paysages

Pays et paysages de Haute-Normandie




A l’époque où ils ont été créés, les noms de lieux toponymes (noms de lieux) revêtaient une extrême importance puisqu’ils permettaient la reconnaissance des lieux. En majorité, ils sont patronymiques et se rattachent aux fondateurs des propriétés ce qui permet de les dater. Les toponymes liés aux mares remontent parfois à la période celte.

Toponymes liés aux défrichements des Xe et XIe siècle :
> en -tuit ou -thuit (issus du vieux norrois thveit signifiant "clairière défrichée") :
- Bracquetuit ("l’essart aux fougères")
- Lintuit ("l’essart cultivé en lin")
- Tournetuit ("l’essart aux ronces")
- Le Vautuit ("l’essart humide")

> en –sart, combinant le scandinave et le saxon :
- Esquissart ("l’essart aux frênes")
- Espessart ("l’essart aux trembles)

> Burnette dérive de l’anglo-scandinave et signifie "brûlis".

Toponymes liées aux espaces boisés :
"londe", "bosc", "busc", "bus", "hogues", "cables" (chablis). Lorsque l’élevage y était pratiqué : La Porcherie, le Val aux bœufs, Le Parquet, etc.

Les "haye" signalent l’existence de parcelles forestières mises en défens par des haies.

Toponymes liés aux champs : "camp", "couture", "longues raies", "longs boëls" (champs très allongés), "devise" (borne de pierre en limite de propriété), "épine" (aubépine, arbuste vivant très vieux et servant de borne).

Autres : "pièce" (prairie enclose de haies), "prés" (pâturages de mauvaise qualité), "bray" (marécage), "noë" ou "nouettes" (id.), sans oublier les noms de plantes, souvent très explicites.

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