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L'empreinte de l'homme sur la nature
Installation de l'homme dans les vallées.
La formation des paysages relève à la fois des caractéristiques du milieu et des façons dont l’homme a pu s’y adapter.
L’homme commence à marquer les paysages de Haute-Normandie il y a environ 10 000 ans, avec l’installation des premiers colons néolithiques. Son unique but : satisfaire ses besoins en eau, nourriture, habitat, vêtements, outillage, ustensiles et énergie. La nature géologique des terrains est alors très importante, de même que les conditions climatiques.
La couverture limoneuse fertile des plateaux et le climat plus sec des plaines du sud et de l’est de la région incitent à développer la culture des céréales dans des champs ouverts. En revanche, les secteurs les plus froids et les plus humides de la région, ceux où le sol est le plus lourd, plus favorables à l’herbe, sont dédiés à l’élevage dans le cadre d’un bocage. Ces choix ne se seront guère démentis : les limites entre la plaine et le bocage ne varient pas entre les XIIIe et XIXe siècles.
Mares et habitat
Les matériaux des bâtiments anciens sont extraits du sous-sol : torchis, silex et calcaire, brique.
L’homme s’installe partout où l’eau jaillit ou coule, dans les vallées ou le long des lignes de sources. Sur le pourtour des plateaux, l’argile à silex imperméable permet la création de mares, réserves en eau indispensable à l’implantation humaine loin des sources et des rivières. En pays de Caux, région pluvieuse, des mares même petites peuvent être creusées partout, ce qui rend possible la dispersion de l’habitat. En revanche, les habitants des plateaux du sud-est de la région, nettement moins arrosés, doivent regrouper leur habitat autour de grandes mares moins sensibles à l’évaporation.
La technique de construction des bâtiments est, elle aussi, liée à la nature du sous-sol. Là où le limon affleure comme dans le pays de Caux ou le Roumois, le hourdis des murs est réalisé en torchis. Lorsqu’il se trouve mêlé de cailloux, comme dans le sud-est de l’Eure, la bauge remplace le torchis. Partout où la terre à briques a pu être exploitée, les constructions nobles l’ont utilisée avant qu’elle ne se démocratise au XIXe siècle. La pierre, enfin, n’est pas absente : craie, calcaire jurassique ou Lutétien, grès, etc.
Défrichements
Le paysage originel de la Haute-Normandie est un pré-bois, mosaïque de bois et d’espaces enherbés ouverts par le feu ou naturels, pâturés par les grands herbivores sauvages puis par les troupeaux domestiques. L’homme commence par agrandir les clairières pour y installer son habitat, ses bâtiments d’exploitation, ses cultures.
La forêt connaîtra plusieurs périodes de défrichements et d’occupation humaine au gré de l’évolution démographique et de l’établissement de seigneurs officiers de l’armée romaine, conquérants germains ou vikings, etc.
A partir du Xe siècle, une phase intense d’essartage entraîne le développement de villages, parfois étirés le long des axes de communication (villages-rues). On distingue alors dans le paysage des zones d’habitat, des cultures, des prés-vergers de pommiers, la forêt proche où vont se nourrir les porcs et où l’on récolte du bois , et enfin la forêt lointaine, domaine de la chasse et des brigands.
Les grands défrichements s’achèvent à la fin du XIVe siècle.

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L’érosion des limons
Les forêts établies sur les sols les plus ingrats n’ont jamais été converties en cultures. Leur surexploitation, néanmoins, en a fait des landes plus ou moins mises en valeur par le pâturage. Ailleurs, la forêt aurait notablement régressé si des "coutumiers", comme celui d’Hector de Chartres ou des édits royaux, n’avaient été établis afin de protéger l’intégrité des grands massifs, en particulier les forêts royales et celles appartenant à la noblesse et au clergé. La physionomie actuelle des paysages forestiers résulte également d’une politique de reboisement menée depuis le début du XIXe siècle.
Très tôt, le déboisement intensif des rebords de plateaux provoque l’érosion des limons dans ces zones. Les dépôts sédimentaires de la Seine en attestent. Ceci explique sans doute que ces espaces aient été de nouveau colonisés par la forêt : décapé jusqu’à l’argile à silex, le sol y était devenu impropre à l’agriculture. Ainsi, c’est l’homme qui indirectement a établi une partie des paysages forestiers que nous connaissons aujourd’hui et que nous pensions immuables.
Les "picanes"
Sur les pentes des vallées, on peut observer des talus, boisés ou non, qui constituent les contreforts d’anciennes terrasses. Ce sont les "picanes" dans l’ouest de l’Eure, ou les "rideaux" à l’approche de la Picardie. Ces talus se sont formés, année après année, par l'accumulation, en bas de la parcelle située juste au-dessus, de la terre retournée par la première raie de labour, pendant que le haut de la parcelle se creusait progressivement.
On peut voir également des prairies en pente marquées par une succession de petits gradins. Ceux-ci résultent du piétinement des animaux se déplaçant selon les courbes de niveau.
Relief et déplacements
Pendant des millénaires, le relief et le réseau des cours d’eau conditionnent le déplacement des populations. En Haute-Normandie, la Seine constitue un axe de circulation majeur pour les colonisations néolithiques et le commerce depuis l’âge du bronze. Lillebonne dispute ainsi sa suprématie à Rouen, à l’époque gallo-romaine, avant d’être coupée du fleuve par l’envasement. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, plusieurs rivières sont navigables : la Bresle jusqu’à Eu, la Risle jusqu’à Pont-Audemer et l’Eure jusqu’à Pacy.
Les vallées et vallons latéraux permettent, seuls, l’accès des attelages aux plateaux, quelque 100 à 150 mètres plus haut. Très tôt, sur ceux-ci, se met en place un réseau de voies en ligne droite.