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Le troupeau du Conservatoire des sites naturels en action.

Espèces et espaces protégés



Réserves naturelles, conservatoires des sites : les outils de protection existent, mais l’amour de la nature n’est pas vraiment encouragé dans notre pays.

La loi du 10 juillet 1976 sur la protection de la nature est formelle : les espèces légalement protégées doivent jouir d’une protection totale, de même que leur habitat. Malheureusement, le piégeage, le tir et la naturalisation d’espèces protégées ont toujours cours, généralement dans l’impunité. L’existence d’espèces protégées sur un territoire pèse peu face à un quelconque projet d’aménagement. La Haute-Normandie est une des régions où la superficie d’espaces naturels protégés est la plus faible. Les réserves naturelles y étaient, il y a peu, quasi inexistantes.

Gestion conservatoire

A l’usage, on s’est rendu compte que la nature conservée "sous cloche" dans les réserves n’avait aucune signification écologique et aboutissait fatalement à un appauvrissement. La "gestion conservatoire" est apparue comme une alternative adaptée notamment aux espaces abandonnés par l’agriculture. Elle est mise en œuvre essentiellement par les conservatoires des sites naturels, associations à vocation régionale. Leur souplesse de fonctionnement permet de répondre à l’urgence, ce qui n’est pas le cas avec le classement administratif en réserve naturelle, toujours long à émerger. Ils acquièrent ou louent les espaces à protéger, ou bien passent des conventions avec les propriétaires, de façon à avoir la maîtrise d’usage du territoire et y mener leurs actions.
En Haute-Normandie, les associations ont réussi à faire admettre le bien-fondé de la création d’un conservatoire – le vingtième en France – en 1993. Le Conservatoire des sites naturels de Haute-Normandie a réussi à se hisser dans le peloton de tête en termes de superficie et de nombre de sites gérés. Une de ses actions phares est la reconquête des coteaux crayeux, exceptionnellement riches en biodiversité.

Les moutons à l’œuvre

Le Cedena, pour le compte du Parc naturel régional de Brotonne, et l’Association des Courtils-de-Bouquelon avaient fait figure de pionniers, au niveau national, en réintroduisant des bovins "Highland Cattle", proches de l’aurochs disparu, pour restaurer les prairies tourbeuses du marais Vernier. D’autres zones humides de la région accueillent maintenant des chevaux "Camargue", des vaches "Pie noire bretonne", des moutons "Shetland", etc.
Sur les coteaux crayeux, là où les herbivores sauvages de la préhistoire limitaient naturellement le développement des arbustes et des arbres, ce sont les moutons du Conservatoire qui œuvrent maintenant. Une transhumance, parfois urbaine et toujours scientifiquement menée a permis une reconquête de coteaux à forte valeur patrimoniale.
Des dispositifs nouveaux devraient permettre de réintroduire l’entretien des espaces naturels dans les pratiques courantes de la gestion du territoire : Contrats territoriaux d’exploitation (CTE), pour les agriculteurs volontaires, et mesures associées à la gestion des Zones spéciales de Conservation (ZSC) du réseau Natura 2000.

Reconnaître un érable

On ne peut aimer, respecter et protéger que ce que l'on connaît, d'où l'importance de l'éducation.
On ne peut aimer que ce que l’on connaît, d’où l’importance de l’éducation. On clouait autrefois les chouettes sur les portes de grange. Aujourd’hui, on détruit encore des plantes protégées et d’inoffensifs crapauds par pure ignorance.
L’enseignement des sciences naturelles a subi une érosion depuis deux décennies. En classe de terminale, on étudie la chlorophylle mais pas les feuilles dont elle est issue. Les élèves manipulent des appareils sophistiqués, mais restent incapables de reconnaître un simple érable...
Toute la chaîne de l’éducation aux sciences de la nature est à reconsidérer. Les associations jouant un rôle palliatif dans ce domaine devraient être davantage soutenues, or les moyens mis à leur disposition sont en recul. Le goût de la nature ne s’acquiert pas à travers de belles encyclopédies, des vidéos ou des CD-Rom, mais au contact de la nature. Il faut aussi que les enfants cueillent des bouquets, capturent des insectes, fassent des collections. Ainsi est née la vocation de beaucoup de savants illustres. Pourquoi ne pas profiter du regain d’intérêt des jeunes adultes pour la nature et de l’allongement du temps libre pour relancer les activités de découverte ?

Le naturaliste, autre espèce en voie de disparition

Dans le monde, il n’existe plus que 30 000 naturalistes, dont huit sur dix ont plus de quarante ans. Certains se demanderont à quoi servent ces savants capables de différencier deux espèces de chalcidiens – de minuscules guêpes – ne se distinguant que par d’infimes détails. Il se trouve que l’une vit aux dépens des céréales et que l’autre parasite les chenilles qui attaquant les cultures de pois. Comment contester l’utilité de savoir ? L’écologie est un savoir précieux.
La France est un des rares pays développé à montrer un tel désintérêt pour des sciences qui ont fait sa renommée passée. Au Muséum national d’histoire naturelle – qui possède l’herbier le plus important au monde – les derniers botanistes travaillent dans la pénurie. Les études universitaires en botanique, entomologie, etc. ne sont guère valorisées...
Pour comparaison, de l’autre côté de la Manche, à Leicester, dans un muséum moins important que celui de Rouen – fermé ! –, plus de cinquante taxonomistes sont au travail.
Laisser disparaître la biodiversité dans l’indifférence la plus totale revient à casser le thermomètre pour ignorer qu’on a de la fièvre !

Les grandes collectivités et la protection de la nature

· Après avoir soutenu, depuis 1994, la création d’un conservatoire des sites naturels et, depuis 2001, une antenne du Conservatoire botanique de Bailleul et divers programmes de sensibilisation et d’opération, le Conseil régional de Haute-Normandie est appelé à recevoir de nouvelles compétences de l’Etat dans la gestion des réserves naturelles.
· D’autres outils mériteraient d’être enfin mis en œuvre : les Départements de l’Eure et de la Seine-Maritime sont les deux derniers départements littoraux à n’avoir pas encore adopté la taxe départementale sur les espaces naturels sensibles, qui permettrait de réunir des moyens à la hauteur des problèmes à résoudre.

Photos : Christophe Hennequin.

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