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La nature, un patrimoine

Que vaut la nature par rapport aux équipements ?
C’est par le côté patrimonial que l’on s’intéresse maintenant à la nature. Il permet aux gens de se réapproprier des milieux considérés dans un passé récent comme sans intérêt.
La presse haut-normande rapportait il y a peu qu’on allait transplanter une plante rare et protégée la gesse de Nissole pour éviter qu'elle ne disparaisse sous une autoroute. Un sauvetage qui peut surprendre dans un pays où, contrairement à ce qui s’est fait chez les Anglo-Saxons, la nature a été bannie de la culture au profit du patrimoine monumental. La prise de conscience de la valeur patrimoniale de la flore et de la faune commence à poindre.
Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, une société à dominante rurale nous a légué un environnement naturel hérité des premiers âges de la planète. Mais, à partir de là, l’élite intellectuelle chargée de l’aménagement du territoire a plus que jamais relégué la nature au rang du vulgaire.
Que vaut la nature ?
Puisque la nature ne valait rien, on pouvait bien y déverser tous les déchets de la civilisation ! On pouvait surdimensionner les plates-formes industrielles, des parkings, multiplier les voies de communication...
Mais qui sait ce que vaut réellement la nature ? Quelques scientifiques se sont amusés à calculer la valeur réelle d’un arbre ou d’un oiseau en fonction de sa durée de croissance ou de sa rareté. Plus simplement, un espace naturel vaut ce que coûterait sa reconstitution intégrale, ré-acclimatation de la flore et de la faune comprise.
Jusqu’ici, ce cas de figure avait semblé hautement improbable, mais il n’est pas exclu que la récupération de milieux naturels devienne nécessaire à la survie de l’espèce humaine. Mais c’est une affaire des plus délicates. La nature n’est pas un jardin. Laissez pour un temps des plates-bandes à l’abandon et beaucoup d’espèces cultivées auront succombé sous la pression des espèces sauvages, mieux adaptées.
De plus la multiplicité des interactions dans la nature rend illusoire la plupart des tentatives de "jardinage" destinées à recréer la nature. Un exemple : il est quasi impossible de transplanter des orchidées tant sont fragiles les mycorhizes qui leur sont associés.
Finalement, comme toujours, prévenir vaut mieux que guérir, même par d’éventuelles "mesures compensatoires", et... coûte moins cher. Il est en conséquence urgent et plus sage de réfléchir à un aménagement du territoire qui ne se reporte pas sans cesse sur l’environnement naturel.
La nature, un patrimoine à s’approprier
Notre société a besoin de connaître la nature.
C’est par le côté patrimonial que l’on s’intéresse maintenant à la nature. L’exemple parfait en est donné, en Haute-Normandie comme ailleurs en France, par les mares : l’intérêt croissant du public au cours des vingt dernières années doit moins à leur faune et à leur flore qu’à la diffusion des connaissances relatives à leurs usages millénaires, inscrits dans la culture régionale. Par le biais de l’histoire locale, les gens se sont réapproprié un milieu considéré dans un passé récent comme nauséabond, dangereux et grouillant de vermine.
Le moindre papillon, l’oiseau inhabituel, une salamandre, une chauve-souris sont susceptibles de focaliser l’attention de beaucoup de monde. Cela paraît évident : notre société de plus en plus urbaine a besoin de la nature pour que chacun ait des chances de vivre heureux et en bonne santé. Dans le film "Soleil vert", tourné au début des années 70, la récompense ultime à la fin d’une vie passée dans une ville minérale surpeuplée consistait à se faire projeter un film sur la nature disparue. Souhaitons ne jamais en arriver là.
Forte d’un potentiel naturel resté trop méconnu et qu’il lui appartient désormais de sauvegarder et de valoriser, la Haute-Normandie possède des atouts pour attirer de nouvelles formes de tourisme, par exemple les "classes vertes" d’Île de France qui préfèrent jusqu’à présent se dérouter vers la Picardie, la Basse-Normandie ou la Bretagne. Et ce qui est vrai pour les touristes, l’est également pour les entreprises à haute valeur ajoutée employant une forte proportion de cadres.
Mesures "compensatoires"
Il y a peu encore, qui se serait préoccupé des crapauds calamites et des pélodytes ponctués, sinon quelques rares protecteurs de la nature ? Ces espèces auraient certainement disparu à la suite de la construction de Port 2000, extension du port du Havre dans l’estuaire de la Seine. Alors que s’ouvre le chantier, on consacre aujourd’hui quelques moyens à leur capture, leur déplacement et leur ré-acclimatation en d’autres marais moins menacés, mais rien n’assure a priori la réussite de l’opération, ni son échec d’ailleurs. Il reste à espérer que ces amphibiens comme les oiseaux qui devront exploiter un reposoir artificiel retrouveront toutes les conditions propices à leur survie, faute de quoi nous déplorerons une fois de plus une perte irréversible.
Les "mesures d’accompagnement" ont des limites évidentes : on ne peut, par exemple, mettre au même niveau la plantation d’une berge de carrière en eau et la restitution de surfaces importantes de prairies humides ou sèches pour y sauvegarder les espèces qui en dépendent, en compensation de l’exploitation des granulats.