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L'écologie au service de l'homme

Les massettes permettent d'épurer les eaux.
Faut-il encore rappeler que sans les abeilles, sans les plantes médicinales, sans les races rustiques, sans les microbes et sans les vers, nous ne pourrions ni nous soigner, ni nous nourrir, ni nous protéger contre la pollution ?
Réduire la biodiversité, on le sait maintenant, c’est fragiliser l’équilibre du vivant, dont l’homme est partie prenante. Cela devrait être un argument suffisant pour la préserver à tout prix. Mais il n’est pas inutile de rappeler que la diversité biologique outre qu’elle rend la planète vivable est utile au quotidien.
On n’imagine pas, par exemple, combien de médicaments essentiels l’aspirine, la digitaline, les antibiotiques, etc. proviennent à l’origine de ces usines biologiques que sont les plantes. Au nom du progrès, la pharmacopée traditionnelle a été reléguée au rang des "remèdes de bonne femme" (en fait, "de bonne fame", c’est à dire réputés).
En Haute-Normandie, près du quart des plantes sauvages y compris des "mauvaises herbes" étaient des remèdes populaires, et il est probable que d’autres pourraient être étudiées de ce point de vue aujourd’hui.
Gènes de résistance
En sélectionnant toujours plus plantes et animaux domestiques pour leur productivité, on fait souvent abstraction des gènes de résistance qui existent au sein de la population initiale. Ainsi, beaucoup des fruits et de légumes aujourd’hui produits en Haute-Normandie à grand renfort de protection phytosanitaire ont pris la place de variétés sélectionnées au cours des siècles pour leur adaptation au terroir. De même, l’élevage industriel de porcs ou de volailles en claustration suppose l’administration permanente d’une pharmacopée anti-parasitaire, antivirale, anti-stress, etc. Oubliés les animaux capables de courir sous les intempéries comme le porc "Normand" ou la poule "Gournay" ! Oubliée la variété noire d’abeilles élevée traditionnellement en Normandie, performante dans le froid et le crachin quand les autres races restent au rucher ! La Haute-Normandie est une des régions françaises où la densité de ruches à l’hectare est la plus faible. Or, la productivité en huile du colza, par exemple, se mesure au nombre de graines produites et donc de fleurs pollinisées... par les abeilles.
Ecologie microbienne
Les nouvelles épizooties et la réapparition de souches virulentes qu’on croyait éradiquées devraient inciter à conserver un réservoir génétique permettant de réagir. Les animaux sauvages sont également concernés, car en rétrécissant leur écosystème, en laissant décliner par trop leurs populations, on les expose aux épizooties et à devenir les hôtes d’agents pathogènes touchant les espèces domestiques.
Dans la lutte que livre l’homme aux bactéries grâce aux antibiotiques, on se demande de plus en plus s’il est bon de tout éradiquer. En effet, les lois écologiques concernent également l’infiniment petit. Dans l’environnement hostile créé par les antibiotiques, toutes les bactéries succombent, y compris la "flore microbienne" naturelle, dont on connaît les fonctions bénéfiques. Pire : quelques bactéries pathogènes dotées de gènes de résistance aux antibiotiques survivent et se multiplient dans l’espace libéré par les autres espèces.
Vers de terre, etc.
La mécanisation de l’agriculture ne saurait faire oublier que cette activité ne peut s’affranchir des logiques du vivant. Dans le sol, les microorganismes permettent le recyclage des déchets, augmentent la fertilité, favorisent la croissance des plantes. Les vers de terre sont les principaux agents de l’infiltration de l’eau, si importante dans la maîtrise du ruissellement. On commence à mesurer l’impact négatif que peuvent avoir sur cette biodiversité souterraine les aspersions répétées d’herbicides, fongicides et insecticides.
La destruction d’éléments du paysage haies, bosquets, bords de chemins, etc. jouant le rôle de "stations refuges" pour les ennemis naturels des ravageurs a fragilisé l’"agroécosystème". Si les pesticides constituent des palliatifs efficaces, nul n’ignore maintenant leurs effets secondaires. Pourquoi ne pas utiliser davantage la lutte biologique et la lutte intégrée, qui reposent sur l’utilisation d’organismes auxiliaires, sans conséquences pour l’environnement et la santé humaine ? L’agriculture biologique, qui ne recourt qu’à des produits naturels, offre également des perspectives intéressantes.
"Génie écologique"
Le "génie écologique" permet également de dépolluer les sols. C’est une technique en plein développement. Il met en œuvre des bactéries capables, grâce à leur équipement enzymatique, de "biodégrader" certaines molécules toxiques. Des plantes comme l’ortie peuvent être utilisées pour absorber les métaux dangereux accumulés dans le substrat à la suite de pollutions industrielles.
Les plantes sont également capables d’épurer l’eau. Dès les années 1970, le laboratoire d’écologie de l’université de Rouen avait développé une technique faisant appel aux scirpes, roseaux et autres "macrophytes des marais. Le procédé a été abandonné au profit de stations d’épuration classiques. Il est dommage qu’il ne soit pas mis en œuvre en complément, afin d’améliorer la qualité des effluents. Les "macrophytes" et d’autres végétaux pourraient également être davantage exploités dans la gestion du ruissellement pluvial et la prévention des inondations.
Bovins à toute épreuve
Rejetés par la zootechnie moderne, les bovins "Highland Cattle", originaires d’Ecosse, ont su prendre une revanche à la mesure de leurs gros sabots !
L’expérience menée au marais Vernier par l’Association des Courtils-de-Bouquelon, a démontré que ces animaux pouvaient exploiter sans en souffrir des écosystèmes où des races sélectionnées comme la vache noire et blanche "Prim’Holstein", par exemple succomberaient rapidement.
L’autopsie pratiquée sur une vache écossaise abattue à dix-sept ans a révélé la présence dans son foie... d’une seule douve ! Il s’avère que cet unique parasite vivant pratiquement en symbiose avec son hôte ne faisait qu’entretenir le canal cholédoque et la sécrétion biliaire. Avec d’autres animaux, le foie aurait été rapidement infesté et ils seraient morts.
Herbe, biodiversité et santé
Tout est lié... Pour améliorer la productivité de l’élevage laitier, on remplace depuis les années 1970 le pâturage à l’herbe par de la pulpe de maïs pour l’alimentation des bovins.
Mais, si le maïs apporte beaucoup d’énergie aux animaux grâce aux sucres qu’il renferme, il est déficient en protéines. Pour pallier cette carence, on a fait appel au soja américain, et, jusqu’à une date récente, aux "farines animales " moins coûteuses. C’est alors que s’est propagée la "maladie de la vache folle".
Rappelons qu’une prairie normande abrite de nombreuses espèces végétales, dont du trèfle et autres légumineuses riches en protéines.
Contrôle scientifique de la qualité de l'herbe. >
L'if contre le cancer
S’il n’avait été si peu accessible sur les corniches crayeuses de la vallée de Seine, l’if aurait sans doute disparu des forêts.
Cela aurait été bien dommage, car on s’est aperçu que les jeunes pousses (toxiques) de ce conifère contenaient un principe actif le docetaxel qui peut suppléer une chimiothérapie classique dans le traitement de certains cancers.
Galerie de la biodiversité haut-normande
> canard de Rouen
Issue du canard colvert sauvage, cette race a été améliorée à la fin du XIXe siècle avant de tomber dans l’oubli, puis de connaître un regain d’intérêt à la fin du XXe siècle. Le "canard à la rouennaise" est une tradition gastronomique de la région.