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Biodiversité : danger érosion !

Terrain agricole traité au désherbant total.
La régression récente et généralisée de la diversité du vivant n’est pas encore suffisamment reconnue.
Quand des espèces naguère communes, comme le moineau, en viennent à se raréfier, c’est que notre environnement va mal. Il est évident que les causes qui amènent à la disparition des espèces les plus fragiles finiront tôt ou tard par produire leurs effets sur l’homme. Qu’il n’y ait presque plus d’abeilles, par exemple, ne peut être sans conséquence sur les plantes qui en dépendent pour la pollinisation. Et pour une espèce sur laquelle l’attention se focalise, combien d’autres au rôle encore méconnu pour l’équilibre de notre environnement s’effacent discrètement ?
Irréversible
La disparition d’espèces est un phénomène naturel mais lent, la durée de vie moyenne d’une espèce étant en moyenne de quatre millions d’années... Après quoi elle laisse place à une descendance mutante. Les scientifiques avancent le chiffre de 30 000 pour les espèces rayées de la planète chaque année, soit cent à mille fois plus que le rythme naturel. Ce que redoutent les spécialistes, c’est de voir franchi un seuil au-delà duquel le déséquilibre serait désastreux et irréversible.
Perceptible dès la fin du XIXe siècle, l’érosion de la biodiversité n’a fait que s’accélérer depuis, notamment ces cinquante dernières années. Comme la forêt primaire d’Amazonie ou la grande faune africaine, la Haute-Normandie est fortement touchée.
Depuis la préhistoire, l’homme a éliminé de la région le mammouth, le cheval sauvage, l’aurochs, le bison d’Europe. Au Xe siècle, vient le tour de l’élan, puis du castor, de l’ours, du lynx d’Europe. Le début du XXe siècle est marqué par la disparition du vison d’Europe, de la loutre, du loup, de l’aigle pygargue, du chat sauvage, de la genette. Dans les années 1950, c’est le faucon pèlerin qui abandonne la basse vallée de la Seine. Les épandages de DDT avaient fragilisé ses œufs. Le râle des genêts, jadis abondant dans cette même vallée, est aujourd’hui au bord de l’extinction en Haute-Normandie, comme dans le monde entier. Et ce ne sont que quelques exemples... Plus de 95 % des espèces d’invertébrés seraient menacées ou éteintes dans notre région.
Définitivement disparues
La flore n’est pas mieux traitée : sur les 2 000 espèces sauvages inventoriées en Haute-Normandie, 193 sont considérées comme définitivement disparues et 551 sont au bord de l’extinction ou très vulnérables.
Parfois, heureusement, si une espèce est encore présente sur un territoire voisin, elle peut se réinstaller si les conditions redeviennent favorables. Ainsi, le faucon pèlerin a recolonisé le littoral cauchois à partir de l’Angleterre en 1995. Mais force est de constater que la dégradation s’étend sur des territoires de plus en plus vastes...
On ne peut plus invoquer la cueillette comme facteur de disparition de la flore. De même, la chasse s’est faite gestionnaire afin de conserver le gibier sédentaire. Malgré tout, certains excès sont encore à déplorer, comme l’éradication des belettes, fouines, etc., animaux qui, bien que concurrents des chasseurs, font pourtant partie d’un patrimoine naturel commun. La chasse au gibier migrateur, et particulièrement les oiseaux d’eau, n’a pas encore pris la mesure de sa responsabilité envers des espèces au statut transfrontalier.
Patrimoine de la Nation
C’est la dégradation généralisée des habitats qui reste le principal facteur de disparition des espèces. Et elle n’épargne pas les espèces protégées. La loi du 2 février 1995 a donc introduit dans le Code rural un nouvel article L. 200-1 : "Les espaces, ressources et milieux naturels, les sites et paysages, les espèces animales et végétales, la diversité et les équilibres biologiques auxquels ils participent font partie du patrimoine commun de la Nation. Leur protection, leur mise en valeur, leur restauration, leur remise en état et leur gestion sont d’intérêt général et concourent à l’objectif du développement durable".
En à peine 50 ans, tous les milieux de Haute-Normandie ont été dégradés : rivières, marais, tourbières, mares, prairies, pelouses sèches, forêts, cultures, bords de routes, etc. Le "sauvage" est renié à un point tel que les berges de rivières ne peuvent plus être occupées par des plantes aquatiques. "Faire propre" semble être la préoccupation principale des gestionnaires de l’espace.

Deux approches de la gestion des bords des routes...
Déficit de connaissances
Nécessité économique oblige, les pelouses silicicoles et les marais de la vallée de la Seine se sont transformées en carrières. L’industrie a stérilisé des espaces naturels d’une incroyable richesse. L’agriculture et la sylviculture, responsables de la gestion de 85 % du territoire, portent évidemment une grande part de responsabilité dans la disparition de 75 % des haies et de 90 % des mares. Les pratiques d’intensification ne sont pas sans conséquences sur la biodiversité : drainage, retournement des prairies, traitements herbicides dans les champs et les prairies, insecticides sur les cultures, abandon de 90 % du patrimoine variétal (fruits, légumes, animaux d’élevage ou de basse-cour) légué par nos ancêtres suite à un patient travail de sélection...
Concentrés sur des impératifs de production générant des revenus à court terme, les acteurs économiques ont fait une croix sur des impératifs à plus long terme, comme la biodiversité, qui concernent pourtant les générations futures. C’est sans doute avant tout une question de prise de conscience. Si l’on en croit un rapport de l’OCDE, la menace qu’encourt la biodiversité est liée à un déficit de connaissances et donc d’éducation.
Contraintes exercées sur la biodiversité selon l’OCDE
Causes directes
· Destruction et modification des habitats
· Surexploitation d’espèces sauvages (chasse et pêche)
· Introduction d’espèces exogènes à fort pouvoir colonisateur
· Banalisation, sélection des espèces les plus opportunistes par diverses pressions (traitements pesticides, piégeage, bioaccumulation de produits issus de la pollution, etc.)
· Modification de l’environnement à l’échelle mondiale, du fait du réchauffement (invasions de termites, pullulations d’étourneaux, etc.)
· Intensification des modes de production (épandage d’engrais et disparition de nombreuses espèces, la plupart étant oligotrophes)
· Trafic automobile, électrocutions dues aux lignes aériennes
Causes indirectes
· Défaillance des marchés face à la concurrence mondiale
· Défaillance de transmission des savoir-faire entre générations
· Absence de culture générale conduisant à un état d’incertitude
· Manque de connaissance sur la diversité biologique et son recul
· Défaillance des institutions sur le plan juridique conduisant à l’inapplication des lois, à des vides juridiques, à la promulgation de textes ou à la mise en œuvre de politiques contradictoires (protection de l’environnement et Politique agricole commune au niveau européen).