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Il y a forêt et forêt...

Futaie cathédrale en hiver.
Si la forêt a perdu son caractère purement naturel, elle n’en demeure pas moins un réservoir important de biodiversité.
Les "futaies cathédrales" de hêtres que nous connaissons aujourd’hui dans les massifs de Lyons ou d’Eawy sont le fruit de la sylviculture. Elles ont peu de rapport avec les boisements primitifs. Le hêtre, cantonné à l’origine aux secteurs à affinités climatiques continentales, n’est pas, avant le XIXe siècle, l’essence dominante en Haute-Normandie. Les forêts des plateaux sont alors dominées par le chêne, pédonculé au nord de la Seine, sessile au sud. Ces essences de lumière sont à l’origine de peuplements assez lâches permettant aux rayons du soleil de pénétrer le sous-bois. Houx, néflier, sorbier des oiseleurs, alisier torminal et autres arbustes forment le sous-étage.
Les plantes herbacées notamment dans les nombreuses clairières nourrissent sangliers et cervidés, dont les populations sont régulées par la chasse et de grands prédateurs comme le lynx et le loup.
Les vieux arbres semenciers sont entourés de jeunes recrues, le tout formant un peuplement irrégulier, résistant mieux aux aléas climatiques et exploitant plus rationnellement tous les horizons du sol.
Appauvrissement
Avec le développement de l’agriculture et de l’élevage, la forêt primitive évolue.
Les défrichements suivis d’abandon produisent des recolonisations par des gaulis serrés du même âge. Dans un processus de retour à l’équilibre originel, les arbres les plus vigoureux doivent finir par supplanter les individus les plus chétifs. Mais la pression des activités humaines ne permet pas toujours cette évolution. La surexploitation des plus beaux sujets pour le bois d’œuvre, la fabrication du charbon de bois, la récolte du bois de chauffage, la conduite des troupeaux en forêt perturbent le système et l’appauvrissent. L’extension des landes à bruyères (
Calluna), l’envahissement par la fougère-aigle, l’installation massive du bouleau constituent des stades de dégradation ultimes. Le taillis, résultat d’une exploitation à court terme, aboutit à un appauvrissement de la biodiversité.
Les travaux de reconquête forestière basés sur la régénération et la plantation massive de hêtres induit une acidification et une diminution de la vie biologique du sol qui se traduit par une mauvaise décomposition de la litière. Ce phénomène est aggravé par la plantations de résineux.
Avec le hêtre, essence d’ombre, la luminosité du sous-bois diminue notablement et la flore arbustive et herbacée régresse. Comme, dans le même temps, lisières et clairières disparaissent, les cervidés sont contraints de sortir du bois pour se nourrir et causent des dégâts aux cultures. Et comme leurs populations croissent avec la mise en place de plans de chasse...
Epargnée, en général, par les apports d’engrais et de pesticides, la forêt est un espace de protection. Mais elle est parfois menacée. La multiplication des voies à grande circulation en forêt restreint la nécessaire circulation des animaux sauvages. De plus, elle menace la qualité des eaux de captages : en effet, la capacité de filtration des forêts peut être mise à mal par les polluants entraînés depuis les routes par les eaux de ruissellement.
Vallons frais ou secs
Plantule de hêtre en forêt.
Dans les vallons frais, la végétation acidiphile des plateaux laisse place à une autre adaptée à la proximité neutralisante de la craie : charme, tilleul, merisier, noisetier, buis. La flore herbacée s’enrichit : primevères, jacinthe, moscatelline, lamier jaune, lamier maculé, etc. En bas de pente, le frêne et l’érable sycomore dominent. Ces essences se développent également sur le flanc des ravins abrupts où affleure la craie, où l’on peut observer des fougères spécifiques (polystics, scolopendre), la mercuriale, l’aspérule odorante, etc. C’est le domaine du blaireau, qui y établit son réseau de terriers.
Aux abords des cours d’eau s’étendent parfois des bois tourbeux et des forêts alluviales dominées par les saules, le frêne élevé, le prunier myrobolan, l’aulne. Les botanistes y ont relevé la présence d’espèces plus rares comme l’osmonde royale, le piment royal, la balsamine ne-me-touchez-pas, la cardamine amère, la cardère poilue. Côté animaux, le tarin des aulnes un passereau de couleur verte et le putois sont typiques.
Quand elles sont situées sur les pentes crayeuses, les forêts sèches sont marquées par la présence de l’érable plane, de l’if, du pommier des bois, voire du chêne pubescent, ou de l’alisier blanc et de l’alisier de Fontainebleau, plus rares encore. L’épine vinette y est remarquable, de même que le tapis herbacé : hépatique trilobée, orchis singe, céphalanthères, ophrys mouche, sceau-de-Salomon odorant, limodore abortif, etc. Les forêts sèches sur alluvions siliceuses voient réapparaître, en plus rabougries, les essences des plateaux argileux comme le néflier ou le chêne sessile. Ajoutons-y le robinier faux-acacia.
L’écosystème forêt
· Les forêts sont les écosystèmes à évolution très lente. Le cycle de renouvellement germination d’un arbre, sénescence, mort, décomposition et nouvelle germination dure entre cinq cents et mille ans. Les tempêtes, les incendies et l’exploitation peuvent accélérer ce rythme en détruisant les arbres.
· Le sol forestier est un sol évolué, du fait de l’ancienneté du couvert végétal, très riche en humus, dont l’activité biologique est particulièrement développée.
· La compétition qui s’y déroule a comme enjeu de tirer parti de la lumière : croître rapidement pour les arbres, trouver un support pour les lianes, fleurir avant que les bourgeons n’éclatent pour les plantes du sous-bois, développer un mode vie saprophyte ou parasite et s’affranchir de la photosynthèse pour quelques-unes d’entre elles...