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Prairies

La prairie mésophile est la prairie des vaches sous les pommiers.


Qu’elle soit humide, sèche ou entre les deux, une prairie reste une formation herbacée qui a besoin d’être broutée ou fauché pour rester ce qu’elle est.

L' écosystème herbacé est, en Haute-Normandie, un stade de jeunesse dans l’évolution de la végétation. Sa productivité primaire est plus faible que celle de la forêt, mais plus facilement exploitable par ces consommateurs que sont les animaux d’élevage.
Cela explique que les prairies aient eu les faveurs de l’homme depuis que celui-ci a entrepris de défricher la forêt, à la fin de la préhistoire. On les classe en fonction de l’humidité du sol.

En zone humide

Les mégaphorbiaies – ou hautes herbes – constituent avec la forêt alluviale les formations végétales originelles des fonds de vallées, là où la nappe alluviale n’est jamais très loin. La végétation est marquée par la présence de fleurs colorées et pollinisées par les insectes, ce qui est une source de biodiversité. Certaines rares mégaphorbiaies sont originelles ou "primaires" : on les reconnaît à la présence du pigamon jaune ou de la valériane officinale. Les mégaphorbiaies issues de prairies humides abandonnées sont, quant à elles, dominées par la reine-des-prés ou la consoude officinale.

Le pigamon jaune.
La prairie humide, dominée par les graminées, dérive de la mégaphorbiaie par le biais de la valorisation agricole : pâturage, fauchage, assèchement au moyen de fossés ou de drains enterrés, etc. On y trouve spécifiquement l’euphorbe des marais, le colchique des prés, le silaus des prés, le scorsonère humble, l’œnanthe de Lachenal, le cirse anglais, etc. Mais l’intensification agronomique conduit inévitablement à une perte de la diversité végétale.
Sur des sols compacts et engorgées en permanence naissent des formations tourbeuses dont les plus représentatives se situent dans la boucle de Jumièges, de Brotonne ou du marais Vernier. Faute d’oxygène, les débris végétaux ne s’y décomposent pas et s’accumulent sur quelques décimètres, pour une prairie tourbeuse, à plusieurs mètres pour une tourbière. Sur ce substrat pauvre en minéraux et acide s’installe une flore extrêmement spécialisée.

Prairie mésophile

La prairie "mésophile" des écologues est "la" prairie, celle des vaches sous des pommiers. Ni trop humide, ni trop sèche, comme le suggère les racines grecques du mot : elle apprécie la modération. Son domaine haut-normand s’étend sur les sols argilo-limoneux des plateaux, les mieux représentés dans la région. La biodiversité visible n’y est pas exceptionnelle. Sur ces terres grasses, quelques plantes gourmandes à fort pouvoir colonisateur dominent : des graminées comme le dactyle, mais aussi la berce, certaines renoncules, l’ortie dioïque, etc. Seul l’appauvrissement de la terre fait apparaître d’autres espèces.
En revanche, sous terre, les formes de vie sont à la fois diverses et actives. Le recyclage de la matière organique y est particulièrement efficace et garantit la conservation de sa fertilité. Plus d’une tonne de vers de terre par hectare recyclent chaque année 300 tonnes de terre. Ils assurent – au même titre que les taupe qui les chassent – l’aération du sol et la remontée d’éléments minéraux entraînés en profondeur par la pluie.
La destination de la prairie mésophile est l’alimentation des animaux d’élevage, par pâturage ou par récolte du foin. La diversité de la flore offre une nourriture équilibrée riche en principes thérapeutiques naturels. Elle attire aussi une pléiade de papillons, insectes et invertébrés divers, les oiseaux qui les consomment...
L’épandage d’engrais et d’herbicides anti-dicotylédones a pour effet de favoriser les graminées les plus nourrissantes aux dépens des autres catégories. On assiste alors à des disparitions en cascade : la flore, puis les invertébrés, les hirondelles, les chauve-souris et autres espèces insectivores qui se retrouvent en manque de nourriture ou intoxiquées par la consommation de proies polluées.

Pelouses sèches sur craie
La Seine à Saint-Adrien.

Les coteaux les plus ensoleillés sont occupés par une formation herbacée plus ou moins rase, adaptée à la sécheresse. Le sol est là peu épais, crayeux, et il ne retient pas l’eau. Ces contraintes fortes conduisent à l’installation d’une flore extrêmement spécialisée et variée qui fait des coteaux crayeux les milieux les plus riches de Haute-Normandie avec les prairies tourbeuses. Elle attire une multitude d’insectes associés. Sur les parties écorchées des coteaux apparaissent des espèces rarissimes.
Pendant des millénaires, ces milieux ont été exploités pour cultiver des plantes ayant besoin de chaleur et de sécheresse, ou faire paître des troupeaux de moutons. La seconde moitié du XXe siècle consacrera l’abandon définitif de ces activités et marquera le début de l’envahissement par les broussailles et le brachypode penné, une graminée. La compétition vis-à-vis de la lumière cause alors la disparition de nombreuses espèces.

Sur silice

Dans les boucles de la Seine, les divagations du fleuve ont fait se déposer les alluvions en terrasses étagées. Les plus récentes, près du cours actuel, sont couvertes de prairies humides ou mésophiles. Les plus anciennes sont maintenant perchées loin de la nappe. De nature sableuse et graveleuse, elles sont particulièrement sensibles à la sécheresse. Le lessivage séculaire des couches superficielles par les pluies a appauvri et acidifié le sol. On retrouve là une flore tout à fait spéciale, des insectes fouisseurs comme les sphex ou le fourmilion, ou bien encore des oiseaux steppiques comme l’œdicnème criard.
Les terrasses d’alluvions anciennes, délaissés par l’agriculture, ont constitué des gisements de granulats les plus faciles à exploiter. Les écosystèmes qui leur sont associés ont très fortement régressé, et il est particulièrement important de préserver ce qu’il en reste.


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