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Eaux douces

La vitesse du courant est essentielle pour la vie de la rivière


Qu’elle coure ou qu’elle stagne, l’eau donne naissance à des écosystèmes d’une grande richesse mais d’une extrême fragilité.

On pense d’abord aux cours d’eau, bien que ceux-ci soient peu nombreux en Haute-Normandie du fait de la nature perméable du sous-sol. Ce sont pour la plupart de petites rivières au débit rapide. Elles ont été fortement transformées par l’homme, qui a exploité l’énergie hydraulique pour faire fonctionner moulins et usines. La qualité de l’eau a également été affectée par les épandages agricoles et les rejets industriels et urbains.

"Lotique" ou "lentique" ?

La vitesse du courant est un facteur essentiel de la vie de la rivière, car l’oxygénation de l’eau provient de son brassage. Le transport et le dépôt de la vase, du sable et des cailloux, et donc la nature des fonds, sont également sous sa dépendance. Sur les portions de cours d’eau les plus naturelles, l’eau s’écoule rapidement sur un radier large et peu profond composé de blocs et de graviers. Sur ce substrat peuvent s’établir les renoncules aquatiques – plantes parmi les plus rhéophiles –, dont les tiges résistantes et les feuilles filiformes ondulent en longues écharpes dans le courant. Les salmonidés – truites de mer et fario, saumon atlantique – aiment lutter contre le courant dans des eaux agitées, bien oxygénées et fraîches. Ils établissent leurs frayères à ces endroits, où leurs alevins peuvent trouver leurs proies parmi les nombreux invertébrés qui se réfugient sous les pierres ou dans les herbiers.
Ces "faciès lotiques", comme disent les écologues, sont entrecoupés de zones à courant lent – les faciès "lentiques" –, moins oxygénées et parfois envahies par des plantes d’eau calme et profondes comme le nénuphar jaune, poussant sur des substrats de particules fines et de vase. On y trouve une gamme plus importante de "poissons blancs" – gardons, brèmes, ablettes, etc. – moins exigeants quant aux conditions de température et d’oxygénation.

Mauvaise santé

Les cours d’eau haut-normands ont subi de multiples atteintes. Des barrages de chute, des vannages – parfois abandonnés – entravent la circulation des salmonidés migrateurs et déterminent un ennoiement de vastes portions de cours d’eau, transformant des faciès lotiques en faciès lentiques, concentrant les polluants. L’aménagement des abords des cours d’eau, l’approfondissement de leur lit, leur "corsetage" par des berges abruptes ont conduit à une transformation des habitats aquatiques. L’effondrement des rives, les apports réguliers de limons apportés par les eaux de ruissellement ont colmaté les lits. Ce n’est évidemment bon ni pour la faune et la flore, ni pour les riverains menacés par les inondations. Curages, calibrages, approfondissements et rectifications successifs aboutissent à une dégradation généralisée du milieu aquatique. Les roselières, qui protègent le pied des berges tout en offrant cache et nourriture à de multiples animaux, et les arbres composant les ripisylves souffrent également, du fait des fauchages répétés, tronçonnages, dessouchages et traitements chimiques.

Les ragondins minent les berges des cours d'eau.

La mauvaise santé des cours d’eau peut encore être illustrée par la prolifération des rats musqués et des ragondins – deux espèces introduites accidentellement –, minant les berges, cependant que la loutre – un de leurs prédateurs potentiel – est présumée disparue. Cet animal, considéré comme un véritable indicateur de la qualité du milieu aquatique, a été victime des pollutions (PCB, pesticides, etc.) et de la chasse, notamment pour sa fourrure et du fait de sa consommation de poissons, pourtant bien naturelle. Pourtant, la loutre, comme le héron et le cormoran, en jouant leur rôle de prédateurs, consomment les poissons les plus faciles à capturer, des individus malades, peu vigoureux, rendus déficients par la pisciculture.





Etangs et mares

Aux écosystèmes aquatiques naturels sont venus s’ajouter des milieux créés par l’homme :quelques rares étangs anciennement aménagés pour la production de poissons et, surtout, tout un "semis" de milliers de mares creusées sur les plateaux pour satisfaire à l’approvisionnement en eau des populations et du bétail. Ces plans d’eau sont alimentés dans leur majorité par les précipitations et le ruissellement.
L’écologie de ces milieux s’apparente à celle des portions lentes des cours d’eau. En fonction de la nature du substrat, de la minéralisation de l’eau, de son acidité, de sa profondeur, différentes "séries végétales" s’y établissent, depuis les tapis flottants de lentilles d’eau jusqu’aux grandes formations de potamots, renouées amphibies, grenouillettes, renoncules aquatiques... Les berges en pente douce permettent, dans le cas idéal, l’établissement de plantes de roselières – scirpes, roseaux, massettes, patiences d’eau, iris faux-acore – qui font la transition entre l’eau libre et les espaces voisins, marécageux ou pas.
Certains plans d’eau du pays de Bray se sont transformés en tourbières par un processus de comblement naturel. Un changement radical du milieu qui n’est toutefois pas irréversible. En effet, l’extraction de la tourbe dans des fosses peu profonde a démontré que la flore aquatique se réinstallait alors et que le processus de production de la tourbe pouvait même se réactiver. Une exploitation en grande profondeur, comme à Heurteauville – une grande tourbière haut-normande en val de Seine – rend cela impossible.
Quant aux plans d’eau résultant de l’exploitation des carrières de granulats, ils accueillent une faune spécifique d’invertébrés, de poissons, d’oiseaux... Mais leur flore est plus pauvre que celle des autres étangs, du fait de leur profondeur.

Galerie de la biodiversité haut-normande
> Foulque macroule (Fulica atra)


Cet oiseau aquatique construit son nid sur un plan d’eau, même petit, à condition qu’il soit peu profond et riche en végétation.
Il hiverne sur les grands étangs (ballastières, etc.).
Il consomme des plantes et des petits animaux, notamment des moules d’eau douce.
La multiplication des plans d’eau artificiels a favorisé son extension.

La mare, outil pédagogique

La mare se prête à merveille à une approche pédagogique de l’écologie.
C’est un écosystème complet et de taille humaine. Elle présente quelques aspects intéressants qui peuvent être développés par les éducateurs :

· C’est un "îlot" aquatique perdu dans un océan terrestre souvent hostile.
· Elle est cependant la preuve qu’une colonisation par la flore et la faune est possible, par différents moyens.
· La répartition du "semis" de mares suit assez bien la nature géologique du substrat.
· Selon sa situation (village, prairie, forêt, etc.), elle présente une physionomie différente.
· C’est un écosystème fragile, soumis aux aléas climatiques comme à la pollution ou au pillage.
· Elle évolue naturellement vers l’atterrissement, dont le terme ultime est... la forêt.


La mare est nécessaire à de nombreux animaux. Ici, une demoiselle. >


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