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La forêt caducifoliée forme le climax de la Haute-Normandie.
La nature en équilibre ?
Observée sur l’instant, la nature apparaît comme une merveille d’équilibre. En fait, il y règne une instabilité permanente.
Sur un sol mis à nu s’installent d’abord quelques plantes pionnières, puis des vivaces "tapissantes", typiques de la prairie. On voit ensuite apparaître des végétaux de plus en plus hauts, des arbustes, et enfin des espèces ligneuses très performants : les arbres.
C’est du moins ce qui se passe en Haute-Normandie, située dans l’aire atlantique, sous l’influence d’un climat océanique doux et pluvieux. Les écologues disent que le climax, dans cette région, est la forêt caducifoliée.
Rajeunissement
Mais rien n’est pour autant figé. Dans cette forêt, tout arbre vieillit, puis meurt. Son délabrement commence avec l’installation d’insectes et champignons xylophages. Sa disparition redonne de la lumière au sol, ce qui permet à différentes graines de germer. Sur cette espace rajeuni, les herbivores peuvent pâturer et bloquer pour quelque temps la réinstallation des ligneux. A plus large échelle, les incendies allumés par la foudre, les chablis dus aux tempêtes produisent le même effet. La forêt primitive est, de ce fait, constituée d’une mosaïque composée d’une végétation à différents stades de développement.
La dynamique de la végétation des fleuves et des rivières obéit à des règles voisines. Les crues sont alors un puissant moteur du rajeunissement des communautés végétales. Sur le bord des falaises, ce sont les éboulements qui permettent aux espèces pionnières de réapparaître, et, dans une prairie, le déblai d’un terrier de lapin, grâce au stock de graines présent dans le sol. La longévité de ces graines enfouies peut atteindre plusieurs centaines d’années, pour les orchidées et les joncs, par exemple.
Les bousiers assurent le recyclage de la matière organique.
Réglage
Dans les chaînes alimentaires, ce ne sont que rééquilibrages permanents. Chaque étage de la pyramide subit une régulation permanente. Si la biomasse végétale vient à manquer pour cause de sécheresse, par exemple , les consommateurs primaires que sont les herbivores, granivores et frugivores meurent, se reproduisent moins, diversifient leur régime ou émigrent. La sélection naturelle fait disparaître les individus les plus fragiles et seuls subsistent ceux qui offrent la meilleure résistance. Ainsi va l’évolution des espèces...
De même, un réglage tend à se faire entre les effectifs des prédateurs et ceux de leurs proies. Les prédateurs n’ont aucun "intérêt" à exploiter leurs proies jusqu’à la dernière. De toutes façons, plus elles se raréfient, plus elles sont difficiles à chasser. Les proies épargnées forment la base du repeuplement alors que l’effectif des prédateurs a lui-même diminué.
Prétendues "pullulations"
L’espace disponible intervient également comme facteur régulateur des populations : chaque individu, ou famille, a besoin de telle surface, quelques mètres carrés ou des kilomètres carrés suivant les espèces. On prend alors conscience de l’inanité des propos qui sont parfois tenus quant aux prétendues "pullulations" de buses, par exemple. Ce rapace, comme tout prédateur, ne se multiplie qu’au prorata de ses proies principales les rongeurs. De plus, le rayon de son aire de chasse ne peut être inférieure à un ou deux kilomètres, ce qui limite fortement la densité de l’espèce.
Equilibre dynamique il y a aussi au niveau de la décomposition des litières, qui sont des accumulations de débris végétaux. Qu’elle soit perturbée par exemple par acidification due à la pollution, en forêt de résineux et le sous-sol s’appauvrit. La production de biomasse primaire dont le bois diminue en conséquence. Tout empoisonnement du sol réduit sa fertilité naturelle, celle-ci étant sous la dépendance des populations de lombrics, champignons, etc. Là encore, un équilibre bien précaire...
Climax de la Haute-Normandie
Le stade d’équilibre atteint par la végétation dans une région comme la Haute-Normandie est lié au climat local.
· Pays d’Ouche (certains secteurs) : le climax est la forêt sempervirente à sapin pectiné.
· Coteaux : forêt à chêne pubescent, ou bien climax pré-forestier caractérisé par une strate herbacée rase et quelques arbustes s’apparentant plutôt à une garrigue méditerranéenne.
· Littoral : le vent est si présent que la végétation est bloquée au stade herbacé ou arbustif (prunellier, ajonc). dont l’aspect est le même quelle que soit l’échelle à laquelle on les observe.

Entre abeille et bruyère, une aide mutuelle : nectar pour l'un, transport de pollen pour l'autre.
Parasitisme, symbiose et aide mutuelle
Les relations entre êtres vivants sortent parfois du schéma "mangeur / mangé". De nouvelles façon de rechercher un équilibre...
· Il n’y a pas de niche écologique plus spéciale que celle d’un parasite, puisqu’il dépend totalement de son hôte : la tique, par exemple, est un petit acarien qui attend, parmi les herbes d’une prairie, le passage d’un oiseau ou d’un mammifère pour se fixer sur lui et se gaver de son sang.

Parasitisme : la cuscute, dépourvue de chlorophylle, vit aux dépens de certaines plantes vertes.
· La symbiose consacre une relation étroite entre deux organismes vivants, à bénéfices réciproques. Les lichens en sont l’exemple typique. La partie "champignon" du lichen constitue l’assise protectrice et le pourvoyeur en sels minéraux de la partie "algues unicellulaires" qui, en retour, apporte des sucres élaborés par la photosynthèse. Dans le cas des mycorhizes champignons associés aux racines, notamment chez les arbres , le champignon vit des sucres élaborés par l’arbre et lui apporte en contrepartie des éléments présents en faible quantité dans le sol les oligo-éléments grâce à son réseau mycélien.
· L’aide mutuelle n’implique pas une relation aussi étroite que la symbiose. On l’observe, par exemple, entre les bourdons, abeilles et autres insectes pollinisateurs et certaines plantes à fleurs : les insectes, en assurant involontairement le transport de grains de pollen d’une fleur à l’autre, assurent ainsi la fécondation, et donc la reproduction, des plantes concernées.