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L’écosystème n’est pas un vase clos



Le chevreuil sort du bois. Le crapaud vit à terre et pond dans l’eau... L’écologie ignore les frontières.

La mare est un lieu d'échanges fonctionnels.
Une mare creusée au milieu d’une prairie resterait désespérément stérile si des spores ou des graines transportées par le vent, des pontes de mollusques ou d’amphibiens collées aux pattes d’oiseaux de passage n’avaient ensemencé le milieu, si des insectes aquatiques ou des amphibiens en migration n’avaient croisé ce plan d’eau. D’autre part, cette même mare ne survivrait pas à l’accumulation de ses déchets – en l’occurrence de la vase – si l’homme ne venait la curer périodiquement.
La mare, comme d’autres écosystèmes relativement petits, entretient des échanges – et des "relations fonctionnelles" – avec d’autres écosystèmes de même nature. Et elle en dépend en tant que milieu vivant. Chaque mare qui disparaît affaiblit l’ensemble des mares et porte atteinte à la biodiversité globale.
Le fait même que tout écosystème dépende, pour son fonctionnement, de l’énergie qu’il reçoit du soleil, démontre que la vie en vase clos est impossible. Cas typique, beaucoup d’insulaires ne survivent que grâce à des ressources provenant d’ailleurs. Et si l’on pousse le rapprochement avec l’exploitation des ressources de notre planète, elle aussi finit par apparaître comme une île irrémédiablement isolée au milieu de l’univers.

Une question d’échelle

Sur un territoire donné, les êtres vivants s’organisent en communautés pour exploiter les ressources de leur biotope, partager celui-ci avec d’autres espèces dans le cadre d’une biocénose. Cette unité fonctionnelle élémentaire est l’écosystème.
Mais cette notion semble un peu étriquée quand on envisage la vie de certains animaux.
Si le chevreuil recherche bien l’abri de la forêt, il en sort pour brouter les prairies, s’abreuver et se baigner afin de se débarrasser de ses parasites. Il ne dépend donc pas d’un écosystème, mais d’un ensemble d’écosystèmes complémentaires, baptisé par les scientifiques "écocomplexe".
Les exemples ne manquent pas. Le fulmar boréal et la mouette tridactyle viennent nicher sur les falaises littorales, mais passent le reste du temps à pêcher en haute mer. La buse, le faucon crécerelle, le hibou moyen-duc nichent et s’abritent dans des bosquets à partir desquels ils prennent leur essor pour chasser au-dessus des prairies. Le coucou réside en forêt mais va pondre, le plus souvent, dans le nid de passereaux nichant, eux, au milieu des roseaux ou dans des buissons. Tritons, crapauds et salamandres se reproduisent en eau stagnantes, mais vivent le reste de l’année dans les prairies et les sous-bois. Etc.
Pour ces espèces et bien d’autres, ce n’est donc pas la conservation d’un écosystème qui peut assurer leur survie, mais bien celle d’un réseau d’écosystèmes couvrant l’ensemble des besoins à tous les stades de leur existence.

L’habitude de migrer

A plus grande échelle, les espèces migratrices manifestent un besoin identique. La difficulté à trouver de la nourriture amène certains oiseaux à se déplacer vers des latitudes plus clémentes pour hiverner avant de retourner vers le nord pour nicher. Il existe en Haute-Normandie des zones de repos ou de gagnage de ces oiseaux. Mais leurs surfaces diminuent. Chez certaines espèces, l’habitude de faire halte dans la région ou d’y nicher, transmise de génération en génération, risque de se perdre.
Les anguilles des cours d’eau haut-normands connaissent un sort identique. Depuis des dizaines de millions d’années, elles vont se reproduire dans la mer des Sargasses, au milieu de l’Atlantique. Grâce à un mécanisme bien mystérieux, après plusieurs années de croissance, les jeunes anguilles retournent vers les rivières d’où provenaient leurs parents. Mais la pêche excessive ou le braconnage très rémunérateur des civelles – du blé en herbe – à l’entrée de certaines rivières comme la Risle finira par faire disparaître ce comportement.
Quant aux salmonidés migrateurs (saumon et truite de mer), les ouvrages hydrauliques qui barrent les cours d’eau les empêchent d’accomplir leur cycle biologique entre l’océan et la source des rivières.

Les bernes routières sont des corridors écologiques.
Corridors écologiques

Plantes et animaux doivent pouvoir se déplacer afin d’assurer leur dissémination, échanger leurs ressources, exploiter de nouveaux territoires, favoriser le brassage de leur patrimoine génétique, etc. Or, l’isolement de certains milieux dans un environnement hostile, la destruction des autres ou leur morcellement par les voies à grande circulation ne facilitent pas cette fonction vitale. Heureusement qu’existent parfois des "corridors écologiques", dont l’importance est méconnue.
Pour des espèces inféodées aux zones humides, le lit mineur et les berges des rivières constituent un corridor écologique fondamental. Rien ne réunirait les espèces des prairies, parfois isolées au milieu de plaines cultivées, sans les bermes routières. En ce qui concerne les espèces forestières, c’est la haie ou le talus de voie ferrée qui permet avant tout les échanges d’un massif à un autre.
Pour les animaux – et même les plantes – les plus mobiles, un réseau suffisamment resserré d’écosystèmes – par exemple, des mares ou des bosquets – joue le rôle de corridor écologique. En revanche, pour ceux qui n’ont qu’un faible rayon de déplacement, la contiguïté des milieux est nécessaire.

Mathématiques et écologie

Une touffe de mousse dans la forêt, même minuscule, est un véritable écosystème où vivent des populations d’invertébrés.

Mais ce "microécosystème" dépend lui-même d’un écosystème plus vaste, celui de la forêt. Comme la "Vache qui rit", dont les boucles d’oreille représentent des "Vache qui rit", qui elles-mêmes, etc., les écosystèmes peuvent s’emboîter presque à l’infini.

Les mathématiciens appellent objets fractals ces objets dont l’aspect est le même quelle que soit l’échelle à laquelle on les observe..


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