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Les graines légères et munies de soies plumeuses, comme celles de l'anémone pulsatile, sont transportées par le vent.
Se disperser ou mourir
Si les êtres vivants sont capables de voyager loin, c’est le plus souvent un climat local favorable qui favorise leur installation.
Occuper le plus de place possible... Telle est la stratégie de la quasi totalité des espèces vivantes. Cette soif de conquête est exacerbée chez les espèces dites "pionnières". C’est le cas, par exemple, des plantes annuelles des jardins, champs et friches, qu’on appelle "mauvaises herbes" : elles s’installent dans les espaces dénudés, le temps d’y produire un stock de graines considérable. Si aucune intervention grattage par les sangliers, labours, sarclage ne maintient le terrain à nu, des espèces vivaces prennent leur place, sous la forme d’un tapis de graminées, puis d’arbustes et d’arbres.
Les espèces qui font face à une forte concurrence sont caractérisées par leur forte propension à assurer leur descendance. C’est le cas des cryptogames, qui disséminent des milliards de milliards de spores dans l’air, ou de plantes à fleurs comme le pissenlit, qui produisent des quantités phénoménales de graines dotées d’un dispositif leur permettant de franchir des distances importantes par la voie des airs. En revanche, l’expansion peut être freinée par la présence de prédateurs, parasites, bactéries ou virus qui étaient absentes sur le territoire d’origine.
La capacité à s’étendre est d’autant plus grande que la variabilité génétique au sein de la population est grande et autorise tous les "essais". Tels individus supportant mieux le froid, le sel ou la sécheresse pourront investir un espace que le reste de la population n’avait pu exploiter jusque-là.
Affinités méditerranéennes... ou montagnardes
Les caractéristiques climatiques sont prépondérantes dans la répartition des espèces. Tout compte : hauteur annuelle et répartition saisonnière des précipitations, températures les plus basses et les plus élevées, quantité d’énergie solaire reçue, exposition au vent...
Ainsi, par exemple, le sud-est de l’Eure jouit de très faibles précipitations. A l’abri derrière les collines de Normandie et du Perche, cette zone échappe en partie à l’influence des dépressions venues de l’Atlantique Nord. Le climat possède à cet endroit des affinités méditerranéennes.
Les rebords de la boutonnière du pays de Bray jouent un rôle identique pour le nord-est de la Seine-maritime. Jouant le rôle de remparts face à la pénétration des masses d’air océaniques, tempérées, ils occasionnent un refroidissement local conférant au climat des caractéristiques continentales. La forêt d’Eu offre les conditions d’une hêtraie montagnarde et le pays d’Ouche celles de la sapinière montagnarde.
La topographie locale joue également un rôle considérable. Les coteaux crayeux exposés au sud offrent la meilleure incidence au rayonnement solaire. De plus, la roche claire réfléchit ce même rayonnement, réchauffant l’air au-dessus du sol. A l’opposé, les ravins qui ne voient jamais la lumière du soleil sont froids. Les tourbières situées au fond de la boutonnière brayonne, engorgées en permanence et siège d’une forte évaporation due à la présence de sphaignes (mousses constituant la tourbe) présentent un climat "stationnel" de type arctique !
Le séneçon à feuilles spatulées est endémique de la Côte d'Albâtre.
Cosmopolites et endémiques
Les espèces qui possèdent une niche écologique très large peuvent occuper des environnements homologues répartis sur plusieurs continents. C’est le cas, par exemple, du pâturin annuel, une petite graminée qui pousse partout.
En revanche, l’isolement d’une population, comme dans une île, aboutit souvent à l’apparition d’une espèce nouvelle, dite "endémique", adaptée au contexte particulier. La Haute-Normandie est riche de quelques espèces endémiques, dont la plus emblématique est la violette de Rouen (
Viola hispida). A la fin de la dernière glaciation, une population de violettes du groupe tricolor s’est trouvée isolée sur quelques éboulis crayeux, parmi les mieux exposés de la vallée de la Seine. Au gré des mutations génétiques et de la sélection par l’adaptation à cet environnement très difficile, une nouvelle espèce est apparue, caractérisée par des racines très développées et une forte pilosité, caractères permettant aux plantes d’avoir une meilleure économie de l’eau. La sous-espèce littorale candidus du séneçon à feuilles spatulées (
Senecio helenitis), endémique de la Côte d’Albâtre et de la Côte de Nacre, a connu une histoire analogue : cette plante d’origine continentale s’est adaptée à la morsure des embruns salés.
Présentes nul part ailleurs au monde, ces espèces endémiques, du fait de la faiblesse de leurs populations, de leur niche écologique stricte, de l’exiguïté de leur territoire et des pressions susceptibles de s’y exercer, sont excessivement vulnérables.
Enigme écologique en pays de Bray
La canneberge, plante arctique poussant dans le pays de Bray, et le sapin pectiné présent dans le pays d’Ouche, seraient des "reliques" du dernier âge glaciaire.
Mais les scientifiques s’interrogent : ces plantes ont-elles été isolées par le réchauffement post-glaciaire dans des aires favorables, ou bien se sont-elles réintroduites par la suite de manière naturelle ?
La seconde hypothèse apparaît plus plausible pour le sapin que pour la canneberge. En ce qui concerne celle-ci, la présence d’un papillon, le nacré de la canneberge (
Boloria aquilonaris), apporte un argument au fait que les tourbières du pays de Bray puissent faire partie de stations reliques de la dernière glaciation.
Si certains papillons sont capables de grandes migrations, le nacré de la canneberge, lui, se déplace peu. L’isolement a conduit la population brayonne à se différencier des populations situées dans l’aire principale de l’espèce.
On trouve des sphaignes dans les tourbières su Pays de Bray >