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Collection de galles du Musée municipal d'Elbeuf.
Classer le monde vivant
Au cours de l’histoire, l’homme est passé de la simple dénomination des êtres vivants à une véritable classification, puis à l’étude des comportements, et enfin à l’écologie.
Afin de favoriser la reconnaissance par ses pairs des plantes comestibles ou médicinales, des poissons et des différentes espèces de gibier, et de transmettre son savoir aux générations nouvelles, l’homme fut très tôt contraint de dénommer flore et faune. C’est pourquoi il existe tant d’appellations régionales ou locales pour les plantes d’usage, les mauvaises herbes, les oiseaux, les mammifères, etc., bref, tout ce qui constitue l’environnement familier des populations. L’"émouchet", par exemple, c’est l’épervier, le faucon crécerelle ou tout autre petit rapace.
Quand l’homme se met à explorer la planète, à la Renaissance, que les échanges se multiplient, que des savants s’embarquent dans de nombreuses expéditions pour décrire, analyser, rapporter des ressources jusque là insoupçonnées, le vocabulaire manque soudain.
La description des espèces à l’usage du monde savant se fait alors dans un latin éloigné de celui de Cicéron, mais permettant de multiplier le nombre d’appellations sous une forme condensée. Par exemple, pour décrire des végétaux au port rampant :
repens, reptans, supinus, procumbens, prostratus...
A partir du XVIIIe siècle, le nombre d’espèces connues commence à poser de sérieux problèmes de classification. On recherche des critères fiables. Sous le Premier Empire, Georges Cuvier pose les principes de l’anatomie comparée qui, en étudiant les analogies du squelette et des organes chez les animaux, pose les bases des théories modernes sur l’évolution des espèces.
Flore des environs de Rouen, Le Turquier de Longchamp, 1876.
Emulation scientifique en Haute-Normandie
La Haute-Normandie, ouverte sur le reste du monde du fait de ses échanges commerciaux, contribue au développement des connaissances en matière de classification du vivant, ou taxonomie. Félix-Archimède Pouchet veut faire œuvre didactique et crée, en 1828, à Rouen, le plus important des muséums d’histoire naturelle de province à partir de collections héritées des cabinets de curiosités en vogue avant la Révolution.
La seconde moitié du XIXe siècle sera une époque d’intense émulation scientifique. De nombreux notables se réunissent au sein d’associations d’enseignement mutuel comme la Société des amis des sciences naturelles de Rouen en 1865, la Société d’étude des sciences naturelles d’Elbeuf en 1884, la Société linnéenne de Seine-Maritime en 1913.
Jusqu’au début de la seconde moitié du XXe siècle, ces associations réaliseront des inventaires de la flore et de la faune qui constituent toujours la base des connaissances naturalistes de la région.
Faute d’études complètes, de nombreux groupes de la flore (algues, lichens) et de la faune (invertébrés, notamment insectes et autres arthropodes) restent très peu connus. Il n’est donc pas possible de dresser un panorama exhaustif de la biodiversité haut-normande.
Une nouvelle science : l’écologie
Pendant longtemps, l’étude des sciences naturelles reste surtout descriptive. Puis on commence à s’intéresser au mode de vie des différentes espèces, à leur habitat, etc. Jean-Henri Fabre fera à ce titre œuvre de novateur dans le monde des insectes.
En 1866, l’Allemand Haeckel invente le mot "écologie" de
oikos et
logos, en grec : "le discours sur la maison" , qui désigne une nouvelle science en charge d’étudier les rapports des êtres vivants entre eux et avec leur environnement. L’écologie met notamment en évidence les innombrables interactions qui existent entre les espèces, leur capacité à exploiter de façon durable les ressources de leur environnement, à recycler les déchets...
Les décennies qui suivent la Seconde Guerre mondiale sont marquées par un développement économique sans précédent fondé sur une exploitation exponentielle des ressources, génératrice de multiples désordres : pollutions, apparition de produits non biodégradables, extinction accélérée d’espèces, dégradation des paysages et des écosystèmes...
Des scientifiques de renommée mondiale viennent sans cesse nous rappeler que l’homme est un maillon comme un autre de la biosphère et que sa survie dépend de sa capacité à vivre en équilibre avec son environnement, comme n’importe quelle espèce, selon les lois de l’écologie.
Ceux qui intègrent ces principes dans leur mode de vie dans les années 1960-70 hippies et autres adeptes du retour à la nature ne sont guère pris au sérieux. Dans un contexte de développement économique effréné et de progrès triomphant, l’homme reste persuadé qu’il peut s’abstraire des principes de l’écologie et préfère ne voir dans celle-ci que la doctrine de nostalgiques de l’âge de la bougie. Pourtant, les faits ont, depuis, largement donné raison aux scientifiques.
Un binôme pour chaque espèce
Au XVIIIe siècle, le Suédois Carl von Linné systématise le principe de dénomination de toutes les plantes et de tous les animaux sous la forme d’un binôme genre et espèce en latin. Le genre réunit des espèces parentes.
Par exemple, le genre Ranunculus réunit toutes les renoncules. Le bouton-d’or, ou Ranunculus acris, est une des espèces du genre.
En mettant en évidence des traits communs dans les fleurs et les fruits, les botanistes ont rassemblé dans différentes familles des espèces de genres voisins. Par exemple, les ancolies(genre Aquilegia), les clématites (Clematis), les aconits (Aconitum), les dauphinelles (Delphinium) ont été rassemblés à côté du genre Ranunculus dans la famille des Renonculacées.
Autre exemple : le merle (Turdus merula) et la grive draine (Turdus viscivorus littéralement "mangeuse de gui") font partie de la famille des Turdidés, ordre des passériformes, plus connus sous le nom de passereaux.