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Aberrant : traitement herbicide à proximité d’un captage...
A placer sous haute protection
La qualité des eaux souterraines dépend surtout des activités agricoles qui sont pratiquées en surface. Prairies et forêts jouent un rôle essentiel comme filtres.
Depuis des centaines de millions d’années, la couverture végétale des prairies et forêts isole efficacement les réserves d’eau souterraines. Sur ce constat repose le principe de la protection des captages d’eau potable. Instituée en 1935 et obligatoire depuis 1964, la mise en place de périmètres de protection avec trois degrés : éloignés, rapprochés et immédiats ne concerne encore que 35 % des captages en Haute-Normandie. Des « périmètres éloignés » sont rarement mis en place dans cette région, alors que le sous-sol y est particulièrement vulnérable.
Mesures fortes
L’application de la réglementation aux « périmètres rapprochés » est de plus en plus problématique. Les alentours des captages ont subi d’importantes transformations ces dernières années. Les prairies et les haies ont souvent laissé place aux cultures et à leur cortège d’engrais et de pesticides. Le plus souvent, la protection se limite au périmètre immédiat autour des stations de pompage, c’est-à-dire… quelques centaines de mètres carrés. Par ailleurs, peu de Schémas d’aménagement et de gestion des eaux sont opérationnels.
La protection des bassins d’alimentation des captages reste une urgence. Seule une gestion « durable » du territoire permettra de maîtriser les coûts de traitement de l’eau potable. Et seules des mesures fortes permettront de stopper la détérioration des masses d’eau souterraines. C’est l’objectif que, collectivement, nous nous sommes donné avec la directive cadre sur l’eau (DCE).
Maintenir les prairies
D’abord, corriger certaines aberrations, comme ces drains servant à assécher les terres agricoles rejetant des eaux polluées… dans des bétoires, donc dans la nappe, ou bien les applications d’herbicides à proximité des captages. Maintenir forêts et prairies dans les périmètres de protection. Le fort soutien financier dont bénéficie la culture du maïs, comme alternative à l’herbe dans l’alimentation des bovins, va a l’encontre de cet objectif, car il incite à labourer les prés pour en faire des champs.
Les « intercultures » destinées à couvrir le sol nu des champs et à absorber les excédents de nitrates, se développent. Mais quand la destruction nécessaire de ce couvert végétal se fait à l’aide d’herbicides totaux plutôt que par broyage, une partie du bénéfice environnemental est perdue. Et on voit apparaître des résidus de ces produits dans les nappes…
Le bilan de ce type de mesures agro-environnementales est finalement médiocre. La réglementation concernant les prélèvements d’eau agricole est peu respectée et l’impunité totale pour ceux qui y contreviennent. Le sénateur Miquel, dans un rapport sur « la qualité de l’eau et de l’assainissement en France » (2003), souligne que la Police de l’eau constitue le « maillon faible », du fait du trop grand nombre de services de l’Etat intervenant dans le domaine de l’eau.
Culture intermédiaire de phacélies.
Le simple citoyen aussi
Pourtant, il est possible de reconquérir la qualité des eaux souterraines (cf. encadré). En Haute-Normandie, il ne devrait pas être impossible de passer des conventions avec agriculteurs et forestiers pour la mise en œuvre de pratiques plus vertueuses envers la ressource en eau, ou bien d’aménager les zones les plus vulnérables (abords des bétoires, par exemple).
La nouvelle loi sur l’eau prévoit une vérification accrue du bon fonctionnement des pulvérisateurs qui servent aux traitements agricoles, et une nouvelle redevance sur les produits phytosanitaires. Mais il est peu probable que cela réduise l’utilisation des produits. En revanche, interdire les traitements chimiques dans les bassins d’alimentation de captage, sur les jachères environnementales et énergétiques aurait un tout autre impact.
Dans leur gestion de la voirie et des espaces verts, les services des collectivités montrent rarement le bon exemple, et il y a là un effort de formation à faire. Le législateur pourrait il le fera certainement interdire tout traitement chimique sur les surfaces imperméabilisées, où les produits sont nécessairement « lessivés » par la pluie. D’autre part, les documents de planification à l’échelle des agglomérations pourraient prochainement imposer que chaque hectare de surface en herbe urbanisé soit compensé par un hectare remis en herbe ailleurs.
Le simple citoyen peut, lui aussi, apporter sa pierre à l’édifice en privilégiant l’achat de produits alimentaires issus de l’agriculture « durable », qui, par définition, intègre la protection de l’eau. Il s’abstiendra, bien sûr, de jeter n’importe quoi dans la nature et de pulvériser des produits toxiques dans son jardin.
Initiatives publiques et privées pour l’eau
· Perrier et Vittel veillent scrupuleusement à la protection des territoires, en grande partie forestiers, qui recouvrent la ressource en eau minérale qu’ils exploitent. Ils passent des contrats avec les agriculteurs pour l’application d’un cahier des charges rigoureux.
· La ville de Munich s’approvisionne en eau potable sans traitement grâce à un bassin versant forestier et herbager. Depuis 1992, les agriculteurs, par voie de convention, se sont peu à peu convertis au bio. Le coût de l’opération est nettement inférieur à celui du traitement qui serait nécessaire pour l’eau si elle était polluée.
· A Augsbourg, également en Allemagne, les consommateurs se voyaient, en 1984, délivrer une eau dont la concentration en nitrates était proche de 50 mg/l. En une dizaine d’années, grâce à une contractualisation des bonnes pratiques avec les agriculteurs, l’eau est redevenue d’excellente qualité (10 mg/l environ).
· Les dix millions d’habitants de la ville de New York sont alimentés par une eau filtrée par 300 000 hectares de forêts situées au nord de la ville. Ceci permet à la Ville d’économiser chaque jour 1 million de dollars en filtration. Les forestiers reçoivent des aides en contrepartie des charges supplémentaires que des modes de gestion sylvicole particulier génèrent.