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L’eau coûte, en moyenne, un euro par jour et par famille.
L'eau est-elle chère ?
L’eau est, certes, un bien naturel, mais le service de l’eau potable au robinet et le traitement des eaux usées supposent des investissements lourds. Bref, l’eau a un prix.
En France, l’eau coûte, en moyenne, un euro par jour et par famille. Au niveau européen, notre pays se situe dans la moyenne. Mais, entre 1990 et 2006, la facture a plus que doublé. Pourquoi ?
Cette période est celle où d’importants investissements ont dû être engagés pour rattraper une partie des retards accumulés notamment en matière d’assainissement , faire face à l’augmentation de la consommation, et interconnecter les réseaux pour délivrer une eau aux normes. En France, la politique de l’eau repose sur un principe simple : l’eau doit payer l’eau. Les Agences de l’eau perçoivent une redevance auprès de chaque usager, et, avec l’argent recueilli, elles financent d’ambitieux programmes de réduction de la pollution, d’épuration des eaux, d’adduction d’eau, etc. C’est pourquoi on retrouve au niveau de la facture plusieurs rubriques : distribution de l’eau, redevances aux organismes publics et, éventuellement, collecte et traitement des eaux usées.
Le « paysage hydraulique » a changé
Autre facteur d’augmentation des coûts : dans un contexte de dégradation de l’environnement, le traitement de l’eau potable devient de plus en plus sophistiqué. C’est que le « paysage hydraulique » a changé. Les eaux de ruissellement se polluent de plus en plus au contact d’un réseau routier en extension. Le recours systématique aux produits phytosanitaires dans l’agriculture et la gestion des espaces verts et de la voirie aboutit à une contamination des eaux de pluie et d’infiltration. L’érosion des terres rend l’eau turbide. Les surcoûts induits par cette dégradation de la ressource sont en grande partie imputables à l’évolution des pratiques agricoles. Mais il serait injuste de pointer le seul agriculteur, car la façon dont il pratique son métier est sous la dépendance de facteurs économiques dans lesquels interviennent l’industrie agroalimentaire, la grande distribution et, finalement, le consommateur.
Enjeu de santé publique
En Haute-Normandie, la ressource en eau provient essentiellement de la pluie qui s’infiltre sur les plateaux, qui sont justement le siège de l’activité agricole… Il est difficile d’estimer le coût des pollutions diffuses d’origine agricole. Pour autant, en pulvérisant sur les terres 60 000 tonnes de matières actives chaque année, l’agriculture française arrive au 3e rang mondial en matière de consommation de phytosanitaires. C’est finalement au niveau du traitement de l’eau potable que les coûts sont répercutés, ce qui irrite le consommateur… qui paie l’essentiel de la facture. Aucune des lois sur l’eau successives, y compris la dernière, votée fin 2006, ne s’est orientée vers une répartition plus équitable des redevances. Nous sommes très loin du principe pollueur payeur, puisque c’est, au contraire, le « pollué » qui paye. Le budget des agences de l’eau est alimenté à 85 % par la facture des particuliers, à 14 % par celle des industriels, et à 1 % par les agriculteurs. Compte tenu de sa modicité, la nouvelle taxe sur les produits phytosanitaires a peu de chances d’infléchir les pratiques.
Quant aux coûts sanitaires résultant des conséquences de pollutions diffuses, ils sont quasi impossibles à chiffrer. Le professeur Belpomme, cancérologue, affirme qu’environ 80 % des cancers sont dus à des causes environnementales, et notamment à l’irruption de résidus de produits phytosanitaires dans notre alimentation depuis une trentaine d’années. S’il advenait que ce problème comme cela a été le cas avec l’amiante , devienne un enjeu de santé publique, les montants des réparations permettraient alors, hélas, de mesurer le coût des pollutions diffuses.
L’eau coûte, en moyenne, un euro par jour et par famille.
D’énormes volumes financiers
Les tarifs du service de l’eau peuvent connaître de fortes disparités d’un endroit à l’autre, pour des raisons variées. Les communes qui ont maintenu la régie directe ne font, par principe, pas de bénéfice avec l’eau.
Le prix de l’eau potable pratiqué par les services en gestion déléguée est, en général, plus élevé que celui des services en gestion directe. Il y a à cela quelques raisons (taxes et cotisations sociales supportées par le privé, par exemple). Les différences de prix s’expliquent aussi par des différences dans le service apporté, comme, par exemple, l’assistance clientèle. Mais, compte tenu des énormes volumes financiers qu’elle engendre, la gestion de l’eau a perdu… la clarté de l’eau de roche. Des associations de consommateurs d’eau se sont inquiétées de voir réinvestir « l’argent de l’eau » dans la production cinématographique plutôt que dans la filière. Des surprofits sont réalisés par les quelques grands groupes et entreprises privées qui se partagent le marché de l’eau et de l’assainissement. Dans un souci de meilleure maîtrise de la gestion de l’eau, certaines grandes collectivités ont repris en régie directe le service qui avait été délégué à des prestataires privés. C’est le cas, par exemple, de la Communauté d’agglomération rouennaise.
Interrogation
Une anomalie qui n’est pas sans incidence sur l’économie de l’eau : les redevances amassées par les Agences de l’eau pour faire face à l’avenir sont ponctionnées par le budget général de l’Etat, au lieu d’être affectées à l’eau comme le voudrait le statut des agences.
Le prix de l’eau suscite plusieurs interrogations. Doit-il être « économiquement acceptable » par les consommateurs ou… pour les producteurs d’eau, compte tenu des investissements que ceux-ci devraient réaliser ? L’eau délivrée sera-t-elle à l’avenir vraiment potable et sans risque pour la santé ? Ne risque-t-on pas un assouplissement des normes ? Le service de l’eau sera-t-il toujours équitable si chacun doit financer les équipements nécessaires, ou l’achat d’eau en bouteilles, pour garantir la qualité de l’eau qu’il consomme ?
Décomposition de la facture d’eau
La facture d’eau varie selon le syndicat d’eau qui fournit le service de l’eau potable et, éventuellement, de l’assainissement au lieu où l’on habite. Un exemple, à titre indicatif, concernant un usager raccordé au réseau d’assainissement, en janvier 2007 :
- Distribution de l’eau : 42 %
- Collecte et traitement des eaux usées : 31 %
- Redevances Agence de l’eau (redevance « prélèvement » + redevance « pollution ») : 21 %
- Taxes (Voies navigables de France, TVA) : 6 %