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Les bassins de « finition » plantés de végétaux épurateurs, comme ceux de Honfleur (Calvados), sont encore peu répandus.
L’assainissement, c’est naturel
Lorsque l’eau s’écoule de la baignoire, du lavabo, de l’évier…, un litre d’eau consommée égale un litre d’eau « usée ». Que devient-elle alors ?
Autrefois, en Haute-Normandie, les eaux usées des riverains allaient naturellement à la rivière ou à la mer. Sur les plateaux, éloignés de l’eau, les rejets domestiques se faisaient dans les prairies entourant les maisons. L’épuration naturelle suffisait à restaurer la qualité de l’eau. Le XXe siècle a connu deux évolutions majeures qui ont conduit au dépassement des capacités de l’épuration naturelle. La première est la conquête de la salubrité et de l’hygiène, exigeante sur le plan de l’eau. La seconde est l’apparition de substances toxiques ou peu biodégradables d’usage quotidien et rejetées dans l’environnement avec les eaux sales. Depuis, on parle de pollution et… d’épuration des eaux usées.
Boues activées, lits bactériens, biodisques…
Une station d’épuration, c’est une sorte d’élevage intensif de bactéries épuratrices les mêmes que celles qu’on trouve dans la nature , capables de se nourrir de déchets. Concentrés dans des bassins, ces micro-organismes permettent de traiter des quantités considérables d’eaux résiduaires. Pour la plupart, les Step des collectivités font appel à la technique des « boues activées » (les bactéries sont en suspension dans les eaux usées) ou à celle des « lits bactériens » (les bactéries ont pour support de la pouzzolane), ou bien encore celle des « biodisques » (les bactéries sont portées par des disques rotatifs qui les font passer régulièrement de l’eau à l’air), dans lesquelles l’action des bactéries est stimulée par une forte aération.
Boues
Une Step a pour vocation d’enlever de l’eau le maximum de matières organiques, qui sont fermentescibles et peuvent, dans certaines conditions, dégager du nauséabond hydrogène sulfuré. Dans les stations les plus récentes comme Emeraude dans l’agglomération rouennaise , on confine les processus qui émettent les gaz délétères. Une Step qui marche bien n’émet que peu d’odeurs.
Les matières majoritairement organiques enlevées de l’eau lors du processus d’épuration ne disparaissent pas comme par enchantement. Elles sont absorbées par la biomasse microbienne, qui forme alors ce qu’on appelle les boues d’épuration.
De par leur origine et leur composition, les boues ont vocation à être valorisées au niveau du sol. Ce sont a priori d’excellents amendements organiques, dont l’apport est très utile aux terres agricoles de Haute-Normandie, qui ont tendance à s’appauvrir en humus. Elles renferment également de l’azote et du phosphore, éléments fertilisants majeurs. Ces boues ne peuvent être épandues sur les terres agricoles que dans un cadre très strict : autorisation administrative, avec suivi de leur qualité et de celles des sols, et plan d’épandage. En effet, à cause de certains produits rejetés indûment avec les eaux usées, elles peuvent renfermer des résidus toxiques, notamment des métaux lourds et des composés traces organiques (PCB, HAP…). Bien que ces boues contiennent moins de métaux que certains engrais d’usage courant, et que leur épandage soit contrôlé, elles ont une mauvaise image. Dans l’Eure, les boues sont à 100 % épandues, alors qu’en Seine-Maritime l’incinération domine avec 63,5 % (2002), ce qui est aberrant sur le plan environnemental.
Chantier en cours
Depuis la création, en 1964, des Agences de bassin, devenues depuis Agences de l’eau, les moyens financiers de celles-ci ont contribué à l’effort collectif d’équipement des industries et des collectivités en stations d’épuration. La France reste cependant en retard dans ce domaine, ce qui lui vaut d’être condamnée par l’Union européenne depuis 2004. Beaucoup de Step ont montré des dysfonctionnements :
- surcharge du fait de l’urbanisation des campagnes ;
- sous-dimensionnement, mauvaise conception ;
- branchements illicites d’écoulements pluviaux ou industriels, rejets illicites d’huiles de vidange, de pesticides… ;
- mauvaise gestion.
La directive européenne du 21 mai 1991, retranscrite par la loi sur l’eau du 3 janvier 1992, ouvrait un vaste chantier : mettre en place des traitements adaptés, améliorer la qualité des réseaux, construire des stations d’épuration, augmenter la capacité des Step existantes, développer un assainissement autonome performant là où l’assainissement collectif ne pouvait être installé pour des raisons de dispersion de l’habitat, c’est-à-dire en campagne. Ces chantiers sont en cours, progressant au gré des efforts financiers consentis par les collectivités, l’Agence de l’eau et les consommateurs d’eau. Si l’ensemble, ou presque, du territoire est pourvu, les performances des Step peuvent être améliorées sur certains points, comme par exemple les rejets d’azote et de phosphore. Les bassins de « finition » plantés de végétaux épurateurs, comme ceux de Honfleur (Calvados), sont encore trop peu répandus.
Spanc
La loi sur l’eau de 1992 chargeait les communes de mettre en place, au plus tard le 1er janvier 2006, un service public d’assainissement non collectif (Spanc) afin d’améliorer les conditions d’assainissement des habitations trop éloignées d’un réseau collectif. Les arrêtés du 6 mai 1996 précisent les modalités techniques. Le principe de l’assainissement autonome repose sur le pouvoir épurateur naturel du sol. Les eaux usées sont dirigées vers un épandage souterrain (ou une variante) installé dans le jardin attenant à chaque maison. Elles sont alors « digérées » par les micro-organismes présents dans la terre. Le gazon, les fleurs absorbent les éléments nutritifs libérés, et l’eau épurée s’infiltre. Un contrôle est assuré par le Spanc.
La nouvelle loi sur l’eau et les milieux aquatiques, votée le 30 décembre 2006, accroît les compétences des communes en matière de contrôle et de réhabilitation des dispositifs d’assainissement non collectif ou des raccordements aux réseaux, ainsi que de contrôle des déversements dans les réseaux.
L’épuration par les plantes
Les bassins à macrophytes et les « filtres à roseaux » peuvent dépolluer les eaux de petites communes, de hameaux isolés, d’aménagements fonctionnant de façon saisonnière comme les campings, d’exploitations agricoles, etc.
Filtre à roseaux en Seine-Maritime, dans un centre de traitement des déchets.