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Cours d’eau, mares, citernes



Autrefois, mares, cours d’eau et citernes permettaient d’abreuver les troupeaux, rincer le linge, rouir les fibres végétales, pourvoir aux besoins de l’artisanat… Jusqu’au milieu du XXe siècle, on a bu encore, par endroit, faute de mieux, cette eau de qualité douteuse.

En plus de son rôle dans la régulation des eaux, la mare peut aussi être ornementale.
Les cours d’eau de Haute-Normandie, ont l’a vu dans les pages précédentes, trouvent pour la plupart leur source dans l’excellente nappe de la craie. Mais dès qu’elle sort de terre, cette onde pure s’anime d’une vie aquatique qui en rend la consommation risquée. Pire, les rivières constituent depuis longtemps l’exutoire facile des déchets issus de l’activité domestique, Néanmoins, les habitants des vallées, disposant d’un accès facile aux rivières, en utilisaient l’eau pour des usages ne requérant pas une pureté absolue. On « allait à l’eau ». Les paysans venaient y abreuver leurs animaux ou y puiser de l’eau pour arroser leur jardin. Les femmes en faisaient autant pour laver le carrelage de la maison, rincer le linge… Des aménagements spécifiques permettaient aux bestiaux et aux tonnes de descendre dans l’eau. Au passage de chaque bourg ou village, les rivières voyaient fleurir sur leurs rives de nombreux lavoirs, plus ou moins bien aménagés. Les plus « confortables » étaient couverts et équipés d’un système qui permettait d’ajuster la hauteur du plan de travail aux variations saisonnières du niveau de l’eau.

La mare : d’une pierre deux coups

Sur les plateaux, l’eau souterraine est particulièrement difficile à atteindre, les sources et les rivières sont éloignées. Les mares, simples excavations recueillant l’eau de pluie, constituent une forme d’adaptation à ce contexte. Elles ont permis l’installation humaine dans l’ensemble de ce qui constitue maintenant la Haute-Normandie, et cela dès le Néolithique, il y a environ dix mille ans. Leur création a été rendue possible par des précipitations suffisantes et régulièrement réparties dans l’année, et une couverture de sol plutôt imperméable à base d’argile et de limon. Le creusement de mares a fait d’une pierre deux coups : l’extraction de matériaux pour construire le mur des habitations et la constitution de réserves en eau attenantes aux lieu de vie, d’activité agricole et artisanale. Ce modèle quasi idéal et généralisable explique qu’on ait disposé, en Haute-Normandie, d’environ 130 000 mares au début du XXe siècle. Leur multiplication s’explique aussi par l’extension du cheptel bovin à cette époque : une mare creusée dans une prairie permet au bétail de s’abreuver. Quand les gens ne disposaient pas d’une mare en propre – cas des journaliers et des habitants des bourgs – allaient puiser dans une mare communale, généralement de grandes dimensions.

Des aménagements spécifiques permettaient aux tonnes de descendre dans l’eau.
Points d’eau vitaux

Pour les usages domestiques, on prélevait l’eau à partir d’un ponton en bois monté sur roues. Celui-ci permettait de s’approcher du centre de la mare, où l’eau était moins boueuse que sur les rives. On le déplaçait vers au fur et à mesure que le niveau de l’eau baissait ou remontait. L’eau servait au boulanger à fabriquer son pain, à allonger le cidre, à assouplir les brins d’osier, à rouir le chanvre et le lin, à tremper les outils du forgeron, à lutter contre les incendies…
Grâce à ces mares, d’une capacité atteignant parfois plusieurs milliers de mètres cubes, l’eau faisait rarement défaut sur les plateau, sauf les années de grandes sécheresse qui voyaient se tarir même les plus grandes. Il fallait alors consacrer des journées entières à aller chercher de l’eau aux rivières. Les paysans profitaient de cet assec, grâce à une forte mobilisation, pour curer les mares et parfaire leur étanchéité. Ces points d’eau étaient vitaux pour la communauté !

90 % ont disparu

Mieux entretenues qu’aujourd’hui, plus limpides et parfois désinfectées à la chaux vive, les mares n’en fournissaient pas pour autant une eau potable, loin s’en faut. Elles étaient considérées comme des foyers de maladies, aussi bien pour l’homme que pour les animaux. Il faut dire qu’à la mare, l’homme puisait son eau tout près de là où les animaux s’abreuvaient, piétinaient et déféquaient, avec au mieux comme séparation une clôture toute symbolique. On y lavait aussi le linge souillé de personnes malades, sans forcément l’avoir fait bouillir !
Les problèmes inhérents aux mares et la difficulté de leur entretien ont conduit à leur abandon rapide, après des millénaires au service des populations, dès que l’eau courante est arrivée au robinet. En moins de cinquante ans, environ 90 % d’entre elles ont disparu, abandonnées à elles-mêmes ou comblées.

La citerne : un progrès

A partir des années 1850, le chemin de fer permet la diffusion lointaine des ardoises extraites près d’Angers, qui remplaceront le chaume sur les habitations les plus modestes de Normandie. Il devient possible de recueillir l’eau de pluie qui, jusque-là, s’égouttait sur le pourtour des habitations. La citerne constitue un premier progrès significatif par rapport à la mare. C’est tout simplement un réservoir souterrain creusé près d’une maisons ou d’un bâtiments afin de recueillir l’eau des toitures canalisée au moyen de gouttières et de tuyaux de descente.
Sans être potable, l’eau est mieux protégées des contaminations, reste plus fraîche en été, et s’évapore moins. Il faut la curer régulièrement pour enlever les inévitables feuilles, lichens, mousses, etc. qui donnent à l’eau un détestable goût de croupi. En effet, cette eau servait essentiellement aux tâches domestiques, comme la cuisine. On la puisait à la margelle, comme avec un puits, ou à l’aide d’une pompe manuelle.
L’adduction d’eau potable a souvent provoqué l’abandon des citernes excepté pour l’arrosage du jardin. L’eau de pluie est bien meilleure pour les plantes que l’eau du robinet ! Depuis quelques années, les citernes bénéficient d’un regain d’intérêt comme dispositif de récupération de l’eau de pluie, qu’elles soient anciennes ou en polypropylène.

Un progrès sanitaire décisif

Le passage de la mare (ou du cours d’eau) à la citerne, et ensuite à l’eau courante, pour l’approvisionnement en eau, a constitué en Haute-Normandie, un progrès décisif sur le plan sanitaire. Aujourd’hui encore, le fait qu’il n’y ait pas de séparation entre la ressource en eau pour la consommation humaine et les eaux usées est un obstacle majeur au développement pour de nombreux pays. Cela favorise, en effet, la propagation de nombreuses maladies, comme le choléra.


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