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Au pied de la côte Sainte-Catherine, de Darnétal à Rouen, sourdent dix-hui sources.

Sources, fontaines, puits



Sources, fontaines sont synonymes d’eau fraîche et pure, provenant directement des profondeurs du sol.

Les sources, en Haute-Normandie, jaillissent au pied des coteaux dans l’axe des fractures de la craie qui canalisent les eaux souterraines. Certaines, comme celle du Robec, petit affluent de la Seine, ont un débit conséquent. D’autres, en revanche, ne délivrent qu’un mince filet d’eau.
Dès les débuts de l’installation humaine, les sources constituent des points privilégiés pour l’approvisionnement en eau. Celle-ci y coule sans risque d’avoir été souillée, protégée qu’elle est par un manteau forestier. D’ailleurs, encore aujourd’hui, l’eau de source reste, par principe, pour beaucoup de gens « bien meilleure que celle du robinet ». Les deux ont pourtant la même origine : une nappe d’eau souterraine !

Eau ferrugineuse

Cette eau surgie de nulle part, parfois « bouillonnante », a toujours fasciné. La « Roche qui pleure » de Saint-Léonard, près de Fécamp, les « Pisseuses d’Etretat »..., outre leur côté spectaculaire, ont été déterminantes dans la vie des habitants du littoral compte tenu de la rareté de l’eau douce. Dans le pays de Bray, la ligne de sources qui longe le pied de la terrasse cénomanienne a suscité l’implantation d’un véritable chapelet de villages. Dans le fond de la boutonnière brayonne jaillissent ici et là de nombreuses sources approvisionnées par l’eau qui circule sur des argiles compactes, au sein de buttes sableuses qui les recouvrent. Lorsqu’elle a traversé des couches géologiques riches en oxyde de fer, l’eau de source devient ferrugineuse.
L’approvisionnement en eau de consommation a toujours été un enjeu stratégique pour les villes. En Haute-Normandie, les grandes cités se sont développées au fond des vallées, à proximité des sources, de même que beaucoup d’abbayes.

Le puits, un privilège

Les puits permettaient d’atteindre le niveau de la craie saturé en eau et de disposer d’une eau de qualité en permanence… à condition qu’ils ne soient ni taris, les années de forte sécheresse, ni souillés… par un cadavre d’animal jeté là à titre de vengeance, ou du purin s’infiltrant à proximité.
Connus dès l’époque romaine, les puits creusés sur les plateaux de Haute-Normandie resteront rares, et le privilège de communautés monastiques, grandes fermes ou châteaux appartenant à la noblesse. Il arrivait parfois que les seigneurs fissent creuser des puits pour l’usage communautaire.
L’eau des puits, sur les plateaux de Haute-Normandie, était réservée à des usages « nobles » comme la boisson ou la cuisine. En dépit de toutes sortes de dispositifs – « cage à écureuils » associée au treuil, comme au château d’Harcourt, par exemple –, remonter plusieurs seaux de vingt à trente kilos au bout d’une corde ou d’une chaîne de soixante à cent-trente mètres n’était pas tâche facile.
Dans les vallées, la nappe, moins profonde, était atteinte au bout de quelques mètres, ce qui explique le nombre plus important des puits. Bien que ce ne soit pas dans les vallées qu’on manquât le plus d’eau, la possibilité de creuser donnait à chaque habitation l’autonomie de son approvisionnement.

Sources et fontaines de Rouen

Fontaine de la Croix de Pierre, à Rouen.
Rouen a particulièrement profité de la situation privilégié qu’offrait une ceinture de vallons au nord d’où coulaient de multiples sources (Gaalor, Yonville, Carville, Notre-Dame, Saint-Filleul...). Rien qu’au pied de la côte Sainte-Catherine ne sourdraient pas moins de dix-huit filets d’eau…
Creuser un puits n’était pas une mince entreprise et revêtait un caractère dangereux. Il fallait en effet aux puisatiers creuser à la main jusqu’à soixante mètres de profondeur (dans le meilleur des cas), traverser des couches instables de limon et d’argile qu’il fallait maintenir par un cuvelage en bois ou en pierres. Les matériaux excavés étaient remontés au treuil dans des paniers e sources, dont une qui aurait servi à fabriquer la célèbre Jouvence de l’Abbé Soury !
Dès l’époque romaine, certaines de ces sources furent captées pour être acheminées par des canalisations en bois, en poterie ou en plomb vers des édifices, généralement très décorés, disséminées dans les points importants de la ville. Ces fontaines ont revêtu une telle importance qu’en 1525, un échevin, du nom de Jacques Le Lieur les a décrites avec une minutie incroyable dans un manuscrit sans équivalent au monde intitulé « Le Livre des Fontaines ». On pourrait comparer, à l’heure actuelle, Jacques Le Lieur à un responsable du service des eaux et son travail à un plan de « récolement de réseaux », le sens artistique en plus.

> La fontaine de la Croix-de-Pierre est la plus ancienne des fontaines qui subsistent à Rouen. Celle qui est visible actuellement est une copie de 1870, conforme à l’originale du XVe siècle, de style gothique, qui a été remontée dans la cour du jardin André-Maurois. Cette fontaine se trouve sur le trajet de la chambre de partage des eaux de Carville vers l’archevêché.

> La fontaine de la Crosse est l’autre fontaine de style gothique subsistant à Rouen. Construite en 1487, elle est située à l’angle de la rue des Carmes et de la rue de l’Hôpital.

> La première fontaine de la rue Saint-Romain était alimentée par la source de Carville. A l’approche des vallées, où la nappe devient plus profonde, les puits atteignent les cent trente mètres. L’actuelle, qui date de 1743 est alimentée par la source Gaalor.

>· La fontaine du Gros-Horloge est une création artistique de 1730 fondée sur une scène mythologique – les amours du fleuve Alphée et de la nymphe Aréthuse au lieu du premier projet, qui était le baptême de Clovis. Elle remplaça la fontaine de 1456 bâtie sur le modèle de celle de la Croix-de-Pierre.

> La fontaine de Louis Bouilhet, derrière le musée des Beaux-Arts, comme d’autres fontaines plus récentes que les précédentes, avait la double fonction de décorer la ville et de désaltérer le passant assoiffé.

> La fontaine Sainte-Marie est la plus imposante de Rouen. Construite sur les plans de Bartholdi – le créateur de la statue de la Liberté –, elle surmonte un réservoir d’eau de 6 000 m3, et sa fonction était uniquement décorative, notamment grâce aux jeux de lumières qui illuminent ses cascades.

Plusieurs fontaines ont disparu à Rouen avec les bombardements de la Seconde Guerre mondiale : fontaines de la Pucelle, de Lisieux, de l’Hôtel des Sociétés savantes, du Marché aux fleurs… Avec la reconstruction et la généralisation de l’adduction d’eau potable qui l’a accompagnée, une page de l’histoire de l’eau a été définitivement tournée.


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