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Certaines pratiques agricoles favorisent le ruissellement.
Comment l'eau se salit... et se nettoie
La pollution des nappes d’eau souterraines n’est pas une fatalité. La première chose à faire pour l’éviter consiste à mieux connaître les mécanismes de contamination et d’épuration.
L’eau transporte, l’eau dissout… Si elle lave bien, elle se salit aussi. Ce qui fait que l’eau chimiquement pure n’existe pas. Dans l’atmosphère, elle dissout le gaz carbonique et piège des particules (poussières, fumées…). Au contact du sol, elle se charge de particules et de micro-organismes, elle dissout les sels minéraux… Et comme l’eau est un milieu propice à la vie aquatique, les micro-organismes ne tardent pas à y proliférer.
Puisards et bétoires
Les découvertes scientifiques de la fin du XIXe siècle ont constitué une immense révolution sur le plan de l’hygiène, en révélant notamment l’omniprésence des microbes dans notre environnement et les mécanismes de circulation de l’eau dans les couches géologiques.
Les anciens manuels de « leçons de choses » mettaient l’accent sur les risques de contamination des puits et sources par les eaux sales. Les régions au sous-sol fissuré, comme la nôtre, étaient signalées comme particulièrement vulnérables. Malgré tout, à la campagne, au moment où l’eau potable est arrivée au robinet, les populations habituées à l’eau des mares et des citernes n’ont en général établi aucun lien entre l’eau qui les alimentait et le sous-sol où elle était désormais puisée. Aujourd’hui encore, très peu de gens sont au fait de l’origine de l’eau potable. On évoque les rivières, voire… les eaux d’égouts épurées, mais rarement les nappes souterraines, qui fournissent pourtant la quasi totalité de notre eau potable.
Cette méconnaissance explique cette tradition haut-normande qui consiste à rejeter les eaux sales dans la première bétoire. Pire encore, quand celle-ci venait à s’obstruer, il était d’usage de la déboucher en y faisant couler du mercure métal très dense et liquide acheté chez le droguiste. Plusieurs tonnes de ce poison ont ainsi été vendues pour cet usage en Haute-Normandie, ce qui expliquerait qu’on relève des concentrations en mercure anormalement élevées en certains points du littoral de la Côte d’Albâtre, là où s’écoule l’eau de la nappe de la craie.
Pollution
Durant les dernières décennies, la ressource en eau potable a vu se multiplier les raisons de se salir. On parle de pollution. Détergents, lessives, nettoyants « surpuissants », désinfectants, détartrants, gels douche, shampooings, après-shampooings, etc. sont apparus dans la vie quotidienne et…. dans les eaux usées, dont une partie, plus ou moins bien épurée, s’infiltre.
Si les rejets de l’industrie touchent surtout les cours d’eau, des fuites et les ruissellements intempestifs affectent aussi les nappes souterraines. Même constat en ce qui concerne les routes, autoroutes, parkings dont le lessivage par les pluies vient également polluer les eaux d’infiltration. Certains bassins de rétention communiquent malheureusement avec des bétoires. C’est ainsi qu’hydrocarbures, métaux lourds et herbicides (utilisés pour l’entretien de la voirie) échappent à toute épuration.
Quand la surface du sol communique avec la nappe d'eau souterraine.
Nitrates et pesticides
Le demi-siècle qui vient de s’écouler a vu une mutation sans précédent des techniques agricoles, qui s’appliquent sur les trois quarts du territoire régional. L’épandage de lisier plutôt que de fumier, le recours croissant aux engrais chimiques et aux herbicides sont allés de pair avec une déstructuration du paysage agricole accroissant les ruissellements, favorisant l’ouverture des bétoires, et réduisant la place des systèmes naturels d’épuration. Les nitrates et les pesticides, très solubles dans l’eau, créent une pollution diffuse inquiétante. Si certains produits dangereux ont été abandonnés, leurs résidus se retrouvent encore dans l’eau, et d’autres molécules encore plus actives, aux impacts sanitaires mal connus, font leur apparition. La gestion des jachères, la régénération des prairies ou leur conversion très fréquente en champs s’accompagnent aujourd’hui d’une utilisation systématique d’herbicides. Les jachères « énergétiques » vouées à la production de colza ou autres matières premières des biocarburants reçoivent également leur lot d’engrais et de « phytosanitaires ». On retrouve la trace de la plupart de ces produits dans les eaux souterraines…
Epuration naturelle
Il existe, heureusement, des mécanismes naturels d’épuration de l’eau. Certaines bactéries, pour se nourrir, transforment des molécules organiques complexes (protéines, par exemple) en composés simples (nitrates, dans ce cas) assimilables par les plantes. Ces micro-organismes colonisent le sol et la vase. Quand l’eau traverse ces substrats, elle se trouve ainsi débarrassée d’une bonne partie de la pollution par voie biologique. De la couverture végétale dépend donc la qualité de la ressource en eau. Les grands massifs forestiers, les prairies situées dans la partie amont des vallons jouent de ce point de vue le rôle très bénéfique de filtre. Notons que des milliers de molécules artificielles, issues de synthèses chimiques, résistent à l’épuration naturelle (biodégradation) et finissent par s’accumuler dans l’environnement.
L’épuration se poursuit quand l’eau descend doucement par percolation à travers le sous-sol. Sables, limons, argiles, craie ont un certain pouvoir de filtration. Malheureusement, les nitrates et certains pesticides ne sont pas retenus, et ils se retrouvent dans la nappe, parfois au bout de nombreuses années. L’augmentation régulière de la concentration des polluants à ce niveau en apporte la preuve.
Pesticides et eaux souterraines
Les résidus de pesticides dans les eaux souterraines sont l’objet d’analyses régulières. Plus de 75 % des points de mesures sont maintenant touchés. La liste des matières actives retrouvées s’allonge chaque année, soit parce qu’elles n’étaient pas recherchées auparavant, soit parce que leur utilisation se développe.
Apparus en 2004
Glyphosate et son métabolite AMPA : herbicide total zones agricoles et non agricoles.
Terbuthylazine : herbicide maïs (interdit depuis 1998).
Apparus en 2005
Clopyralide : herbicide colza.
Bêta HCH : insecticide ancien.
2,4-MCPA : herbicide gazon, céréales, prairies.
Bromoxynil : herbicide maïs lin.
DDT op’ : insecticide ancien.
Dieldrine : insecticide ancien.
Heptachlore : insecticide ancien.
Ioxynil : herbicide céréales.
Présents auparavant
Atrazine (et ses métabolites déséthylatrazine et atrazine déisopropyl), simazine : herbicides zones non agricoles (interdits depuis 1997) et maïs (interdits depuis 2003).
Bentazone : herbicide céréales.
Diuron : herbicide zones non agricoles.
Chlortoluron : herbicide céréales.