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Il y a à peine plus d’un siècle…


Une fois amenée à la surface, l’eau est stockée dans des « châteaux d’eau ».

L’eau au robinet, cela ne date pour l’essentiel que de la seconde moitié du XXe siècle. Que de corvées, d’inconfort, et de maladies ont ainsi été évitées !

1895 : Malaunay, près de Rouen, connaît une épidémie de choléra. La consommation d’eau de qualité douteuse en est la cause. C’est il y a à peine plus d’un siècle.
La découverte des microbes par Pasteur constitue une avancée déterminante en matière d’hygiène publique. En effet, la propreté individuelle a longtemps été un problème en France. Au sommet de l’Etat, la cour de Versailles n’était pas un exemple. Plutôt qu’avec de l’eau, on se « lavait » en changeant de linge, en se poudrant ou en se parfumant !
La santé par la propreté, et par l’usage d’eau propre, est un précepte qui a été essentiellement véhiculé au début du XXe siècle par les « hussards noirs de la République », les maîtres d’école. Des pratiques collectives d’hygiène ont été organisées au sein des usines, près desquelles des bains-douches publics étaient construits.

La corvée d’eau

Le tarissement des mares et des citernes, la rareté des puits font qu’à la campagne – plus que dans les villes où l’on dispose de fontaines –, on réclame à cors et à cris, dès les trois dernières décennies du XIXe siècle, l’adduction d’eau potable. Le chantier durera environ un siècle.
Quand on tourne un robinet, on a peine à imaginer ce que pouvait être la corvée d’eau auparavant. Que l’eau vienne de la mare, du puits ou de la borne-fontaine, transportée avec des seaux ou avec des brocs, la corvée était la même, été comme hiver, pour les femmes ou les enfants. Dans les grandes fermes, certaines servantes y consacraient plus de la moitié de leur service. Les hommes passaient du temps à transporter l’eau dans des tonnes pour ravitailler les animaux éloignés des mares.

En ville, il y a un siècle : les eaux usées étaient rejetées au ruisseau.
Forages et pompages

De 1900 à 1930, les premiers réseaux de distribution sont mis en place au cœur des villes et dans les stations balnéaires. Ils alimentent surtout des bornes fontaines. En 1966, seulement 50 % des foyers sont raccordés au réseau d’eau potable. En campagne, l’adduction se généralise dans les années 1970. Les fermes les plus écartées peuvent enfin avoir « l’eau de la ville » sur l’évier. A l’eau stagnante des mares ou des citernes se substitue l’eau « courante ».
Au niveau des captages, les puits à chapelet – d’existence assez éphémère – permettent de remonter l’eau « brute » en continu depuis la nappe. C’est une première !
Les premiers forages constituent un progrès décisif. L’eau est en général pompée. Seuls quelques forages effectués dans les sables verts de l’Albien permettent à l’eau de jaillir sans pompage selon le principe du puits artésien.
Une fois amenée à la surface, l’eau est stockée – système assez propre à la France – dans des « châteaux d’eau » qui permettent une distribution gravitaire. Ces constructions si particulières marquent fortement nos paysages. Beaucoup d’entre elles tiennent de la tour médiévale à une époque où l’architecture néogothique est fort prisée. Au début, les châteaux d’eau n’alimentent que quelques propriétés huppées. Des réservoirs du même type permettent aux locomotives à vapeur de faire le plein.

Recul de l’hygiène

Dans les zones très vulnérables aux contaminations biologiques, l’eau captée est désinfectée sur des lits de sable et de charbon de bois, et parfois soumise à la chloration, appelée également « verdunisation ».
La construction des premiers réseaux de distribution est permise par l’amélioration des techniques métallurgiques. Les premières canalisations sont en fonte. Progressivement, les quartiers sont équipés de bornes-fontaines, puis de compteurs individuels à mesure que maisons et immeubles sont raccordés au réseau. Pendant longtemps, les branchements sont réalisés à l’aide de tuyaux en plomb. A cause du risque de saturnisme, ces anciens raccordements ont été entièrement remplacés ces dernières années.
L’adduction d’eau potable a permis des progrès considérables dans notre société. Mais il nous faut malheureusement constater qu’après cette phase de conquête la qualité de la ressource s’est dégradée. Les épidémies de gastro-entérites associées aux épisodes de turbidité, certes moins graves que les maladies mortelles de jadis, sont récurrentes. L’élévation des taux de nitrates ou de résidus de pesticides relevés dans l’eau signale une contamination chimique quasi générale de la ressource (eaux souterraines et eaux de surface). Par ailleurs, des enquêtes montrent qu’on assiste aujourd’hui à un recul de l’hygiène individuelle. Comme si la conquête de l’eau n’était jamais totalement acquise…

L'eau dans la maison

Dans les maisons, avant l’eau courante, l’eau était stockée dans des cuves en bois. Celle destinée à la boisson ou à la cuisine se trouvait dans des fontaines de cuivre étamé. Certaines maisons bourgeoises disposaient de petites fontaines murales pourvues d’une cuvette destinée au lavage des mains.
En ville, le panonceau « Eau à tous les étages » permettait de revendiquer le confort moderne dont disposaient certains immeubles ou hôtels. Cela se limitait parfois à un robinet sur le palier de chaque étage ! L’hygiène reposait sur un arsenal de cuvettes, de brocs, de tubs. La révolution de la salle de bain date des années 1950.
Avec l’arrivée de l’eau à l’intérieur des foyers, le lave-linge fit partie des premiers équipements domestiques, remplaçant la fameuse lessiveuse en zinc. A la campagne, la marmite en cuivre des buanderies et le lavoir restèrent en usage jusqu'à la fin des années 1960.


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