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Le stress de l'eau douce
Inégalement répartie sur la planète, l’eau douce fait planer sur celle-ci la menace d’une grave pénurie dès 2015. Au problème de la quantité vient s’ajouter celui de la qualité de la ressource, vitale au Nord comme au Sud.

Photo satelite de la Mer d'Aral (photo : Spot image).
En 2025, sur 8 milliards de Terriens, 1,8 milliard d’individus vivront dans des pays où la pénurie d’eau sera totale et 5 milliards dans des pays où il sera difficile de répondre à l’ensemble des besoins, notamment au Proche-Orient et en Afrique. C’est le
freshwater stress (stress de l’eau douce) mis en évidence par le Programme des Nations Unies pour l’environnement. Alors qu’en 1950 chaque habitant de la planète disposait en moyenne de 16 800 m3 d’eau en réserve pour une année, ce chiffre ne sera plus que de 4 800 m3 en 2025. Nous courons un risque de pénurie grave dès 2015, dont les signes avant-coureurs sont déjà visibles. Ainsi, le célèbre Rio Grande, limite naturelle entre les Etats-Unis et le Mexique, n’est plus qu’un mince filet d’eau du fait de l’importance des prélèvements dont il est l’objet.
Remorquer des icebergs
Quelle est la cause de se problème ? Entre l’accès facile à l’eau que chacun souhaite légitimement et le gaspillage, le pas est vite franchi. Or, seuls les pays riches peuvent faire face à leur boulimie d’eau. En Californie, on se lance dans des projets pharaoniques pour amener, par de gigantesques canaux, l’eau de contrées où elle est (encore) abondante. En Grande-Bretagne, on a envisagé en 2006 de remorquer des icebergs jusque dans la région de Londres, où sévissait la sécheresse. Dans les émirats arabes, les revenus du pétrole permettent de pomper l’eau dans des nappes fossiles profondes, de dessaler l’eau de mer... à seule fin d’arroser des jardins d’agréments au milieu du désert ou de produire... de la neige pour skier.
Or, l’exploitation de nappes fossiles, qui, par définition, ne se reconstituent plus, ne peut être durable. C’est d’ailleurs au Moyen-Orient que le problème de l’eau est annoncé comme devant être le plus crucial, avec les pays du pourtour saharien, où la désertification s’accroît depuis le milieu des années 1970.
Inégalement répartie sur la planète
L’eau est un bien de consommation inégalement réparti sur la planète. Sa répartition est d’autant plus inégale qu’à la faiblesse des approvisionnements dans certains pays du Tiers-Monde s’ajoute le manque de moyens pour la rendre potable et la distribuer sans provoquer de catastrophes sanitaires.
Alors qu’un Américain moyen consomme 600 litres d’eau par jour, et un Européen 300, un Ethiopien n’en prélève qu’à peine 20 litres. Sur les 6,5 milliards d’êtres humains que compte notre Terre, 1,2 milliard n’ont pas accès à l’eau potable et 2,6 milliards ne bénéficient d’aucun confort sanitaire. Les germes de maladies et parasites véhiculés par les eaux souillées choléra, typhoïde, bilharziose, ver de Guinée... sont responsables d’au moins cinq millions de décès chaque année, principalement chez des enfants en bas âge.
Les pays qui manquent d’eau voient leurs problèmes s’accroître pour des raisons démographiques, mais aussi avec l’évolution de techniques agricoles inappropriées, destinées par exemple à faire des cultures irriguées de primeurs destinées à l’exportation. Au nom du développement, l’installation d’industries grandes consommatrices d’eau et grandes pourvoyeuses de pollution n’arrange rien.
L’accès facile à l’eau est un facteur d’émancipation considérable. Les femmes déchargées de cette tâche peuvent se consacrer à la culture des légumes, à des activités artisanales, à la planification familiale, à l’éducation de leurs enfants…
En 2025, 1,8 milliard d’individus « vivront » dans des pays où la pénurie d’eau sera totale (
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Dégradation de la ressource
L’inquiétude sur l’eau grandit aussi chez nous. On évoque en France le problème de régions comme le pourtour méditerranéen, le Sud-Ouest, le Poitou, où l’augmentation des prélèvements vient s’ajouter à la sécheresse chronique. L’importance croissante des cultures irriguées, comme celle du maïs, est souvent incriminée. D’année en année, avec la promulgation d’arrêtés de restriction, les tensions entre agriculteurs et possesseurs de piscines ou de jardins deviennent palpables. La consommation domestique reste cependant largement en deçà des consommations agricoles ou industrielles, invitées à devenir plus sobres.
En Haute-Normandie, la situation est contrastée, mais la vulnérabilité réelle. Dans certains bassins, la vigilance s’impose concernant l’utilisation des ressources souterraines : Lézarde, Commerce, Cailly et Aubette, en Seine-Maritime, Risle, Iton et Avre dans le département de l’Eure. A l’importance des prélèvements pour l’adduction d’eau potable, l’industrie et l’irrigation agricole, s’ajoute le fait que, dans bien des cas, les eaux usées épurées ne viennent pas recharger les nappes, mais sont rejetées hors de leur bassin d’origine.
De plus, on assiste à une dégradation régulière de la qualité de la ressource. Depuis une trentaine d’années, les eaux souterraines qui alimentent les captages de cette région sont régulièrement contaminées par des particules de terre en suspension (phénomène de turbidité), des nitrates, des résidus de produits phytosanitaires, des microorganismes pathogènes.
Situation tendue
En quarante ans, notre consommation domestique a été multipliée par huit. Un consommateur moyen utilise 250 l d’eau par jour. Côté agriculture, un bovin boit quotidiennement entre 60 et 130 l, et il ne s’agit plus d’eau de pluie recueillie dans les mares, mais d’eau potable. Il faut également nettoyer des bâtiments de plus en plus grands. La conversion des prairies en labours a entraîné une augmentation du ruissellement de l’eau de pluie au détriment de l’infiltration et, donc, du rechargement des nappes. Ajoutons à ce rapide bilan régional les industries papetières et les raffineries, grandes consommatrices d’eau.
Pour le public, la pénurie est incompréhensible. En 2000, le niveau des nappes était particulièrement élevé. Mais dès 2004, pour des raisons climatiques, une baisse était déjà sensible. En 2006, la situation était particulièrement tendue. Une sécheresse prolongée, comme en 1976, aurait eu des conséquences bien plus catastrophiques qu’il y a trente ans. Les retournements de conjoncture en matière de disponibilité de la ressource sont beaucoup plus rapides qu’auparavant… même dans une région réputée humide comme la Haute-Normandie.
Les conflits de l'eau
« Un agneau se désaltérait dans le courant d’une onde pure.
Un loup survient à jeun, qui cherchait aventure.[…]
Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ? »
La célèbre fable de La Fontaine illustre bien la nature des conflits liés à l’accès à la ressource en eau. On les observe déjà à travers le monde, par exemple entre Israël, la Palestine et les autres pays riverains du fleuve Jourdain, entre l’Afrique du Sud et la Namibie autour de l’Okavango, entre l’Iran et l’Irak autour de l’Euphrate, etc.