Les nitrates

Mars 2005
Le 9 mars 2005, le ministre de l’Ecologie Serge Lepeltier a présenté en Conseil des ministres un projet de loi sur l’eau qui vise "un bon état écologique des eaux" en 2015, conformément à la directive européenne du 23 octobre 2000. Ce fameux "bon état écologique" sera très difficile à atteindre car, en France, les ressources en eau sont largement polluées.
Anthropique : découlant de l’activité humaine.
Un rapport de l’Ifen nous apprend que 62 % des nappes échantillonnées sur 1 048 sites présentaient en 2002 une concentration en nitrates supérieure à 10 mg/l, traduisant ainsi une influence anthropique. Et 30 % des eaux superficielles ont encore aujourd’hui une mauvaise ou très mauvaise qualité due à leur teneur excessive en nitrates. La moitié du territoire français est classée "zone vulnérable" suite aux pollutions par les nitrates.
L’augmentation des teneurs en nitrates, dont on parle beaucoup aujourd’hui, est un indicateur de cette dégradation chimique qui touche aussi les eaux de Haute-Normandie.

Définition


Les nitrates sont, d’un point de vue chimique, des sels de l’acide nitrique. Ces sels sont caractérisés par la présence de l’ion nitrate NO3-, composé d’un atome d’azote et de trois atomes d’oxygène. Ils existent naturellement dans les sols et les eaux. Les ions nitrates se forment naturellement au cours du cycle de l’azote, notamment lorsque des matières organiques se décomposent, par l’action des bactéries du sol. L’azote organique se transforme par oxydation en composés ammoniacaux puis en nitrates. Les nitrates sont également fabriqués de manière industrielle, à partir de l’azote de l’air et de gaz naturel, car ce sont des engrais. Très solubles dans l’eau, ils ne sont pas retenus par le sol.

Biosphère : partie de notre planète dans laquelle la vie est possible en permanence et qui renferme l’ensemble des êtres vivants.

L’azote et les plantes


L’azote (N) est un constituant essentiel de la biosphère, et notamment des protéines. Les plantes, qui en ont besoin pour leur croissance l’assimilent principalement sous forme de nitrates.



Le cycle de l’azote. (Infographie : A. Dudouble/AREHN)

Les nitrates et l’eau



Les nitrates suivent l’eau dans ses déplacements et peuvent descendre dans le sous-sol, par vagues successives, à une vitesse qui dépend de la nature des roches et de la quantité d’eau infiltrée. Les concentrations de nitrates d’origine naturelle dans les eaux de surface et souterraines ne dépassent pas quelques milligrammes par litre. Durant les dernières décennies, nous avons assisté à une contamination progressive des eaux par les nitrates, que ce soit dans les cours d’eau, sur le littoral ou dans les nappes souterraines. La fragilité de la nappe et le poids des activités humaines, propres à notre région, concourent à cette détérioration. Cette contamination a deux sources :
- origine diffuse : nitrates entraînés par le ruissellement ou l’infiltration et provenant des engrais minéraux ou organiques non utilisés par les plantes ;
- origine ponctuelle : rejets d’eaux usées domestiques, agricoles ou industrielles.

Les nitrates et les nappes souterraines


On distingue en sous-sol deux sortes de réservoirs d’eau. Les premiers sont les nappes libres. Elles sont surmontées de terrains perméables et leur niveau varie librement. Elles interviennent dans le cycle de l’eau. Les deuxièmes sont les nappes captives. Recouvertes de terrains imperméables, elles ont un volume quasiment invariable. Ce sont des stocks. Si le renouvellement de grands réservoirs à nappe captive (ou à nappe libre, mais mal connectés à la circulation des eaux) prend plusieurs millénaires, la durée de renouvellement de réservoirs moins importants à nappe libre est de l’ordre de quelques années. C’est le cas de la nappe de la craie, principal aquifère de Haute-Normandie.
En France, les nappes fournissent, grâce à des forages, 55 % de l’eau potable, soit 6 milliards de m3. En Haute-Normandie, c’est la quasi totalité. Les fortes concentrations en nitrates dans les eaux souterraines posent problème pour l’alimentation en eau potable. Très solubles dans l’eau, les nitrates constituent aujourd’hui la cause majeure de pollution des grands réservoirs d’eau souterraine du globe qui par ailleurs présentent en général une qualité chimique et bactériologique satisfaisante pour l’alimentation. Cette pollution a débuté à la fin des années 1950 et n’a fait qu’augmenter depuis lors. Au-delà de 50 mg/l de nitrates par litre d’eau, celle-ci n’est plus considérée comme potable. Le captages est alors abandonné ou bien, son eau est mélangée avec celle d’un captage voisin moins contaminé (principe de l’interconnexion). Lorsque l’interconnexion est impossible, on recourt à la dénitratation par voie physico-chimique (résine échangeuse d’ions) ou biologiques.
En 1980, la Communauté économique européenne a adopté une réglementation fixant à 50 mg/l la concentration maximale de nitrates dans les réseaux d’adduction d’eau, ce qui a permis de mettre en évidence la gravité de la situation. En France, par exemple, 1,7 million de personnes avaient été desservies par une eau ayant dépassé au moins une fois dans l’année le seuil critique.

Pourquoi les nappes s’enrichissent-elles en nitrates ?


Bassins versants : ensemble de la zone géographique où toutes les sources et tous les ruissellements convergent vers une même rivière, un même fleuve ou un même océan.
En France, les nitrates dans les eaux continentales proviennent à 66 % de l’agriculture, suite à l’épandage de doses massives d’engrais azotés et de lisier (effluents d’élevage), les zones les plus atteintes étant les plaines alluviales, qui collectent les eaux des grands bassins versants et sont des lieux privilégiés pour l’agriculture intensive. Le reste est issu des rejets des collectivités locales (22 %) et de l’industrie (12 %).
L’essentiel de cette pollution est dû à la différence entre les apports en nitrates sous forme d’engrais et ce qui est réellement consommé par les plantes. En France, selon un bilan du ministère de l’Agriculture, cet excédent est passé de 320 000 tonnes en 1995, à 400 000 tonnes en 1997, les régions les plus touchées étant la Bretagne, la Champagne-Ardenne, le Centre et le Poitou-Charentes et l’Ile-de-France.
Nutriments : terme désignant les divers éléments minéraux nutritifs indispensables à la physiologie des organismes.
Matières organiques : ensemble des substances organiques existant à l’état dissous ou particulaire dans le sol ou tout autre milieu vivant.
La pollution par les nitrates est un problème complexe. Outre d’être des nutriments pour les plantes, les nitrates sont également consommés par les microorganismes (bactéries et champignons) présents dans la terre. Ils participent ainsi à la synthèse des matières organiques du sol qui stockent en leur sein l’azote contenu dans les nitrates qui n’ont pas été consommés dans l’année par les plantes, et ce jusqu’à leur mort. Leur décomposition par les bactéries libère alors l’azote qu’elles contiennent sous la forme de nitrates. Mais cette libération peut se produire à tout moment de l’année, notamment lorsque les plantes sont au repos et s’alimentent peu : dans ce cas, ne pouvant être consommés par ces dernières, les nitrates libérés sont lessivés par les eaux de ruissellement et d’infiltration. Les nitrates emportés par les eaux d’infiltration au cours d’une année ne proviennent donc que pour une faible part des engrais apportés cette même année. L’essentiel provient de la production de nitrates par la matière organique morte des sols, c’est-à-dire des nitrates épandus les années précédentes et stockés. A ceci s’ajoute parfois la lenteur de la progression de l’eau d’infiltration dans les sols.
Chaque épandage contribue donc peu chaque année à la contamination des eaux, mais il y contribue durant de nombreuses années. D’année en année, ces contributions "retardées" s’additionnent les unes aux autres et les quantités de nitrates lessivés atteignant les nappes augmentent. C’est ainsi que la pollution actuelle des nappes souterraines provient de 20 à 30 années d’épandages d’engrais. Même si l’on arrêtait aujourd’hui de fertiliser les sols, il faudrait attendre plusieurs décennies avant de retrouver une situation normale.

L'agriculture


Si l’insensification de l’agriculture a apporté d’énormes bienfaits, elle a aussi entraîné des déséquilibres écologiques, territoriaux et économiques : des ressources fondamentales comme l’eau et les sols sont, par exemple, pollué par les nitrates.
Facteur essentiel de l’intensification agricole, la consommation d’engrais azotés a augmenté manière vertigineuse depuis quarante ans : on épand maintenant environ 200 kg d’unités de
fertilisantes d’azote par hectare sur les cultures intensives, dont une partie n’est ni absorbée par les plantes ni retenue dans le sol. C’est elle qui est entraînée dans les couches profondes et qui s’infiltre, sous forme de nitrates, dans les nappes phréatiques. La période hivernale est la plus critique en raison des fortes précipitations, qui accentuent le lessivage de l’azote, de l’absence de couvert végétal et des températures basses, qui limitent l’activité microbienne et, par voie de conséquence, la transformation de l’azote minéral en azote organique.

Epandage de lisier. (Photo : J.-P. Thorez/AREHN)

Exemple


D’après l’agence du bassin Rhin-Meuse, la moitié de la nappe d’Alsace, qui est la plus grande réserve d’eau potable en Europe, pourrait ne plus être exploitable d’ici à 2030, en raison de sa trop forte teneur en nitrates, due essentiellement à la surfertilisation des cultures de maïs.

Les industries, l’habitat


La pollution de l’eau par les nitrates est également d’origine industrielle et domestique. L’azote organique des eaux usées s’oxyde en nitrates, que ce soit dans le milieu naturel ou les stations d’épuration. Les rejets industriels et urbains ne sont qu’en partie épurés avant de rejoindre le réseau hydrologique de surface.

Les nappes peuvent-elles se débarrasser de leurs nitrates ?


Oui, partiellement, par la dénitrification, lorsque la nappe se trouve isolée de l’atmosphère. Les bactéries présentes dans l’eau de la nappe et qui ont besoin d’oxygène pour vivre vont le chercher dans l’ion nitrate. Les nitrates se transforment en azote, gaz bien connu qui rejoint l’atmosphère. Ce processus de dénitrification est lent.

Dénitrification : processus biochimique bactérien provoquant la transformation de nitrate (NO3-) en azote moléculaire (N2). Ce processus intervient en milieu anaérobie. En effet, certaines bactéries anaérobies sont capables de minéraliser la matière organique par voie respiratoire en remplaçant le dioxygène gazeux (O2) par l’oxygène combiné à l’azote dans l’ion nitrate.
Anaérobie : terme désignant des organismes ou un processus qui se développent seulement en l’absence d’oxygène gazeux ou dissous.


Nitrates et santé



La question des nitrates et notamment leur présence dans les eaux de boisson préoccupe la population. Les nitrates ne sont pas en eux-mêmes toxiques : tout au plus ont-ils un effet diurétique sur l’organisme.
En revanche, ils peuvent être à l’origine de la formation de nitrites et de nitrosamines, responsables de deux phénomènes potentiellement pathologiques : la méthémoglobinémie et un risque de cancer.
Les nitrites se forment à partir des nitrates qui n’auront pas été excrétés par l’urine ou la salive. La transformation se produit dans la bouche et l’estomac par l’intermédiaire de certaines bactéries. Chez l’adulte, sauf pour les personnes souffrant de dérèglement gastrique, la formation des nitrites est bloquée par l’acidité de l’estomac qui freine la multiplication des bactéries et tue la plupart des germes pathogènes responsables de la transformation des nitrates.

Les nitrites sont de puissants oxydants qui ont la capacité de transformer l’hémoglobine en méthémoglobine, rendant le sang incapable de transporter l’oxygène jusqu’aux tissus. Les symptômes de la méthémoglobinémie apparaissent lorsque le taux de méthémoglobine dans les globules rouges atteint 10 %, avec des signes de cyanose. Lorsque le taux dépasse 20 %, surviennent maux de tête, vertiges, tachycardie et asthénie. Des troubles de la conscience et des signes neurologiques surviennent au-delà de 60 % et, à partir de 70 %, l’intoxication peut être mortelle.
Les nourrissons de moins de six mois représentent une population à risque en raison de leur faible acidité gastrique et de la présence fréquente dans l’estomac des bactéries capables de réduire les nitrates en nitrites.
Concernant les risques de cancers, il n’y a pas de preuves concluantes d’un effet cancérigène des nitrates sur l’homme, dans la mesure où les résultats de différentes études épidémiologiques sont non concordants. Par conséquent, aucun lien solide ne peut être établi entre l’ingestion de nitrates et l’incidence accrue de cancers.

Fiche du Tableau de bord régional de l'environnement pour un développement durable : "Qualité physico-chimique des eaux distribuées : les nitrates" (format PDF).


Nitrates et environnement : l’eutrophisation



L’enrichissement des milieux aquatiques par des apports importants d’éléments nutritifs est appelé eutrophisation. Elle se caractérise par la prolifération de plantes aquatiques.
L’homme accélère considérablement ce phénomène naturel par des déversements dans le milieu aquatique d’effluents riches en nitrates. Le littoral, les mares et les cours d’eau sont menacés par cette eutrophisation accélérée, appelée "dystrophisation" pour la distinguer du phénomène naturel.

Mare eutrophisée.

Les eaux se chargent d’algues microscopiques et filamenteuses qui leur donnent une couleur verte. Cette masse végétale crée un écran qui empêche la lumière de passer. L’activité photosynthétique productrice d’oxygène se trouve réduite à quelques mètres de la surface. De plus, les végétaux morts s’accumulent sur le fond et leur décomposition accentue l’appauvrissement en oxygène, qui se traduit par la disparition progressive des êtres vivants.

A Paluel


La prolifération d’algues autour de la centrale électronucléaire de Paluel a provoqué une perte de 6 % de production en 2004, soit l’équivalent de 50 millions d’euros. Des études ont été lancées afin de comprendre et d’enrayer le phénomène qui serait engendré par les nitrates d’origine agricole qui se retrouvent entraînés en mer par les eaux de ruissellement.

En Bretagne


Les nitrates lessivés par les pluies filtrent vers la mer. Ils nourrissent les ulves et algues responsables des "marées vertes". Echouées sur les plages, ces algues pourrissent en dégageant une odeur pestilentielle. Cette pollution d’un genre nouveau touche l’ensemble des côtes bretonnes. Son impact est considérable. Les marées vertes font fuir les touristes, elles occasionnent de grosses dépenses de ramassage et bouleversent l’équilibre naturel du littoral. Enfin, l’azote favorise la prolifération de micro-algues sur le littoral. Certaines comme Dinophysis ou Alexandrium sont toxiques, même à faible concentration.


Réduire la pollution par les nitrates



Les bassins hydrographiques


Comité de bassin : sorte de parlement composé de représentants des usagers, des Régions et des collectivités locales et qui fixe le taux de l’impôt à prélever dans chaque bassin hydrographique.
Les agences de l’eau financent les travaux d’assainissement des eaux usées et de traitement de l’eau potable à l’aide de l’argent de la redevance acquittée par les consommateurs d’eau.
Dans le cadre de la loi du 16 décembre 1964, la France a été découpée en six bassins hydrographiques, en suivant la ligne de partage des eaux. Chaque bassin (Seine-Normandie, Artois-Picardie, Rhin-Meuse, Rhône-Méditerranée-Corse, Adour-Garonne et Loire-Bretagne) est administré par deux organismes (le comité de bassin et l’agence de l’eau).

Agriculture


La lutte contre la pollution diffuse provoquée par l’agriculture, qui touche plus ou moins toutes les régions d’agriculture intensive, demande d’abord une révision des pratiques de la fertilisation azotée, c’est-à-dire une adaptation des apports d’engrais aux besoins des plantes.
L’irrigation aussi doit être mieux raisonnée, car elle augmente les risque de lessivage des nitrates dans le sol. Des cultures "pièges" peuvent être pratiquées dans les périodes entre les cultures pour fixer les nitrates excédentaires. La pollution par les nitrates est devenue une préoccupation de la profession agricole, qui a mis en place depuis plusieurs années des actions volontaires, comme Ferti-Mieux.

Cultures "pièges" dans la région


Une bonne partie des nitrates du sol est "lessivée" en direction des profondeurs par les pluies entre mi-septembre et mi-avril, période où ils ne peuvent plus être absorbés par des cultures. C’est pourquoi parmi les "bonnes pratiques" figurent les "cultures intermédiaires" (phacélie, moutarde) servant à piéger les nitrates. Leur mise en œuvre dans la zone vulnérable a permis de faire passer la proportion de sols nus en automne de 33 % à 22 %.

Cultures pièges (phacélies).

Station d’épuration : installation destinée à épurer les eaux usées avant de les restituer au milieu naturel.
Assainissement autonome : encore appelé "assainissement individuel", c’est un dispositif d’épuration des eaux usées installé à la source même de l’effluent, c’est-à-dire dans le terrain jouxtant l’habitation. Ex. : épandage souterrain, tertre filtrant.

Assainissement


En France, 95 % de la population bénéficie du traitement de ses eaux usées. 76 % bénéficie d’un traitement en station d’épuration et 19 % est équipée d’un dispositif d’assainissement autonome. Il est nécessaire de traiter les eaux usées de façon à préserver les nappes et cours d’eau, car les rejets non maîtrisés participent à la pollution diffuse par les nitrates. Mises bout à bout, les innombrables petites sources de pollution que constituent les habitations s’avèrent tout aussi importantes que les sources industrielles, quoique moins spectaculaires.




Station d'épuration. (Photo : J.-P. Thorez/AREHN)

Nitrates et réglementation



La directive Nitrates


La directive européenne "Nitrates" de 1991 a prescrit aux Etats membres de réaliser un inventaire des zones vulnérables à la pollution par les nitrates d’origine agricole. Ces zones sont celles où l’on retrouve, dans l’eau des nappes, des taux de nitrates supérieurs à 50 mg/l, ou supérieurs à 40 mg/l avec une tendance à la hausse. Des actions y sont menées sur une base volontariste, selon un Code de bonnes pratiques agricoles arrêté par le gouvernement en 1993, repris par la profession agricole dans l’opération "Fertil et Caux" en Seine-Maritime.
Fiche du Tableau de bord régional de l'environnement pour un développement durable : "Zones vulnérables/Directive Nitrates" (en cours d'actualisation - format PDF).

Protection des nappes


Prévue par le décret-loi du 30 octobre 1935, mais non appliquée. La protection des captages n’est devenue obligatoire que par la loi du 16 décembre 1964 et loi sur l’eau du 3 janvier 1992. Cette dernière a mis en place les périmètres de protection des captages d’eau potable. La circulaire du 15 février 1993 du ministère de l’Environnement précise les cas où la mise en place des périmètres de protection s’impose. Il s’agit, dans le cas des eaux souterraines, des captages dans une nappe alluviale ou dans des terrains largement fissurés.

Captage.

Les périmètres de protection d’un captage sont définis après une étude hydrogéologique. Ils sont prescrits par une déclaration d’utilité publique. Leur but est de protéger les abords immédiats de l’ouvrage et son voisinage et d’interdire ou réglementer les activités qui pourraient dégrader la qualité des eaux captées. Pour un captage ou un champ captant, trois zones concentriques sont définies dans lesquelles des contraintes plus ou moins fortes sont instituées pour éviter la dégradation de la ressource. On parle alors de périmètre de protection immédiate, périmètre de protection rapprochée et de périmètre de protection éloignée.

Les zones vulnérables


La maîtrise des rejets des activités agricoles est apparue comme un enjeu majeur pour l’évolution de la qualité des eaux, aussi bien superficielles que souterraines. Les zones vulnérables sont celles touchées par la pollution par les nitrates d’origine agricole. Une première délimitation de ces zones dans le bassin Seine-Normandie a été arrêtée le 2 juillet 1997 par le Préfet coordonnateur de bassin, puis une révision de cette délimitation a été lancée en 1998. Dans ces zones, ont été mis en place des programmes d’action, adaptations au contexte local des préconisations nationales du code de bonnes pratiques agricoles.

Exemple dans la région


En Haute-Normandie, le premier programme d’action date de 1997. Il porte sur les zones vulnérables de la pointe de Caux, en Seine-Maritime, et du sud-est du département de l’Eure. Un second a été lancé en 2001.
Les actions
A l’heure où la zone vulnérable a été étendue à tout le département de la Seine-Maritime, il est intéressant de savoir si cette action est efficace. La direction régionale de l’Environnement a réalisé, en 2001 et 2002, une campagne de surveillance des teneurs en nitrates des eaux souterraines dans la zone vulnérable (ou en limite) de la Seine-Maritime. Sa conclusion est sans appel : la dégradation de la qualité de l’eau est générale. La Pointe de Caux présente des taux élevés, compris entre 30 et 46 mg/l selon les captages. La tendance reste à la hausse, même si celle-ci est moins prononcée que celle constatée lors de la précédente campagne en 1998-1999. Une dizaine de captages sont stationnaires, deux en baisse légère, neuf en hausse légère (entre + 1 et + 5 mg/l sur 3 ans). Ailleurs dans le département, les taux se situent entre 10 et 40 mg/l, avec une forte tendance à l’augmentation.

Une plainte contre l’Etat français


En 1992 et 1993, l’association Eaux & Rivières de Bretagne saisit la Commission européenne d’une plainte contre l’Etat français (données et chiffres à l’appui). Les concentrations en nitrates des cours d’eau bretons ne baissent pas et du côté des autorités, on en est encore à la "constitution d’une cellule de réflexion au niveau ministériel, chargée de préciser l’articulation des différents textes concernant la protection de l’eau".
Le 30 novembre 1993, la Commission européenne adresse à la France un avis de mise en demeure. L’état français doit s’expliquer sur les différents points non-conformes à la directive 75/440. Pour l’Etat français, toutes ces mesures paraissent constituer un plan de gestion de l’eau adéquat et satisfaisant à long terme, même si les résultats positifs, hélas, se font désirer. Certes, la France est bien consciente de la gravité de la situation, mais elle "ne peut occulter les difficultés qu’elle rencontre concernant la protection des eaux contre les pollutions en Bretagne". En fin de compte, la France avoue ne pas avoir notifié les dérogations à qui de droit, c’est-à-dire à la Commission européenne. Elle se justifie par la priorité qu’elle a donnée à la recherche de solutions techniques de dépollution des eaux de consommation, sans prendre en compte la lenteur des opérations du fait du grand nombre d’acteurs impliqués dans le circuit de l’eau.
Le 28 octobre 1997, la Commission, insatisfaite des réponses et dispositions de la France émet un avis motivé pour "dépassements répétés et non exceptionnels" de la norme 50 mg/l de nitrates, en particulier dans les quatre départements bretons. Le verdict tombe enfin : "En ne prenant pas les dispositions nécessaires pour que la qualité des eaux superficielles destinées à la production d’eau alimentaire soit conforme aux valeurs fixées, la France a manqué aux obligations qui lui incombent.»
Le 16 juillet 1999, la procédure s’achève par un recours en justice de la Commission européenne contre la France.
Cette action en justice, susceptible de s’éterniser, constitue une pression supplémentaire pour la France. Officiellement elle est mise au pied du mur par les autorités européennes. Peu à peu, la France se trouve contrainte de ne pas fléchir sur ses politiques de l’environnement et de la santé d’une part, et économiques et agricoles d’autre part, vers une plus grande cohérence.

Est-il permis d’espérer voir les taux de nitrates baisser à moyen terme ? Compte tenu de la durée du transit des nitrates vers les nappes, les mesures prises n’ont sans doute pas encore produit tout leur effet. Mais, en dépit de signes positifs, il n’est pas encore certain que l’obligation de résultat imposée par la directive-cadre sur l’eau pour 2015 sera satisfaite.


Adresses utiles



AGENCE DE L’EAU SEINE-NORMANDIE
Délégation régionale de Haute-Normandie
Immeuble Camaïeu - 4 rue Grand Feu
BP 1174
76176 ROUEN Cedex
Tél. 02 35 63 61 30
Site : http://www.eau-seine-normandie.fr

BUREAU DE RECHERCHES GEOLOGIQUES ET MINIERES
Parc de la Vatine - 10 rue Sakharov
76130 MONT SAINT AIGNAN
Tél. 02 35 60 12 00 / Fax : 02 35 60 80 07
Site : http://infoterre.brgm.fr

CHAMBRE D’AGRICULTURE DE SEINE-MARITIME
Cité de l’agriculture - Chemin de la Bretèque
76230 BOIS GUILLAUME
Tél. 02 35 59 47 47 / Fax : 02 35 60 25 71
Site : http://www.seine-maritime.chambagri.fr

CENTRE D’INFORMATION SUR L’EAU
BP 5
75362 PARIS Cedex 08
Tél. 01 42 56 20 00 / Fax : 01 42 56 01 87
Site : http://www.cieau.com

DIRECTION REGIONALE DE L’ENVIRONNEMENT
1 rue Dufay
76100 ROUEN
Tél. 02 32 81 35 80 / Fax : 02 32 81 35 99
Site : http://www.haute-normandie.environnement.gouv.fr

INSTITUT FRANÇAIS DE L’ENVIRONNEMENT
61 boulevard Alexandre Martin
45058 ORLEANS Cedex 1
Tél. : 02 38 79 78 78 / Fax : 02 38 79 78 70
E-mail : ifen@ifen.fr
Site : http://www.ifen.fr

MINISTERE DE L’ECOLOGIE ET DU DEVELOPPEMENT DURABLE
Direction de l’Eau
20 avenue de Ségur
75302 PARIS 07 SP
Tél. 01 42 19 20 21
E-mail : ministere@ecologie.gouv.fr
Site : http://www.ecologie.gouv.fr


Liens



Zone vulnérable et directives nitrates - page consultée le 25 mars 2005
http://www.seine-maritime.chambagri.fr/zvdn.asp

La qualité des eaux souterraines : les nitrates - page consultée le 25 mars 2005
http://www.eau-seine-normandie.fr/aqgp/Publications/publication_4_7.htm

La qualité de l’eau du robinet : les indésirables du robinet - les nitrates
http://www.lesagencesdeleau.fr/francais/qualite/nitrates.php

Mise en œuvre de la directive nitrates - page consultée le 7 avril 2005
http://www.dossiersdunet.com/article.php3?id_article=461

Pollutions d’origines agricole - page consultée le 21 mars 2005
http://www.inst-elevage.asso.fr/html1/imprimer.php3?id_article=4010

Les nitrates : effets sur la santé - page consultée le 4 avril 2005
http://haute-normandie.sante.gouv.fr/fr/html/accueil/pages/envir/e1/e1_2_9.htm

Les nitrates dans l’eau potable - page consultée le 19 mars 2005
http://www.cieau.com/toutpubl/sommaire/texte/5/contenu/534.htm

Les nitrates et la santé - page consultée le 19 mars 2005
http://www.cieau.com/toutpubl/sommaire/texte/5/contenu/5342.htm

D’où viennent les nitrates ? - page consultée le 19 mars 2005
http://www.cieau.com/toutpubl/sommaire/texte/5/contenu/53411.htm

Qualité physico-chimique des nappes : les nitrates
http://www.arehn.asso.fr/tabord/pdf/040108.pdf

Qualité physico-chimique des eaux distribuées : les nitrates
http://www.arehn.asso.fr/tabord/pdf/040110.pdf

Zones vulnérables / Directives Nitrates
http://www.arehn.asso.fr/tabord/pdf/040119.pdf

Les eaux souterraines en France : bilan qualitatif et quantitatif de l’IFEN - page consultée le 19 mars 2005
http://www.ifen.fr/actualite/presse/041215.htm


Bibliographie



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