Le Muséum d’histoire naturelle de Rouen, précurseur de l’environnement

Février 2007
Impossible d'ignorer la réouverture du Muséum.
Après 10 ans d’hibernation, le Muséum d'histoire naturelle de Rouen sera de nouveau ouvert au public le 23 février 2007. Pas de grands travaux, mais une rénovation en douceur pour se conformer aux normes de sécurité. Ainsi, le Muséum sera désormais équipé d'une rampe d’accès pour personnes à mobilité réduite, d'un ascenseur, de sanitaires et d'un escalier de secours. Et le réseau électrique passera enfin de 110 volts à 220 Volts !
Pour le public, le Muséum reste un des derniers témoignages de la muséologie française entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle, mais pour beaucoup, il fut à l'origine de passions et de vocations. Si le Muséum a connu deux siècles d'évolutions et de découvertes scientifiques, il a aussi participé à l'éclosion et au développement de nouvelles idées, à commencer par la notion d'environnement.

Du cabinet de curiosités au Muséum



Durant la Révolution, tous les objets d’histoire naturelle des nobles sont confisqués et rassemblés dans l’ancien couvent des visitandines, devenant Cabinet d’histoire naturelle. C’est avant tout un cabinet de curiosités où le souci de la collection l’emporte sur les autres préoccupations. Ce bâtiment municipal est aussi occupé par d’autres institutions dont le Musée des Antiquités, seul rescapé de cette époque.
De sa naissance jusqu'à ses 137 ans, le Muséum ne va connaître que trois directeurs, contribuant à donner une unité et une stabilité dans son organisation.

Le Muséum en quelques chiffres


800 000 pièces (400 000 exposées et 400 000 conservées en réserve)
2 500 m2 de surface
200 000 outils préhistoriques
100 000 planches de botanique
3 200 spécimens de mammifères naturalisés
12 000 oiseaux naturalisés
46 000 insectes
300 poissons
2 500 pièces ethnographiques
1,45 millions d’euros pour les travaux 2007 (600 000 € par la Ville de Rouen et 45 000 par les souscriptions de plus de 180 donateurs particuliers et de 5 entreprises).

Félix-Archimède Pouchet : les débuts de la vulgarisation



En 1828, le naturaliste Félix-Archimède Pouchet donne des cours de zoologie aux étudiants en médecine. Il décide d’illustrer ses cours avec les spécimens des collections du Cabinet d’histoire naturelle qui remplissent déjà huit armoires. Sensible aux collections, il est très vite nommé à la direction du cabinet.
Pouchet va acquérir le maximum de pièces, il voyage et établit des contacts qui lui envoient de nombreux spécimens. Des collections de tous genres affluent et nécessitent l’agrandissement des locaux. Il tire aussi parti de ses propres déplacements en Europe pour adapter des techniques de présentation. C’est le vrai début de la muséologie à Rouen.
La grande innovation est l’ouverture au public les dimanches et fêtes dès juillet 1834. L’auditoire, encore peu nombreux, doit être initié à l’histoire naturelle pour profiter du Cabinet, la vulgarisation ne fait que commencer. En 1858, trois galeries sont ouvertes : mammifères, oiseaux et anatomie comparée, dans lesquelles Pouchet exprime ses conceptions scientifiques et illustre ses découvertes. Adepte des idées évolutionnistes, le Muséum est un des tout premiers à présenter une vision évolutionniste, vers 1875, avant même le Muséum national de Paris.

Pouchet s’illustre aussi par ses recherches. Il s’oppose notamment à Pasteur sur la théorie de la génération spontanée. L’histoire nous rappelle qu’il s’est trompé, mais ses arguments scientifiques obligèrent Pasteur à multiplier les expériences et contribuèrent à la naissance de la bactériologie.

En 1911, un cirque s'était installé à Rouen. Un éléphant des Indes prit la fuite un jour de pluie, il attrapa une pneumonie et en mourut. Naturalisé et conservé au Muséum, il vient d'être restauré pour la réouverture.

Georges Pennetier (1873-1923) : les dioramas



Avec Pennetier, l’acquis demeure, mais l’esprit a changé. La nouvelle appellation du Muséum d’histoire naturelle (13 octobre 1876) vient confirmer qu’une page est tournée.
Pennetier comprend vite que les vitrines où s’entassent des spécimens alignés sont assez indigestes pour le visiteur. Sa grande nouveauté est la réalisation de dioramas, une première française, présentant des animaux dans leur décors naturels reconstitués, le tout grandeur nature pour donner l’illusion de la réalité. Le premier diorama est inauguré le 14 juin 1899 avec la salle d’aviculture normande. Le Cabinet réservé à une élite est bien mort, désormais un public plus large trouve de quoi satisfaire sa curiosité.
Même l’acquisition des collections se fait maintenant avec une motivation pédagogique. C’est la grande époque de la colonisation et les objets provenant d’ethnies lointaines sont de plus en plus nombreux. C’est aussi le début de la préhistoire en tant que science, et les outils préhistoriques affluent. En 1899, dix nouvelles salles sont ouvertes, dont deux sur l’anthropologie et l’ethnologie. Le muséum a alors une vocation de carrefour des mondes qui sera relayée – beaucoup plus tard – par le cinéma et la télévision. Il faut attendre 1932 pour que le musée prenne son titre actuel : Musée d’histoire naturelle, d’ethnographie et préhistoire.

Robert Regnier (1924-1965) : gestion efficace et animation continue



Régnier est un très bon gestionnaire, il suit la démarche de ses prédécesseurs et continue à populariser les sciences naturelles. Il multiplie les dioramas, ajoute une salle de botanique, mais surtout, il crée la salle de Normandie, véritable leçon d’écologie régionale. A son ouverture, elle constitue une des réalisations les plus spectaculaire des musées français.
L’enseignement n’a plus la même forme non plus. Il ne s’agit plus de cours, c’est le musée dans sa totalité qui est considéré comme instrument à apprendre. En 1930, un étiquetage didactique répond à cette vocation. Régnier saura adapter l’enseignement des sciences naturelles à tous les publics (primaire, secondaire, supérieur). Il crée en 1945 un service de prêt aux écoles. Pour les chercheurs, les collections en réserve sont reclassées et rendues accessibles. La bibliothèque est aussi réorganisée et un fichier de documentation régionale renforce le potentiel scientifique.

Les Actes du Muséum


En 1860 paraît le premier numéro des Actes du Muséum de Rouen, publication relatant la vie du Musée réservée aux spécialistes. Car au XIXe siècle, les muséums étaient en lien avec la recherche scientifique et étaient rattachés aux universités. Les chercheurs publiaient leurs travaux afin de communiquer sur l’avancement de leurs investigations. Mais la publication s’arrête en 1930 pour des raisons financières, elle reprendra de 1978 à 1997. Beaucoup de thèmes abordés dans les actes sont encore d’actualité : les mares, les lichens, les clos-masures, etc. L’ensemble des Actes du Muséum sont consultables à l’Arehn.

Société des amis des sciences naturelles et du Muséum de Rouen


Quatre ans après le premier numéro des Actes du Muséum, la Société des Amis des sciences naturelles est fondée, renforçant la recherche scientifique régionale. Elle se compose de notables passionnés par les sciences naturelles étudiant la faune et la flore locales. Les membres de cette société savante créent une véritable osmose entre leur société et le musée qui profitera – plus tard – des dons de leurs collections et de leurs ouvrages. Dès 1865, un bulletin est réalisé, s’ajoutant aux Actes. Aujourd’hui, l’association fait toujours partie du paysage rouennais : études, réunions et sorties mettent régulièrement en contact scientifiques et amateurs.


Le célèbre diorama du tigre.

Héritage du Muséum : le Salon des champignons



A l’initiative du Comité de mycologie de la Société des amis des sciences du Muséum d’histoire naturelle de Rouen, le Muséum proposait une exposition champignons au mois d’octobre de chaque année. Depuis 1998, en raison de la fermeture du Muséum, l’Arehn accueille ce salon. Presque inchangé, les amateurs peuvent y faire trier leurs récoltes et dialoguer avec des spécialistes. De plus, les ramasseurs de champignons, spécialistes ou néophytes, participent directement à l’établissement d’un inventaire des champignons régionaux.
Dans les années 2000, Marasmus cordillis, jusqu’ici absent de notre région, a été découvert sur un cordage de balançoire dans un jardin…

1969-1996 : les prémices d’un éclatement



Le Muséum continue à assurer son rôle initial de conservatoire de collections, et cette activité est d’autant plus importante que le musée recèle des plantes et des animaux disparus ou devenus rares. Il possède aussi des "types", c’est à dire les organismes de référence, qui ont servi à décrire leurs espèces.
Mais, le musée doit se réformer en profondeur afin de suivre l’évolution de la société en proposant de nouvelles manifestations plus vivantes.
Les expositions temporaires se multiplient. Elles mettent en valeur des pièces trop souvent consignées en réserve. Rappelons que les expositions de préhistoire ont eu beaucoup de succès. En 1982, Yves Coppens, alors directeur du Musée de l’homme et grand spécialiste de l’homme du paléolithique, vient inaugurer l’une d’elles. Théodore Monod, vient également au début des années 1990 pour ouvrir une exposition sur les déserts.
Les expositions s’affichent aussi à l’extérieur du bâtiment. La première était au Jardin des plantes dès 1932. A partir de 1969, cette pratique se renouvelle souvent, dans le cadre de salons régionaux (1969-1973), d’un centre commercial (1974), de mairies, etc. Le Muséum propose aussi des activités d’éveil pour les enfants, des stages, des visites nocturnes et des projection de films.
Dès cette époque, les murs sont trop étroits, car les collections n’ont cessé de s’accroître, et les différentes salles n’ont pu, malgré de nombreuses transformations, être agrandies. D’où l’idée, engagée dès 1973, de chercher des solutions nouvelles. On connaîtra successivement, une étude d’installation au centre Saint-Sever, puis une autre au sein du Jardin des Plantes, et finalement c’est l’option d’une implantation à côté du Jardin, qui est retenue. Le Muséum aurait dû ressembler à une falaise haute de 22 mètres (clin d’œil régional) qui aurait accompagné les quatre étages – les quatre strates – du Muséum. L’établissement était prévu pour 1997 avec une superficie de 12 350 m2, et un parking de 2 500 m2, un ensemble séduisant dont le financement n'a jamais été trouvé...

Héritage du Muséum : la bibliothèque


Sous la direction de Pouchet, le Muséum a commencé à se constituer une bibliothèque d'ouvrages scientifiques. Les volumes les plus anciens datent du XVIe siècle (1547 pour le plus ancien). Aujourd’hui, l’intérêt scientifique des premiers ouvrages est dépassé, en revanche, ils restent remarquable d’un point de vue historique. Ils renseignent sur les travaux du moment et les correspondances entre les savants. On y trouve les premières classifications du monde animal et du monde végétal, des atlas géologiques ou des encyclopédies d’histoire naturelle. Les ouvrages ont été acquis par les conservateurs successifs, mais les dons, dépôts, legs jouent également un rôle important et donnent un aperçu du rayonnement du Muséum. Les livres anciens sont actuellement gérés par le Centre de documentation de l’AREHN par convention avec la ville de Rouen. En 2003, l’AREHN termine l’inventaire du fonds ancien. Depuis, 100 ouvrages ont été mis en valeur sur le site Internet de l’AREHN.

Petite histoire du premier diorama



Pour les besoins de la rénovation, le diorama du poulailler a été démonté. La mise en scène n’avait pas bougé depuis sa construction en 1899. En le démontant, l’équipe du Muséum a fait une découverte étonnante. Les deux caisses, placées en arrière plan, contiennent une multitude de coquillages régionaux. Après enquête, il s’avère que le Muséum de Paris a envoyé à Régnier, spécialiste en conchyliologie ces deux caisses alors qu’il était très malade. Ses assistants ont dû les placer dans le poulailler en attendant son retour. Mais Régnier ne reviendra jamais et les caisses sont littéralement oubliées pendant plus de 40 ans.

Pour des raisons de sécurité, il sera désormais impossible d'utiliser ce superbe escalier.

Le CDM, association pionnière de l’environnement



Dans les années 1970, le besoin d’information sur l’environnement grandit, d’autant que la Haute-Normandie se caractérise à la fois par des milieux diversifiés, une agriculture intensive et une forte industrialisation.
Dans le même temps, les bibliothèques éprouvent des difficultés à répondre à ces questions émergentes et doivent être relayées par des centres de documentation spécialisés. C’est dans ce contexte que le Centre de documentation du Muséum (CDM) ouvre en novembre 1978 sous l’impulsion de son assistant, Michel Lerond, qui en deviendra responsable. Sensibilisé aux problèmes de pollution, Michel Lerond s’illustre par l’utilisation des lichens en tant qu’indicateurs de pollution de l’air, ses recherches sont consignées au Centre de documentation de l’Arehn.
L'idée de départ consiste à mettre à la disposition du public des livres, des publications et des fiches de synthèse. Mais la vocation profonde du CDM est de réconcilier l’homme avec son milieu naturel. Ce Centre est unique en France, si unique qu’une classification documentaire "maison" est mise en place en 1981.
Très vite le succès est là, chercheurs et amateurs sont au rendez-vous. Son envergure est régionale. Mais la réussite amène des problèmes de budget et de locaux trop étroits. Pour y pallier, le CDM devient une association, le Centre de documentation sur le Milieu, en 1982, afin de drainer des financements plus importants. Il déménage alors dans l’ancienne Faculté de Pharmacie, dans le même square André Maurois, pour disposer d'un peu plus d’espace.
Au départ simple centre de documentation, le CDM va multiplier les missions. Il réalise des animations pour les scolaires, donne des conférences, mais surtout, réalise des études commandées par les collectivités qui lui permettent d’augmenter ses moyens financiers et de recruter du personnel.
Face à cette multiplicité de tâches le CDM change d’appellation pour devenir Observatoire régional de l’environnement. Les activités d’études deviennent plus importantes.
En 1991, Michel Lerond quitte le CDM et devient consultant indépendant. L’association connaît ensuite des difficultés financières. Influencées par quelques personnalités locales, les collectivités mettent la main à la poche pour sauver la structure du naufrage. Jérôme Chaïb, embauché en 1978 comme documentaliste du CDM, en devient le directeur en 1994. Pour redorer son image, l’association change de nom, et devient Centre régional d’information et de documentation sur l’environnement (CRIDE). La politique de l’établissement et de renouer un partenariat avec le Muséum. Le CRIDE réalise notamment deux expositions pour le musée.

Héritage du Muséum : l’AREHN


Au milieu des années 1990, les Verts souhaitent la création d’une agence de l’environnement en Haute-Normandie. Le CRIDE deviendra l'Agence régionale de l’environnement de Haute-Normandie, en septembre 1996. L’association se dotera progressivement d’un service études, d’un service publications et d’un service multimédia. L’héritage du CDM en fait une structure très axée sur la nature, à la différence des autres agences de l’environnement.
L’Arehn communique énormément sur les sujets d’écologie, comme les mares, le paysage ou la biodiversité de par le cursus de ses directeurs. Jérôme Chaïb a réalisé une thèse sur l’ensemble des flores aquatiques régionales. Son adjoint, Jean-Paul Thorez, ingénieur agronome et journaliste a trouvé sa vocation en fréquentant le Muséum et le CDM.
Aujourd'hui, l'Arehn participe de plus en plus à l'éducation à l'environnement et au développement durable et s'oriente vers des études relatives aux énergies.


Paris-Normandie, le 7 mars 1996.

Dix ans d’hibernation



Le 16 décembre 1996 au matin, la commission de sécurité effectue une visite de contrôle. Le couperet tombe à midi : le muséum n’est pas aux normes de sécurité et doit fermer, un choc pour les rouennais.
Car l’architecture ancienne du Muséum ne respecte pas les normes modernes d'accueil du public : une galerie en cul-de-sac, des issues de secours insuffisantes, une installation électrique vétuste et… pas de toilettes ! Autant de problèmes que le directeur soulignait dès 1982 et dont la solution avait été évaluée, à l’approche des années 1990, entre 70 et 80 millions de francs. C’est ce coût qui avait lancé le projet d'un Muséum rive gauche.
A l’occasion des Journées du patrimoine 2004, une souscription est lancée pour associer, aux côtés des financeurs publics, les particuliers et les entreprises qui souhaitent participer à la sauvegarde de l’un des plus singuliers musées d’Europe.
Pendant sa fermeture, le Muséum a toujours assuré une partie de ses missions. Outre la conservation des collections et l’accueil des chercheurs, le personnel du Muséum s’est attaché maintenir le lieu en vie. Il a organisé de nombreuses expositions temporaires hors des murs et a effectué beaucoup d'expertises.

Entrevue avec Sébastien Minchin, directeur du Muséum d'histoire naturelle de Rouen



Où en est le Muséum ?


S. Minchin : Après une longue période de fermeture de dix ans, le Muséum va rouvrir ses portes au public le 23 février prochain. Depuis plusieurs mois, des travaux importants ont été entrepris, notamment en matière de sécurité et d’accueil des handicapés. Par la suite, nous travaillerons sur les collections.

C’est une bonne nouvelle pour tous les Haut-Normands qui se sont battus pour voir renaître


cet élément majeur de leur patrimoine…
S. Minchin : J’ajouterai qu’à l’époque, la fermeture de Rouen avait fait l’effet d’une bombe dans le petit monde des muséums. Cela signifiait que tous les autres pouvaient être fermés ! C’est d’ailleurs ce qui est arrivé à celui de Nice.

Quelles orientations souhaitez-vous prendre ?


S. Minchin : Ouvrir le Muséum sur l’extérieur. Faire des sciences, bien sûr, mais aborder d’autres domaines comme les beaux-arts, l’urbanisme, la littérature... pour toucher d’autres publics que celui des "habitués".

A quoi peut encore servir un muséum au siècle d’Internet ?


S. Minchin : Au XIXe siècle, lorsqu’ils ont été créés, les muséums étaient en lien avec la recherche scientifique, ce qui explique qu’ils soient rattachés aux universités. Ces liens se sont distendus à mesure que les scientifiques concentraient leurs travaux sur la biologie moléculaire, l’ADN et la génétique… Il s’avère maintenant que les chercheurs n’ont plus assez de connaissances généralistes sur les organismes vivants, bêtes ou plantes. Du coup, les disciplines naturalistes bénéficient d’un regain d’intérêt. C’est un lieu commun de le rappeler : Internet offre des images. Le muséum, lui, permet le contact direct avec l’objet.


Le Muséum pendant les travaux.

Vos collections sont encore "dans leur jus" : vitrines moulurées, étiquettes calligraphiées, monstres dans des


bocaux… Comment concilierez-vous le côté nostalgique d’un musée du XIXe siècle – que certains aimeraient retrouver – et la vision du monde propre au XXIe siècle ?
S. Minchin : Il faut un regard sur ce qui s’est fait dans le passé pour comprendre les enjeux actuels. Lorsqu’il a été créé, en 1828, le Muséum était dans un contexte évidemment très différent de celui d’aujourd’hui. La religion pesait sur les sciences, nos ancêtres étaient Adam et Eve… Les naturalistes classaient les êtres vivants par rapport à l’Homme, dominant toute la Création. Le Muséum de Rouen a été un des tout premiers a présenter une vision évolutionniste, vers 1875, avant même le Muséum national. Grâce aux coquilles trouvées dans la craie lors du percement du tunnel du chemin de fer sous la côte Sainte-Catherine, à Rouen, on a établi la différence entre les fossiles et les coquillages actuels.
Je souhaite montrer cette évolution des idées, jusque dans les développements récents de l’écologie. La muséographie n’est pas neutre : un objet sur un support ne dit pas la même chose qu’un singe présenté sur une branche, ou qu’un diorama – une des spécialités du Muséum de Rouen. Comme l’établissement était censé déménager, peu d’aménagements ont été faits durant les dernières décennies, et toutes les époques ont été conservées !

Que verra-t-on à la réouverture ?


S. Minchin : Au début, un "musée de musées". Mais, progressivement, nous mettrons tout à plat. Dès cette année, nous proposerons l’histoire de quelques objets sous la forme de fichiers à télécharger, comme préparation à la visite. En mars, une troupe de comédiens abordera le Muséum de façon décalée…

Quelle place le Muséum peut-il prendre dans le développement durable ?


S. Minchin : Nous ne devons pas manquer ce rendez-vous ! Même si nous ne sommes pas des scientifiques de terrain, nous pouvons offrir des références historiques. Chacun des objets que nous avons en collection est assorti d’un lieu et d’une date de collecte. Cela permet de mettre en évidence des évolutions de la biodiversité. Nous devons également nous mettre en lien avec les programmes de l’Education nationale, et nous faire connaître auprès des collectivités s’engageant dans un Agenda 21, en tant qu’experts et partenaires pour le développement durable. Là se trouve, à mon avis, l’avenir des muséums.

Extrait de Arehn Infos n°49.