Les jardins partagés

Décembre 2010 (mise à jour : mars 2011)

(Flickr/Frederic Dinh)
Depuis quelques années des jardins entretenus par des habitants fleurissent en ville. On les appelle des jardins partagés, collectifs ou communautaires. Outre le jardinage, ces espaces favorisent les échanges entre voisins par le biais d’activités sociales, culturelles ou éducatives. Mais que sait-on réellement de ces jardins ? Quelle est l’origine de ces de jardins qui se développent de plus en plus en France ? Comment monter un jardin partagé ou prendre part à un jardin existant ?

Voir aussi


Fiche-outils : les jardins partagés

Sommaire



Un jardin partagé, qu'est-ce que c'est ?
  Définition
Les différents types de jardins partagés
Le premier jardin urbain
Jardin partagé, un terme ambigu
Evolution réglementaire des jardins partagés
Un lien social
Un avantage économique
Un jardin écologique
Qui sont les jardiniers ?
Le vandalisme
Comment expliquer l’engouement actuel pour les jardins partagés ?
Comment créer un jardin partagé ?
  Les pistes pour trouver un terrain
Les critères à prendre en compte
Concertation entre les futurs jardiniers
Qui porte le projet ?
Le réseau national
Programmes municipaux
Rencontre avec l’élu
Quelques écueils à éviter
Délai de création
Comment recruter des jardiniers?
Durée de vie d’un jardin partagé
Je veux rejoindre un jardin partagé, comment faire ?
Les différents jardins, partagés ou pas
  Les jardins familiaux
Les jardins communautaires et les jardins solidaires
Les jardins d’insertion
Les jardins pédagogiques
Les jardins adaptés
Les jardins militants
Quelques exemples de jardins partagés
  Dans le monde
En France
En Haute-Normandie

Un jardin partagé, qu'est-ce que c'est ?



Définition


Un jardin partagé est un jardin conçu, créé et cultivé collectivement par les habitants d’un quartier ou d’un village. C’est le plus souvent un jardin urbain, pour des urbains. Il est confié, sous convention, à une association pour une durée limitée. C’est un lieu ouvert sur le quartier, où chacun peut pousser la grille. Le dimanche, on vient flâner ; la semaine ce sont les employés de bureaux qui viennent avec leur pique-nique. La règle veut que le portail reste ouvert quand un jardinier s'affaire.

Les différents types de jardins partagés


Les jardins collectifs désignent les espaces où l’on jardine en commun. Là, on bine et on désherbe sur une parcelle commune et on décide ensemble de ce qu'on va y faire pousser. Il y a aussi les jardins qui se présentent sous forme de parcelles individuelles. Il est aussi possible d’opter pour un mélange des deux formules.

Le premier jardin urbain

Communty garden. (Flickr/Op Perrin)

Dans les années 1970, la ville de New York connaît une crise financière. Les logements du centre ville sont délaissés. De nombreux bâtiments sont abandonnés, puis démolis et deviennent des terrains vagues. Leur multiplication dégrade le paysage urbain. C’est dans ce contexte que Liz Christie, une artiste qui vit à Manhattan, décide, avec quelques amis, de végétaliser les friches en lançant des bombes de graines (seed bombs) par-dessus les grillages des terrains vagues pour faire pousser des fleurs. Ils planteront ensuite des arbres, peindront les façades, etc.

En 1973, ils entreprennent d’aménager une friche à Manhattan, ils y créent le premier community garden  (jardin communautaire) qui porte aujourd’hui le nom de sa fondatrice : Liz Chistie. En 1974, ils fondent le mouvement Green Guerillas pour aider d’autres habitants à créer des community gardens. Rapidement le mouvement s’étend et les community gardens deviennent des lieux de convivialité. Il en existe aujourd'hui plus de 600 à New York et plusieurs milliers dans toute l'Amérique du Nord.

Le premier jardin partagé en France


Lors du premier forum national "Jardinage et citoyenneté" qui s’est déroulé à Lille en octobre 1997, des liens se tissent avec des associations de jardins communautaires québécoises et new-yorkaises. De ces échanges va naître le premier jardin communautaire à Lille en 1997 puis à Paris en 2002.

Jardin partagé, un terme ambigu


Pour les membres du réseau "Le Jardin dans tous ses états ", "jardin partagé" est un terme générique qui englobe l’ensemble des jardins : familiaux, d’insertion, éducatifs, collectifs, communautaires… Ces jardins ont tous des valeurs communes liées au partage (de l’espace, d’un projet, d’activités, de récoltes…).
Mais en 2003, une proposition de loi est définit les jardins partagés comme des "jardins créés ou animés collectivement, ayant pour objet de développer des liens sociaux de proximité par le biais d’activités sociales, culturelles ou éducatives et étant accessibles au public. ". En d’autres termes, les jardins partagés sont uniquement des jardins communautaires. Cela entraîne une certaine confusion. Des jardins familiaux peuvent-ils être partagés ? Oui, car c’est la philosophie du jardin qui déterminera son appellation, les notions de partage et d’échange restant fondamentales.

En raison de son ambivalence, le terme "jardin communautaire" n’a pas été retenu lors de l’élaboration de la proposition de loi. Il correspond pourtant à la traduction du terme community garden employé à New York. Mais on pourrait percevoir par "jardin communautaire", le jardin d’une communauté ce qui est en totale contradiction avec ces jardins.
Quoi qu’il en soit, les dénominations sont multiples. Appelés "jardin communautaire" à Lille, ils sont aussi "jardins collectifs d’habitants", "jardin de proximité", "jardin de voisinage", "jardin en pied d’immeuble"…

Evolution réglementaire des jardins partagés


L’apparition de jardins partagés nécessite une refonte des textes de lois jusqu’ici réservés aux jardins familiaux. La proposition de loi relative aux jardins collectifs définit trois types de jardins :
  • Les jardins familiaux
  • Les jardins d’insertion
  • Les jardins partagés

  • L’inscription des jardins partagés dans cette proposition de loi leur confère une existence juridique et leur ouvre des droits équivalents à ceux des jardins familiaux. Votée à l’unanimité le 14 octobre 2003 par le Sénat, cette proposition de loi est restée jusqu’à présent en suspens à l’Assemblée Nationale.

    Un lien social


    L’activité de jardinage n’est pas une finalité en soi. C’est surtout un prétexte pour rompre l’anonymat, favoriser les rencontres et nouer des liens entre les habitants du quartier quel que soit leur âge, leur culture et leur milieu social.
    Le jardinage n'est pas forcément l'activité principale. Il en existe bien d’autres qui peuvent être pratiquées au jardin, un peu comme dans une salle des fêtes. Des animations festives, éducatives, culturelles, artistiques et d’insertion sont souvent proposées. Pique-nique, anniversaire, concert, apéro, repas et fête de quartier, café-jardin, cours de jardinage, expositions… il y en a pour tous les goûts, tous les âges et tous les talents. Le jardin permet aussi de tisser des relations entre les différents lieux de vie : écoles, centres de loisirs, maisons de retraite, hôpitaux…
    De plus en plus de jardiniers font pousser des variétés introuvables sur les marchés, ou des légumes cultivés dans leurs pays d’origine. Au-delà du goût, de la satisfaction de l’avoir cultivé soi-même, le potager peut apporter une reconnaissance vis-à-vis des autres.

    Un avantage économique


    Ils sont souvent très productifs, même si le rendement n’est pas primordial. Les surfaces étant peu importantes, les récoltes ne permettent pas souvent de nourrir les jardiniers, mais sont prétexte à l’organisation de repas. Pour ces occasions, il est courant que les jardiniers achètent des légumes en complément.

    Un jardin écologique

    Récupérateur d'eau. (Flickr/Elisala)

    Ne pas utiliser de pesticides chimiques, récupérer l’eau de pluie, favoriser la biodiversité, composter, accueillir la faune… Les jardins partagés participent pleinement à la préservation de l’écosystème urbain. En vivant au rythme du jardin, chacun prend conscience de l’absurdité écologique de consommer des produits qui parcourent des milliers de kilomètres pour parvenir jusqu’à nos assiettes. Bien évidemment, tous les jardiniers n’ont pas la fibre écologique, et il s’agit pour eux d’apprendre le savoir des anciens qui ne leur ont pas été légués. Certains jardins proposent des ateliers ou des cours sur le jardinage écologique pour pallier l’inexpérience.

    Pour aller plus loin 



    Qui sont les jardiniers ?


    Impossible de dessiner le portrait-robot du jardinier urbain : actif ou retraité, en famille ou célibataire, tous se croisent un jour ou l’autre au potager. A l’évidence, ce sont surtout les personnes contraintes de loger en habitat collectif qui sont à la recherche d’un espace pour s’aérer. Il y a plus de femmes dans les jardins partagés que dans les jardins ouvriers de nos grands parents. D’une part, parce que hommes et femmes sont sollicités pour y participer et, d’autre part, ces jardins étant très proches des habitations, les mères de famille peuvent y amener leurs enfants facilement (contrairement aux jardins familiaux qui sont placés à la sortie des communes).
    L’investissement des jardiniers est variable. En moyenne un quart de ceux qui jardinent sont très assidus et viennent tous les jours ou presque. On peut adhérer à un jardin partagé sans vouloir jardiner, simplement pour s’y promener, s’occuper de l’organisation d’événements conviviaux ou pour accueillir le public (animations, permanence d’ouverture du jardin, suivi des projets, relations avec les écoles, site Internet…). Dans un jardin partagé il y a de la place pour toutes les bonnes volontés, même si le jardin est petit.

    Le vandalisme


    Les actes de vandalisme sont rares, même dans les quartiers les plus sensibles. Ce ne sont pas les clôtures – assez basses en général – qui empêchent les détériorations. C’est véritablement la dynamique des jardins partagés, leur caractère associatif, qui responsabilise le groupe face aux éventuels saccageurs. Et puis, pelle et râteau ne sont pas très demandés sur les marchés parallèles, la revente risque même d’être difficile. Un bémol tout de même, mieux vaut éviter de laisser ses potirons en vue avant Halloween, ou son muguet aux alentours du 1er mai !

    Comment expliquer l’engouement actuel pour les jardins partagés ?


    Les jardins partagés représentent bien plus qu’un simple passe-temps, ils constituent notamment une réponse à la crise sociale, à l’urbanisation galopante et au réchauffement climatique. Le désir de manger mieux et le matraquage publicitaire "manger cinq fruits et légumes par jour" ne font qu’accélérer la tendance. La question du développement durable est reprise par les politiques, facilitant le financement et le développement de jardins partagés.


    Comment créer un jardin partagé ?



    Les pistes pour trouver un terrain


    Tout commence lorsqu’un groupe d’habitants souhaite créer un jardin partagé.
    Le jardin est un projet de quartier, il faut donc trouver une parcelle dans ce périmètre. Pour des raisons pratiques, il doit être facilement accessible, notamment pour transporter les outils.
    Les jardins sont très souvent situés sur des parcelles non constructibles pour cause de sols inexploitables. Par exemple, le Réseau ferré de France a autorisé la création de jardins sur l’ancienne voie ferrée de la Petite Ceinture de Paris. Au-delà des pelouses vacantes et des jardins publics, un jardin partagé peut prendre racine sur un toit plat, le long des grands axes routiers...
    Pour trouver un terrain, le mieux est de s’adresser à sa commune. La municipalité possède bien souvent des terrains laissés en friches ou des pelouses inutiles. Dans le cas où un terrain a déjà été repéré par les habitants, la commune peut aider à identifier son propriétaire. Il est aussi possible de prendre directement contact avec les organismes de logements sociaux ou des propriétaires fonciers. Ils signent de plus en plus de conventions avec des associations pour des projets de jardins collectifs situés au pied d’immeuble.
    En général, trouver un terrain n’est pas très difficile. Il est rarement compliqué de convaincre le propriétaire de mettre son bien, pour un montant nul ou symbolique à la disposition d’un groupe motivé. Car c’est la garantie de ne plus devoir entretenir le terrain. Pour les entreprises et les pouvoirs publics, cela améliore leur image.

    Les critères à prendre en compte


    La taille du terrain
    De nombreux jardins partagés se situent dans une fourchette de 200 à 400 m². Les petits jardins peuvent être cultivés collectivement et ainsi permettent à un nombre plus important de personnes de jardiner, plutôt que de le diviser en mini-parcelles.
    L’ensoleillement
    Pour faire pousser des légumes, la luminosité est indispensable. Cependant, il est quelquefois difficile de trouver un terrain en ville qui ne soit pas encaissé entre deux immeubles.
    La pollution du sol
    Il est toujours possible d’apporter de la terre végétale sur des bandes géotextiles, pour isoler les plantations de la terre polluée.

    Concertation entre les futurs jardiniers


    Dans un premier temps, le dialogue qui s’instaure entre les futurs jardiniers permet de faire connaissance, puis, de faire une ébauche de leur futur jardin. La concertation est une étape indispensable. En moyenne, il faut compter 6 à 12 réunions. A partir de cette base, les techniciens municipaux ont ensuite pour tâche d’élaborer des aménagements adéquats.
    Au-delà, la concertation permet une implication plus forte des habitants, qui se retrouvera ensuite dans leur participation aux activités du jardin.

    Les thèmes récurrents :
  • Aménagement
  • Répartition de l’espace (individuel ou collectif)
  • Mode de culture
  • Activités proposées
  • Règlement intérieur
  • Budget prévisionnel
  • Montant des adhésions

  • Il est recommandé d’aller visiter des jardins partagés existants et de rencontrer d’autres associations. Non pas pour copier, mais pour profiter de l’expérience des autres. Cela peut donner de nombreuses idées. Il ne faut pas hésiter aussi à consulter des sites et des blogs de jardins partagés.

    Qui porte le projet ?


    Il est indispensable de créer une association ou de se rattacher à une association existante. Cette démarche peut intervenir à la fin, quand il devient nécessaire d’avoir une personnalité morale pour ouvrir un compte en banque, souscrire une assurance et signer la convention de mise à disposition du terrain. Le succès du jardin partagé tient au caractère associatif, qui responsabilise tous les participants.
    Porter un projet implique de nombreuses démarches auprès de partenaires, qu’il s’agisse du propriétaire du terrain, des écoles, des organismes susceptibles de verser des subventions. Les représentants de l’association doivent prendre en compte que leur implication va leur demander du temps, de l’énergie et des compétences.

    Deux réseaux généralistes sont là pour les épauler. Ils sont susceptibles de les accompagner tant sur la phase de montage de projet que dans son fonctionnement.
  • Points d’appui à la vie associative (PAVA). Ils apportent une aide gratuite et technique aux petites associations et aux porteurs de projets collectifs afin qu'ils administrent et gèrent aux mieux leurs projets. (Voir le tableau récapitulatif des PAVA Seine-Maritime)
  • Dispositifs locaux d’accompagnement (DLA). Ils sont destinés à accompagner les structures développant des activités d'utilité sociale créatrices d'emplois.

  •  

    Le réseau national


    Le réseau spécialisé sur les jardins partagés est celui du "Jardin dans tous ses états" (JTSE). Créé en 1997 par des militants inspirés par le modèle québécois, le réseau français cherche à créer un lien social entre habitants d’un quartier avec le jardin comme projet. Géré par un collectif d’une dizaine de structures régionales, associatives et coopératives, ce réseau est un interlocuteur reconnu, à l’origine de nombreuses publications, formations ou rencontres autour de la question du jardin en partage. Depuis quelques années, le réseau s’étoffe et des jardins sont plantés un peu partout.

    Sites des correspondants régionaux du Jardin dans tous ses états :
  • Graine de jardins (Ile-de-France)
  • Le passe-jardins (Rhône-Alpes)
  • Saluterre (Aquitaine)
  • Réseau des Jardins Solidaires Méditerranéens (PACA)
  • Chênelet (Nord-Pas-de-Calais)
  • ECO-Conseil (Alsace)
  • ARDES (Basse-Normandie)
  • ARPE (Midi-Pyrénées)
  • Vert le jardin (Bretagne)
  • AJONC (Nord-Pas-de-Calais)

  • Programmes municipaux


    Dans la plupart des régions, les collectivités se sont appuyées sur les correspondants régionaux du réseau "Le Jardin dans tous ses états" pour les accompagner dans la création et le suivi de jardins partagés.
    A Lyon, Paris, Nantes, Lille et Montpellier, les collectivités cherchent à favoriser l’éclosion d’un véritable réseau à l’échelle de la commune. Une brochure ou un site Internet recensent l’ensemble des jardins. La ville de Paris est particulièrement active dans ce domaine. Largement inspirée par la charte du Jardin dans tous ses états, la ville s’est dotée d’une cellule baptisée "Main verte" afin d’encourager les projets et d’épargner aux citoyens les embûches administratives. Son engagement est tel qu’elle aménage des parcelles de jardin partagé dans les nouveaux squares, sans forcément qu’une association en ait fait la demande. Une fois le jardin aménagé, elle donne des conseils, suit les activités. Elle édite aussi une lettre d’information trimestrielle. Le réseau propose également un troc par trimestre et un débat par mois : le café-jardin.

    Rencontre avec l’élu


    Lorsque le terrain appartient à la commune, l’adhésion de l’élu est incontournable. C’est à lui que le projet sera exposé. L’idéal est de lui laisser un document écrit qui reprend les points importants du futur jardin. Quelquefois le projet de jardin est en concurrence avec d’autres équipements susceptibles d’être aménagés sur la même parcelle. En définitive, ce sont toujours les politiques qui tranchent. Aujourd’hui, des élus de tous bords soutiennent les projets de jardins partagés.
    Ce partenariat n’est pas indispensable lorsque le jardin est sur un terrain privé. Par contre, c’est souvent la municipalité qui se charge d’amener l’eau, de réaliser une cabane, des toilettes et, si nécessaire, d’apporter de la terre…

    Quelques écueils à éviter

  • La confusion des rôles entre élus, techniciens et habitants.
    Des élus s’improvisent jardiniers en voulant imposer la norme du jardinage bio ; des habitants se prétendent paysagistes, des responsables communaux laissent croire qu’il n’existe qu’un seul modèle conventionnel.
  • La complexité de l’organisation des services des collectivités.
    Ce genre de projet implique plusieurs services des collectivités, notamment les services qui ont en charge le social, l’environnement, les espaces verts, le patrimoine, le juridique, parfois aussi la démocratie de proximité, l’Agenda 21, la politique de la ville… Le travail en transversal de ces différents services n’est pas toujours facile. Il faut déterminer un ou deux services référents pour l’ensemble du dossier.

  • Délai de création


    De la demande du terrain à l’autorisation de créer un jardin partagé, il s’écoule au moins une année, quelquefois beaucoup plus. Le temps est un facteur important. Il faut prendre en considération le temps administratif (attente de l’accord, conventionnement, réglementation), le temps lié à la vie du groupe (explorations des pistes, recherche du consensus), et le temps lié au jardin (saisons, climat).
    Pour éviter que les adhérents ne se démotivent, il faut absolument trouver des activités pour maintenir la mobilisation, telles que l’animation d’ateliers pour adultes ou pour enfants, des apéritifs, des plantations sauvages aux pieds des arbres, voire l’occupation sauvage de la parcelle demandée.

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    Comment recruter des jardiniers ?

    Installation de panneaux (Flickr/PACCharleroi)

    Trois possibilités pour mobiliser les habitants :
  • Le porte-à-porte (certains le font en journée pour rencontrer les personnes qui ne travaillent pas).
  • L’organisation de manifestations : pique-nique, nettoyage…
  • L’installation de panneaux explicatifs aux alentours ou sur les grilles du jardin.

  • Durée de vie d’un jardin partagé


    Un jardin est confié à une association par convention pour une durée limitée, mais renouvelable. A Paris elle est d’un an renouvelable jusqu’à cinq ans. Les jardins sont généralement pérennes, seuls quelques uns sont installés sur des terrains destinés à être construits et devront laisser place à un immeuble ou à un autre équipement. On les appelle des jardins éphémères ou jardins nomades. Là, les jardiniers savent qu’ils doivent trouver un autre terrain à plus ou moins brève échéance. Mais il peut s’écouler plusieurs années entre la décision de construire un bâtiment et sa réalisation. Si bien que les habitants oublient souvent son caractère temporaire, et il leur est bien difficile de le quitter, même si la dynamique se poursuit sur un autre terrain.

    Je veux rejoindre un jardin partagé, comment faire ?


    Deux solutions :
  • Le jardin existe déjà. Pour y participer, il suffit de contacter l’association qui gère le jardin, via la mairie de son domicile.
  • Le jardin n’existe pas. Il faut prendre contact avec Le jardin dans tous ses états, rubrique "Qui contacter ?". Ils vous donneront les renseignements nécessaires qui permettent d’être crédibles auprès de la mairie, dans le cas d’une création de jardin. Il n’y a pas de jardins partagés sans volonté politique.


  • Les différents jardins, partagés ou pas



    Les jardins familiaux

    Un endroit idéal pour échanger des conseils. (J.-P. Thorez/AREHN)

    Autrefois appelés jardins ouvriers, les jardins familiaux connaissent un véritable renouveau en France depuis les années 1980, principalement autour des grandes agglomérations. Ce sont des terrains divisés en parcelles, que les habitants cultivent individuellement. La vocation reste inchangée depuis le XIXe siècle : la production de fruits et de légumes pour la consommation domestique, la vente de la production étant interdite. La réglementation est d’ailleurs assez stricte : si le jardin n’est pas entretenu, c’est l’exclusion.
    Il y a 20 ans, le standard des jardins familiaux était de l’ordre de 250 m². Aujourd’hui, il est plutôt entre 80 à 100 m² avec parfois des parcelles plus petites encore. Cela correspond mieux aux capacités en temps des jardiniers.
    On y retrouve le partage du bon geste, les échanges de conseils, la convivialité, l'écoute et l'observation de la nature. Ils s’ouvrent de plus en plus à d’autres dimensions, comme l’éducation à l’environnement, l’accueil des personnes handicapées, si bien que certains jardins familiaux sont aussi des jardins partagés.

    Les jardins communautaires et les jardins solidaires


    Appelés aussi jardins partagés. Ils sont cultivés collectivement et ouverts à tous. Chaque habitant peut apporter sa contribution, ses idées dans les choix des plantations et des espèces. Ils permettent de resserrer les liens sociaux entre des publics qui ne se côtoient pas habituellement. C'est davantage un lieu de remise en question et d'expérimentation sociale qu'un simple outil de jardinage.

    Les jardins d’insertion


    Nés dans les années 1980, ils emploient des personnes en situation d’exclusion ou de difficultés sociales pour leur redonner une activité régulière et un rôle dans la société. Autour de l’activité de jardinage, le jardin permet de reprendre confiance en soi, de retrouver de l’énergie. Ces jardins sont là pour favoriser le retour à la vie professionnelle, quelquefois même au sein d’un jardin. On y apprend un métier, on cultive, on récolte et on vend. L’argent est réinvesti dans le jardin et servira à aider de nouvelles personnes.

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    Les jardins pédagogiques


    Ils sont souvent liés aux écoles. Le jardin est un formidable outil pédagogique. En cultivant des fruits et des légumes, les enfants ou adolescents apprennent les différentes espèces de végétaux, la relation entre ce qu’ils mangent et les produits du potager. Ces jardins permettent aussi de sensibiliser les enfants à la nature, aux équilibres naturels, aux cycles saisonniers…
    Ils apprennent aussi à anticiper, gérer le temps et l’espace, rechercher l’équilibre avec le vivant, innover : c’est une école de l’autonomie.

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    Les jardins adaptés


    Dans les jardins ordinaires, il n’existe pas d’installations destinées à un public handicapé. Certains jardins partagés ont favorisé leur accès par des allées plus larges, des bacs à mi-hauteur, des toilettes accessibles… Les jardins partagés de Lyon sont les plus avancés dans ce domaine. Ils pratiquent la démarche Haute Qualité d’Usage (HQU) élaborée par Régis Herblin, urbaniste et architecte. Là, on aménage les jardins pour les handicapés et pour les personnes âgées. Chacun doit pouvoir jardiner quelles que soient ses différences.

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    Les jardins militants


    Désireux de se réapproprier l’espace public, certains décident de cultiver une friche abandonnée, le pied d’un arbre sur un trottoir. Ce sont des initiatives sauvages en forme d’actes de résistance.
  • L’association Laissons pousser ! invite les citoyens à semer des fleurs sauvages sur l’espace public et à porter un nouveau regard sur la biodiversité des pavés.
    Dans la même veine, Guerillas gardening, plante aussi sans autorisation.
    En 2006, la ville de Paris autorise les associations à fleurir les pieds de certains arbres dans certaines rues parisiennes. Une charte de fleurissement des pieds d’arbres d’alignement a été mise en place et est signée entre la ville et les associations désireuses.
  • Le Park(ing) Day
    Ou le jardin sur une place de parking.
    Le principe de l'événement est simple : tous les citoyens sont invités, durant deux jours (17 et 18 septembre pour 2010), à se réapproprier les places de parking en les transformant en espaces verts ludiques. C’est une manière de se réapproprier la ville. Toutes les idées sont les bienvenues pour transformer des espaces bétonnés en lieux de convivialité. Le premier Park(ing) est né à San Francisco en 2005. Cinq ans plus tard, l’opération Park(ing) Day du 17 et 18 septembre 2010, avait conquis plus de 140 villes dans 21 pays différents, dont la France.


  • Quelques exemples de jardins partagés



    Dans le monde


    Aujourd’hui, le phénomène s’est largement répandu dans les grandes villes du monde. Paris, Berlin, Londres, Lille, Montréal, Tokyo et bien d’autres métropoles encore se dotent de jardins communautaires.

    A Cuba, l'agriculture urbaine fait même partie du programme politique officiel. L’Etat yvoit une solution, pour nourrir la population et lutter contre la famine après l’effondrement de l’Union Soviétique.

    Au Japon, depuis quelques années, le jardin partagé prend racine sur les toits de Tokyo … Tokyo a pris des mesures au début des années 2000 visant à restituer, sur les toits, une surface végétalisée équivalente à l’emprise au sol de toute nouvelle construction. Une façon originale d’offrir un poumon vert à cette mégapole qui ne cesse de s’agrandir. Pour les Japonais, ces jardins sont assimilés à un véritable havre de paix et de tranquillité en plein cœur de la ville. Partout, ils sont promis à un grand développement. Paris en possède déjà quatre.

    En Allemagne, le jardin communautaire fait aussi dans l’originalité. C’est à Kreuzberg, quartier populaire et bétonné de Berlin, que se cultive un jardin partagé entièrement transportable surnommé le Prinzessinnengarten (jardin des Princesses). Ainsi, salades, radis et fenouil poussent dans des caisses à pain en plastique. Les plants germent dans des bouteilles en plastique faisant office de serres miniatures.

    En France


    Dans les grandes agglomérations les jardins partagés connaissent un réel succès, et quelques initiatives apparaissent même en milieu rural. On en compte désormais 250 dans toute la France, dont environ 60 dans la région parisienne, 18 dans la région Nord-Pas-de-Calais, 8 à Bordeaux, 7 à Strasbourg …
    Une liste exhaustive reste irréalisable. Les régions ayant de gros moyens financiers sont les plus actives (Île-de-France et Rhône-Alpes), même si on remarque une belle poussée des régions Midi-Pyrénées et PACA.

    A Paris, où le mouvement est né d’occupations spontanées de friches et de terrains vagues, la municipalité encourage le développement de ces jardins collectifs depuis 2003 via son programme "Main verte" qui régularise et encadre cette nouvelle agriculture urbaine.

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    En Haute-Normandie


    En Haute-Normandie, les exemples sont rares et commencent seulement à se développer.

    Bernay
    – Jardin partagé dans les jardins de la maison paroissiale de La Couture.
    L’association l’Agrion Risle-Charentonne a signé une convention avec le presbytère afin d’utiliser des parcelles pour des familles. 13 parcelles d’environ 20 m² chacune ont été créées. Le bouche à oreille a fonctionné et une douzaine de jardiniers amateurs – dont certains envoyés par le Secours Populaire – se sont vu attribuer un lopin de terre. Le côté partagé du jardin est visible dans la gestion des outils qui sont mis en commun. Ce sont des outils qui appartiennent à l’association ou qui lui sont prêtés, notamment par le Potager de Beaumesnil. Certains travaux sont également réalisés en commun : le retournement des parcelles à l’approche de l’hiver par exemple. Le côté partagé se retrouve aussi dans les conseils et informations qui s’échangent sur les techniques de jardinage ou encore dans les achats de graines, qui peuvent être groupés. Aujourd’hui, l’objectif est de trouver de nouveaux terrains pour créer de nouvelles parcelles dédiées à des jardins partagés.

    La Ville de Bernay a aussi créé un jardin partagé en mai 2010 en mettant à disposition, sous la coordination d’un médiateur de quartier, un espace extérieur situé au pied des immeubles les "Fauvettes" et les "Pinsons".
    Contact : Cédric Marauri au 02 32 45 37 12

    Dieppe
    Afin de répondre à une demande de nombreux habitants, un jardin partagé est aménagé à Dieppe dans le quartier des Bruyères en 2009. Une quinzaine de personnes cultivent ce premier jardin partagé initié par la municipalité, dans le cadre de la démarche de démocratie locale.
    Service Démocratie locale au 02 35 06 61 70


    Mont-Saint-Aignan
    A l’initiative d’une poignée d’étudiants de l’ESITPA, (école d’ingénieurs en agriculture) et d’autres cursus, un jardin partagé "Les jardins étudiants" voit le jour en avril 2010. Chaque jeudi, ils cultivent les 700 m² de terrain, derrière la cité universitaire du Panorama à Mont-Saint-Aignan. Les parcelles sont ouvertes à tous et ce projet s’inscrit de plus dans une démarche de développement durable.

    Rouen
    Piloté par l’association Mer et Campagne, un jardin partagé à vu le jour en mai 2010 sur les Hauts de Rouen à l’angle des rues Newton et Le Verrier. D’une surface totale de 200 m², ce jardin comporte à la fois des parcelles individuelles, collectives et pédagogiques. Au-delà de la découverte du jardinage, la démarche doit permettre de créer un lien social par l’éducation à l’environnement. Le projet regroupe une dizaine de structures associatives travaillant sur le plateau.
    Association Mer et Campagne : 02 35 60 61 55.

    Canteleu
    La ville de Canteleu a aménagé des jardins en pied d’immeubles à l’entrée de la cité verte. Le projet s’inscrit dans une démarche de développement durable : forte implication des habitants, réalisation du mobilier par des personnes handicapées, compostage, récupération des eaux pluviales, interdiction des pesticides...
    La cité verte et le village. (La CREA)