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Inondations et coulées de boue en Haute-Normandie
> L'évolution du paysage
L'évolution du paysage joue un rôle important sur la fréquence et l'intensité des coulées de boues dans notre région.
Le paysage originel de la Haute-Normandie est un pré-bois, mosaïque de bois et d'espaces en herbe naturels ou artificiels, pâturés par les grands herbivores sauvages.
Dès le mésolithique (12 000 avant JC), l’homme a commencé à défricher les forêts sur les flancs de la Seine. Ces actes, poursuivis au néolithique, ont mis à nu les terres et provoqué les premiers ruissellements d'origine humaine. Le phénomène s'est amplifié à l'époque des agricultures intensives gauloise et gallo-romaine et les plateaux, "décapées" par l'eau, sont devenus impropres à ces activités. C'est alors que la forêt s'est réinstallée, la même qui, actuellement, orne notre région.
Au début du XIXe siècle, l'agriculture intensive et la mécanisation des techniques agricoles vont faire subir au paysage de profondes modifications : les surfaces en herbe augmentent ainsi que la taille des parcelles céréalières.
Au milieu du XIXe siècle, des arbres fruitiers sont plantés dans les prairies, améliorant l'infiltration de l'eau dans le sol. Les inondations sont alors assez rares, avec une moyenne de cinq à dix ans à la fin de ce siècle.
Dès le début du XXe siècle, la surface en herbe continue d'augmenter pour atteindre son maximum en 1969, mais cela ne suffit pas contrer les effets catastrophiques des remembrements. Parallèlement, on assiste aussi à l'essor industriel et au développement des habitations dans les vallées, entraînant une augmentation de plus des surfaces de ruissellement.
Ainsi, les années 70 est marquée par des épisodes de ruissellements inconnus dans leur ampleur et leur fréquence. Pour remédier à cela, des aménagements tampons sont installés. Pour la première fois, une association met en évidence les interactions existant entre la sensibilité à l'érosion et les pratiques agricoles. Mais dans le même temps, les prairies sont transformées en cultures de maïs, la surface en herbe diminue et le remembrement du paysage se poursuit.
C'est à partir de 1992 que la situation s'aggrave. C'est tout d'abord le pays de Caux qui est touché, puis le Pays de Bray et le sud de la Seine. De nombreuses parcelles labourées sont touchées par le ravinement, et, pour la première fois, des communes situées sur les plateaux sont touchées.
Bocage du Lieuvin : un paysage sans doute très proche de celui de l'ensemble de la Haute-Normandie d'autrefois. Photo : J.-P. Thorez/AREHN