Les grands cataclysmes

Février 2005
Pas une seule génération n'a pu éviter une catastrophe naturelle, mais rares sont ceux qui ont assisté, comme à Sumatra en décembre dernier, à un désastre d’une ampleur mondiale. Ces évènements sont toujours d’ordre climatique, sismique ou astronomique.
Les cataclysmes restent difficiles à classer. Un énorme séisme dans une région désertique ne figurera pas dans les catastrophes majeures. Les échelles de valeurs sont essentiellement liées à l’importance des pertes humaines et des dégâts matériels. Mais la mémoire collective nous joue des tours. Il n’est pas rare de placer un événement largement rabâché dans nos manuels scolaires, ou surmédiatisé, telle que la tempête de 1999, parmi les grands cataclysmes mondiaux. Notre affect lui aussi nous embrouille. Un drame nous touchant personnellement nous paraîtra toujours plus important que celui qui ne nous concerne pas.

En règle générale, les catastrophes touchent sans discrimination. Mais une chose est sûre, les pays les plus démunis sont toujours les plus atteints. Moins informés, ils se prémunissent peu du danger. Mais surtout, les suites d’un désastre font souvent plus de ravages que la catastrophe elle-même : la forte concentration de populations et le manque de moyens entraînent immanquablement des famines et des épidémies.

Les grandes extinctions de masse



Extinction de masse : extinction simultanée (ou dans un laps de temps géologique très bref) de nombreuses espèces appartenant à des groupes différents et adaptées à des environnements divers.
On considère que la biodiversité actuelle représente tout au plus 1 % de toutes les espèces qui ont vécu dans le passé. En clair, cela signifie que 99 % des espèces se sont éteintes.
Les paléontologues ne sont pas unanimes quant à ce que l’on peut vraiment appeler une extinction de masse, mais il existe un certain consensus pour en reconnaître au moins cinq principales au cours des quelques 540 millions d’années pour lesquelles nous disposons de fossiles abondants.


- 440 millions d’années : fin de l’Ordovicien



Nous ignorons quasiment tout de la plus ancienne des extinctions de masse qui a entraîné la disparition d’un tiers de la faune marine.


- 365 millions d’années : fin du Dévonien



Les raisons de ce cataclysmes sont très floues. Ses victimes sont notamment des ammonoïdes, des brachiopodes et des poissons. L'écosystème récifal est fortement atteint. Les récifs disparaissent pour ne revenir que beaucoup plus tard, au Trias. Les poissons marins sont plus affectés que les espèces d'eau douce.

Vue "idéale" de la Terre au Dévonien.


Poissons au Dévonien.


- 250 millions d’années : fin du Permien



On évalue qu'environ 95 % des espèces disparaissent de la surface du globe. C’est la plus dévastatrice de toutes les grandes crises. Plus de la moitié des familles d'organismes marins disparaît et les vertébrés terrestres sont décimés.
Les raisons de cette extinction en masse restent assez obscures. Le scénario d’un astéroïde percutant la Terre à la fin du Permien est récemment revenu sur le devant de la scène. Mais une nouvelle étude contredit l’hypothèse. Apparemment, les roches ne présentent pas de traces d’un tel impact.

Vue "idéale" de la Terre au Permien.


- 200 millions d’années : fin du Trias



Cette grande crise affecte aussi bien des organismes marins tels que les ammonites, que terrestres tels que les reptiles.
Des indices d’un impact d’astéroïde à la fin du Trias, ont été signalés tout récemment.
Actuellement, on suppose que la fin du Trias est liée à un impact d’astéroïde. Il a même été suggéré que cet événement, en provoquant des extinctions chez les vertébrés, a favorisé le développement des dinosaures, qui en sont alors aux débuts de leur évolution.

Vue "idéale" de la Terre au Trias.


- 65 millions d’années : fin du Crétacé



C’est l’extinction la mieux connue. Elle a pour symbole la disparition des dinosaures au point que l’on oublie parfois qu’elle mit un terme à l’existence de 75 % des espèces vivantes.

L'impact cosmique


On attribue aujourd’hui la fin du Crétacé à l’impact d’un astéroïde qui serait tombé sur terre au large du golfe du Mexique, et aurait immédiatement déclenché des bouleversements spectaculaires. L’objet céleste, mesurant 10 km de diamètre, s’est volatilisé lors de la collision, pulvérisant la croûte terrestre.

Vue "idéale" de la Terre au Crétacé.

L’énergie libérée lors de l’impact (5 milliards de fois celle de la bombe d’Hiroshima) a fait augmenter la température de 10 000 ou 20 000 °C, entraînant des phénomènes de fusion des roches, de vaporisation, d’incendies et de secousses sismiques. Ces phénomènes se sont répercutés dans un rayon de plusieurs milliers de kilomètres et ont entraîné une dévastation immédiate et totale.

La période post-catastrophe


L’impact, par ses conséquences, est responsable des extinctions qui se produisent durant plusieurs milliers d'années.
Pendant quelques années, la chaleur est intense avec des températures pouvant atteindre 100 °C. L'effet "rôtissoire" est dû à un embrasement général de la végétation sur une partie importante de la surface terrestre, notamment en Amérique du Nord. Près de la moitié de la biomasse terrestre brûle en quelques mois.
Progressivement, un nuage, composé de suie et de cendres liées aux incendies, plonge le globe dans l’obscurité, ne laissant plus passer les rayons du soleil. La température diminue et l’air devient glacial.
Dans un troisième temps, beaucoup plus long, estimé à 50 000 ans, la Terre est soumise à nouveau à une importante augmentation de la température attribuée à l'effet de serre, créé principalement par un excès de gaz carbonique. Celui-ci, normalement assimilé par la végétation, est transféré directement à l'atmosphère.

L’extinction des espèces


L’obscurité interrompt le processus de photosynthèse, essentielle à la vie végétale. La végétation des mers et des continents disparaît, et avec elle les animaux qui y puisaient leur nourriture. La rupture de cette chaîne alimentaire conduit à la fin des gros carnivores, privés de leurs proies. Cette extinction est loin d'être générale. Certaines espèces restent pratiquement indemnes.

Extinction des espèces à la fin du Crétacé


45 % des espèces marines flottantes
20 % des espèces vivant au fond des mers
20 % des espèces terrestres
Dinosaures
15 % des espèces d'eau douce

Fin des dinosaures


Il existe aujourd’hui un consensus sur la rapidité de l’extinction des dinosaures, groupe en pleine expansion à la fin du Crétacé. La majorité des gros animaux est décimée durant les deux premières phases. L'intense chaleur de la première, suivie du froid polaire de la seconde, et surtout la disparition des diverses chaînes alimentaires sont probablement suffisantes pour éliminer les dinosaures.

Quelles sont les espèces qui profitent du cataclysme ?


Au cours de ces bouleversements, les espèces des hautes latitudes et celles des grands fonds sont logiquement moins affectées que celles dont les besoins nécessitent de la lumière et de la chaleur. Celles qui survivent appartiennent à d’autres chaînes alimentaires, n’impliquant pas les plantes, ce qui leur permet de résister pendant la période d’obscurité.
Seuls, les petits animaux de moins de 25 kg subsistent en se nourrissant de racines, de graines, d’insectes et de vers. L'élimination de leurs concurrents directs, les dinosaures, facilite certainement leur développement en libérant des niches écologiques. Ainsi, les mammifères, petits animaux souvent nocturnes et arboricoles, qui avaient vécu pendant près de 130 millions d’années dans l’ombre des grand reptiles, se diversifient rapidement dès le début du Tertiaire.

La vie reprend


Les végétaux sont capables de survivre pendant de longues périodes d’extinction car leurs graines, spores ou rhizomes peuvent supporter des conditions défavorables pendant longtemps. Et, lorsque le soleil éclaire à nouveau la Terre, la plupart des plantes se développent à nouveau.


- 600 000 : éruption du Yellowstone, USA



Il y a une quarantaine d’années, les géologues découvrent l'existence d'un supervolcan sous le Parc Yellowstone aux USA. Un supervolcan équivaut à 1 000 volcans se réveillant en même temps.
Son éruption s’accompagne de tremblements de terre ressentis à des centaines de kilomètres.
Jusqu'à présent, les chercheurs se sont peu intéressés à cette classe de volcans car ils pensaient qu’ils étaient inactifs ou disparus.
Le Yellowstone a été en éruption il y a 2 millions d’années, puis 1,60 millions, et enfin 600 000 ans environ.
Ses explosions ont engendré des cataclysmes affectant la vie entière de la planète.
Les découvertes de fossiles montrent que des espèces animales sont mortes brutalement par intoxication liée aux cendres volcaniques.
A chaque éruption, un nuage volcanique entoure le globe pendant plusieurs années réduisant considérablement l'intensité du rayonnement solaire et affectant le climat de la terre. Le Yellowstone peut être à l’origine de certaines glaciations.

Yellowstone.


Geyser.


- 75 000 : éruption du Toba, Sumatra (Indonésie)



Magma : mélange de roche fondue, de gaz et de vapeur d’eau.

Caldeira : (vient d’un mot portugais signifiant chaudière) cratère de forme circulaire, mesurant de quelques kilomètres à plusieurs dizaines de kilomètres de large. Sa formation résulte de l'effondrement d'un volcan généralement après une éruption explosive.
Il y a environ 75 000 ans à Sumatra, en Indonésie, le volcan Toba déverse quelque 1 000 km3 de magma et 2 800 km3 de matières diverses (laves, cendres, pierres ponces, etc.) sur toute la région.
L’impact de l’éruption est colossal pour l’environnement et ne se limite pas aux abords du volcan.
La Terre connaît une baisse des températures de 3 à 5 °C, voire 10 °C au printemps, sous les moyennes et hautes latitudes. Mais les retombées restent difficiles à détecter en raison des conditions glaciaires de cette époque.
De cet épisode de notre histoire géologique, il ne reste aujourd'hui qu'un lac immense, le lac Toba, remplissant l'immense caldeira (30 kilomètres sur 100 pour 1 700 mètres de profondeur) créée par l'éruption. Actuellement, ce lac paisible ne montre aucun signe d'activité.


- 5500 : création de la mer Noire



Il y a 7 500 ans, la mer Noire est alors le plus grand lac du monde, alimenté par le Danube et le Dniepr. La mer Méditerranée envahit progressivement le lac, le "salinisant" peu à peu. C’est la conséquence de la fonte du glacier scandinave, seul rescapé de la dernière glaciation. La montée des eaux est de plusieurs mètres par jour, chassant des rives les populations néolithiques qui y vivent. Les traces de leur culture ont été retrouvé dans une douzaine de sites d'Europe centrale et du Moyen-Orient, sous forme de fragments de poteries, d’ornements abandonnés…
Il a fallu attendre le début des années 1990, et les campagnes océanographiques dans la mer Noire pour découvrir cet évènement. La cartographie des fonds sous-marins a dévoilé les rives noyées du lac disparu et la grande entaille creusée par les eaux d’inondation. Ces missions ont aussi permis la découverte de fossiles d’animaux d’eau douce.

Le Déluge.
Depuis l'Antiquité jusqu'à la fin de la première partie du XXe siècle, on n'a jamais pu identifier et dater avec précision le moindre cataclysme, faute de preuves et de textes explicites. On les connaît depuis toujours juste par leur nom : Apocalypse, Déluge, Atlantide, Ragnarök. La seconde moitié du XXe siècle permet des progrès décisifs et certains sinistres sont datés avec précision.

La mer Noire ou le déluge de Noé


Partout où les survivants s'installèrent, l’inondation devint un mythe fondateur mettant en garde et terrifiant les générations suivantes. On retrouve la légende d'une tragédie aussi terrible dans le tissu culturel de tous les peuples sous l’appellation de déluge. Pour certains, le déluge de la bible raconte la catastrophe de la mer Noire. Bien sûr, la légende a embelli l'histoire, mais Noé (ou un autre) pourrait être un rescapé du cataclysme. Cette hypothèse reste très discutée, d’autant que l’inondation de la mer Noire éjecte le déluge biblique de sa patrie religieuse.


- 1650 : éruption du Santorin, Méditerranée



Vers 1650 (± 50 ans) avant notre ère, le volcan Santorin, situé en Méditerranée entre la Grèce et la Turquie, se réveille brutalement. Durant deux jours, cendres et particules s’expulsent avec un fracas perçu à des milliers de kilomètres. Plus de 60 mètres d'épaisseur de pierres ponces recouvrent Santorin. Les poussières obscurcissent totalement le ciel de la Crète, et des quantités de cendres se retrouvent jusqu’en Egypte. Le climat s’en trouve perturbé pendant une dizaine d’années au Moyen-Orient.
Tsunami : raz-de-marée
Le volcan s'effondre sur lui-même pour former une caldeira, entraînant un gigantesque tsunami qui ravage l'ensemble des côtes méditerranéennes.
Les estimations sur la hauteur des vagues restent très approximatives, de 40 à 200 mètres selon les sources.
Les retombées de débris volcaniques ensevelissent l’île d’Akrotiri, provoquant la fin de la société qui l’occupait.
Située à proximité, la Crète, fleuron de la civilisation minoenne, est durement touchée. Essentiellement tournée vers le commerce maritime, elle perd l’ensemble de sa flotte ce qui diminue considérablement sa prospérité et son rayonnement international.

Santorin.

Les 10 plaies d’Egypte


Les 10 plaies d’Egypte de la bible sont à mettre en relation avec l’éruption du Santorin. Deux géologues, Bill Ryan et Gilles Lericolais, expliquent de manière rationnelle, la corrélation des deux événements.
Les traces géologiques montrent que l'Égypte, 700 km au sud-est du Santorin, est touchée par l’éruption volcanique. Les cendres du Santorin troublent les eaux du Nil et les teintent de rouge (plaie 1). De fait, on retrouve autour du Santorin bon nombre d’ignimbrites, des roches formées par l’accumulation de débris de laves acides, donnant à certaines plages de l’île une teinte carmin.
Les particules volcaniques en suspension sont à l’origine de l’obscurité (plaie 9) qui règne pendant plusieurs jours accompagnée de fortes averses de pluies et de grêle (plaie 7). Des pluies abondantes et exceptionnelles dans un milieu semi-désertique sont aptes à provoquer quelques semaines plus tard une prolifération catastrophique d’insectes : moustiques ( plaie 3) , taons (plaie 4) et sauterelles (plaie 8). On assiste alors à une invasion de grenouilles (plaie 2) se nourrissant à profusion de tous ces insectes.
Les autres plaies sont les conséquences sanitaires des précédentes : le développement des parasites provoque des maladies (plaie 6), puis la perte des troupeaux (plaie 5). S’ensuivent des famines, et des épidémies mortelles qui s'attaquent aux plus faibles dont les nouveau-nés (plaie 10).

Extraits du Livre de l'Exode, chapitres 7 à 12 : Les "10 plaies d'Égypte"


Plaie 1 : "toutes les eaux qui sont dans le Fleuve se changèrent en sang."
Plaie 2 : "les grenouilles montèrent et recouvrirent la terre d'Égypte."
Plaie 3 : "toute la poussière du sol se changea en moustiques..."
Plaie 4 : "des taons en grand nombre entrèrent (...) dans tout le pays d'Égypte..."
Plaie 5 : "tous les troupeaux des Égyptiens moururent..."
Plaie 6 : "gens et bêtes furent couverts d'ulcères bourgeonnant en pustules."
Plaie 7 : "Yahvé fit tomber la grêle sur le pays d'Égypte."
Plaie 8 : "Les sauterelles (...) couvrirent toute la surface du pays"
Plaie 9 : "il y eut d'épaisses ténèbres..."
Plaie 10 : "tous les premiers-nés mourront dans le pays d'Égypte" .

Le Nil.


Plaie 7.

Moïse et la traversée des eaux


Voici un passage de la bible qui peut passer du domaine du miracle à celui de phénomène rarissime mais réel : l’ouverture de la mer Rouge par Moïse. La bible relate que le peuple hébreu franchit la mer Rouge grâce à un miracle de Moïse. Celui-ci aurait ouvert les flots pour laisser passer son peuple, et les aurait refermés sur leurs poursuivants, qui moururent noyés.
L’explosion du Santorin donne aux chercheurs une explication rationnelle à ce mythe. Suite à l’éruption volcanique, de fortes bourrasque se forment.
En soufflant plusieurs heures dans le golfe de Suez, les vents repoussent les eaux de faibles profondeurs en un mur de 2,5 mètres de hauteur. Un simple changement de direction des vents suffit à effondrer les murs d’eau.

Traversée de la mer Rouge.


- 373 : séisme à Helike, Méditerranée



Un séisme détruit la puissante cité grecque d’Helike, sur la côte Sud du golfe de Corinthe. Quelques heures plus tard, la ville est submergée par un tsunami, et ses ruines sont encore visibles sous l’eau après plusieurs siècles. Les interprétations actuelles de ce récit mettent en jeu un gigantesque glissement sous-marin dû à des vibrations sismiques, qui aurait engendré une puissante vague submergeant la partie basse de la cité et entraînant sous l’eau, à une dizaine de mètres de profondeur, plus d’un kilomètre de côte. L'emplacement exact de cette cité est un problème pour l'archéologie depuis cinquante ans, la principale question étant : la ville est-elle sous l’eau ou sous terre ?


79 : éruption du Vésuve, Italie



La précédente éruption du Vésuve était si ancienne qu’elle n’avait laissé aucun souvenir dans la mémoire collective, si bien que des cités florissantes -Pompéi, Herculanum et Stabies- se sont développées au pied du volcan.

Eruption du Vésuve.


Eruption du Vésuve.


Eruption du Vésuve.

Lapilli (ou pierre ponce) : pierres très légères
En 79, après quelques jours de tremblements de terre de plus en plus forts, le Vésuve entre en éruption. Pendant trois jours, Pompéi subit une pluie ininterrompue de cendres et de lapilli formant une couche de 6 à 7 mètres d’épaisseur et plongeant la baie de Naples dans l’obscurité. Les victimes sont tuées instantanément au contact de la chaleur et statufiés par les cendres.

Pluie de lapilli.

Les cités restent ensevelies pendant dix-sept siècles. Personne ne se souvient de leur emplacement. Au XVIIIe siècle, la charrue d'un paysan heurte par hasard des restes d'Herculanum. Les fouilles qui suivent permettent de redécouvrir ces cités antiques gardées intactes. On découvre les temples, les habitations, les peintures…
Quoique loin d’avoir touché le monde entier, la disparition de Pompéi a gardé une place à part dans l'Histoire. Bénédiction pour les archéologues et les artistes, cette cité constitue un document capital sur ce que pouvait être une cité romaine.

La destruction de Pompéi.

Le récit de la catastrophe nous a été laissé par un contemporain de l’époque, Pline le Jeune. Son nom est d’ailleurs utilisé pour décrire l’éruption volcanique similaire: l'éruption plinienne qui se caractérise par de très grosses explosions avec projections de cendres, violentes et dangereuses.


Pline le Jeune notant les observations sur l'éruption du Vésuve.

L’Atlantide


Qu'une civilisation grandiose ait pu exister et disparaître subitement, voilà qui a de quoi fasciner. Un nom, l'Atlantide, résume cette histoire ou ce mythe. Le mot évoque une île mystérieuse, et un peuple, fondateur d'une culture brillante, brusquement submergée par la mer, il y a 11 000 ans.
Platon la décrivait, 7 000 ans après sa disparition, comme une ville riche et très puissante. Les Grecs pensaient qu’elle avait été détruite par Zeus pour punir ses habitants de vivre dans la dépravation et la corruption.
L’Atlantide est oubliée durant tout le Moyen-Age mais elle suscite l’intérêt au siècle des découvertes. Là, des sites aussi variés qu'insolites sont proposés. Certains avancent l'île de Santorin en Grèce, d'autres les Açores, ou encore l'Irlande, voire même plus cocasse, Cuba ou la mer de Chine. Il n'y a rien d'anormal à trouver des atlantides partout, quand on sait que le niveau moyen des mers a monté de 110 mètres en 15 000 ans et que la terre a subi de nombreux cataclysmes.

On a découvert l'Atlantide... encore !


En novembre dernier, un Américain annonce la découverte des restes de l’Atlantide dans l’Est de la Méditerranée, entre l'île de Chypre et la Syrie. Sous les eaux, on distingue une colline, l’acropole et des murs. Pour l'instant, il est encore trop tôt pour exhiber des preuves tangibles, car la cité est ensevelie sous les sédiments.


1452 : éruption du Kuwae, Nouvelle-Calédonie



La tradition orale relate dans une légende la disparition, au cours d’un cataclysme volcanique, d’une terre nommée Kuwae qui englobait les îles actuelles d’Epi et Tongoa. Celles-ci sont recouvertes d’épais dépôts de cendres et de ponces, caractéristiques d’éruptions explosives de grande amplitude.
L’intensité éruptive est comparable à celle de l’éruption de Santorin. Une violente crise sismique accompagne la formation d’une caldeira de plus de 60 km2.
Le cataclysme pulvérise plus de 25 km3 de roches dans l'atmosphère, perturbant le climat à l’échelle planétaire durant plusieurs années. De nombreux écrits relatent un climat anormalement froid en Asie et en Europe et on note une baisse de la température de 0,50 à 1 °C.


1703 : tsunami à Awa, Japon



Un tsunami fait 100 000 victimes.


1755 : séisme, Lisbonne



La capitale portugaise est presque entièrement détruite par trois secousses sismiques d'une extraordinaire violence. Plusieurs raz-de-marée suivent le séisme et de nombreux incendies se déclarent. Le tremblement de terre est ressenti dans toute l'Europe, jusqu’en Ecosse et en Suisse. Le bilan humain est lourd : 60 000 morts.

Le tremblement de terre devient un évènement intellectuel. Religieux, scientifiques et philosophes y voient l'occasion de débattre de la miséricorde divine et des mérites de la recherche scientifique.

Cet événement inspire Voltaire dans un des chapitres de "Candide". L'auteur tourne en dérision la science et la connaissance comme moyens de faire progresser l'ensemble de l'humanité.
Mais ses contemporains se montrent dans l'ensemble plus perspicaces. Ils voient dans le tremblement de terre de Lisbonne un motif pour accélérer les recherches afin de comprendre et maîtriser les phénomènes naturels. C'est la première fois que l'on tente une explication scientifique pour un séisme.

Lisbonne après le tremblement de terre.


1783 : éruption du Laki, Islande



Commencée en 1783, l’éruption dure 8 mois. Ce volcan comprend 115 cratères sur une longueur de 25 km. Les épanchements de laves sont abondants. En revanche, les cendres volcaniques représentent un volume assez faible.
Cette éruption constitue la plus grande catastrophe de l’Islande. Les dégâts matériels sont considérables. Les effets les plus néfastes sont dus aux émissions de cendres et de gaz qui polluent les eaux et les pâturages. Aucune perte humaine n’est causée directement par les coulées de laves. Mais les récoltes et le bétail sont lourdement touchés entraînant épidémies et famines parmi la population. Entre 1783 et 1786, la mortalité islandaise et de l’ordre de 22 %. La même année, une autre éruption se déroule au Japon accentuant les effets du Laki. Les poussières volcaniques et les gaz causent une brume bleuâtre s’étendant dans l’hémisphère nord, accompagnée d’une baisse de la température de 1 °C.
En France, les famines qui suivent l’éruption du Laki, favorisent le mécontentement général, et la multiplication d’émeutes. Certains font le lien avec le déclenchement de la Révolution française de 1789.


1792 : éruption de l’Unzen, Japon



Depuis 20 000 ans, l'activité du volcan Unzen se caractérise par des éruptions hautement explosives, des coulées de laves et des tsunamis.
En mars 1792, alors que le volcan a cessé de rejeter de la lave depuis environ un mois, tout un flanc s'effondre, libérant une énorme coulée de boue sur les quartiers sud de la ville de Shimabara, et causant un gigantesque tsunami. En tout, plus de 14 500 personnes périssent. Après une période de repos de près de 200 ans, le mont Unzen se réveille soudainement en novembre 1990. Il constitue actuellement une des plus fortes menaces naturelles pesant sur le Japon.


1815 : éruption du Tambora, Indonésie



Le Tambora est situé sur l'île de Sumbawa, à l'est de l'archipel indonésien. C’est un énorme volcan de 60 km de diamètre et 2 850 m d'altitude avec, au centre, une caldeira de 6 km de diamètre, formée lors de l'éruption de 1815. Cette année-là, l'éruption décapite volcan, lui faisant perdre 1 500 m d'altitude en quelques heures. Les explosions sont violentes et s’entendent jusqu’à 1 500 km. Des nuages de cendres assombrissent l'atmosphère et détruisent une superficie aussi grande que celle de la France. Des îles se créent par l'accumulation de ces cendres.

1816 est appelée "l'année sans été". Avec des gelées au mois d'août, les récoltes sont catastrophiques, entraînant des famines aux USA, en Europe, et en Extrême Orient. Ces effets sont accentués par plusieurs éruptions intervenus dans les années précédentes : aux Açores en 1811, à la Soufrière de Saint Vincent (Antilles) et à l'Awu (Indonésie) en 1812, au Vésuve en 1813 et au Mayon (Philippines) en 1814. Environ 92 000 personnes meurent, dont 80 000 des conséquences dés éruptions. La famine favorise la grande épidémie de choléra qui débute en Inde avant de se propager à travers l’ensemble du globe.

En Europe, on assiste à de magnifiques couchers de soleil liés à la matière volcanique en suspension, qui accentue la couleur rouge. Ce phénomène inspire le peintre anglais William Turner, qui en fait de remarquables aquarelles.


27 août 1883 : éruption du Krakatoa, Indonésie



A 40 km à l'ouest de Java, le Krakatoa, ou "mont silencieux", explose en août 1883. Le volcan se volatilise. Les poussières se retrouvent à plus de 70 kilomètres dans l'atmosphère, tandis que l'effondrement du cratère entraîne la formation d’une caldeira, qui déclenche une série de tsunamis. Les raz-de-marée successifs engloutissent les villes et villages côtiers sur les îles de Java et de Sumatra, faisant 36 400 morts. Les vagues traversent les océans Pacifique et Indien, la côte de l'Ouest de l’Amérique du Nord et de l’Amérique du Sud, ainsi que la Manche.
Les poussières volcaniques projetées dans l'atmosphère affecte le climat terrestre pendant plusieurs années avec une chute des températures moyennes de 0,3 °C. L'énergie totale dégagée par la plus grande explosion de cette éruption est équivalente à 150 mégatonnes de TNT. Pour comparaison, la bombe atomique d’Hiroshima correspond à
20 kilotonnes soit 7 500 fois moins. L'explosion s’entend jusqu’en Australie, située à plusieurs milliers de kilomètres.
L’éruption du Krakatoa est souvent comparée à celle du Santorin, dans l’Antiquité, en raison de son caractère explosif et des tsunamis particulièrement destructeurs qui s’ensuivirent.

Rougeurs crépusculaires produites lors de l'éruption du Krakatoa.


8 mai 1902 : éruption de la montagne Pelée, Martinique


Nuée ardente : mélange de gaz brûlant et de lave incandescente entouré d'un nuage de poussières, coulant le long d'un volcan. Elle peut atteindre plusieurs centaines de kilomètres/heure et se déplacer sur de très grandes distances. Sa température avoisine les 200 à 500 °C.
Eruption péléenne : éruption volcanique dont la lave se solidifie en construisant une aiguille rocheuse.

En 1902, alors qu'on croit le volcan éteint, des fumées s'élèvent dans les airs en répandant une forte odeur d'œuf pourri. Quelques jours plus tard, le 5 mai au matin, une gigantesque explosion se produit et une nuée ardente dévale les flancs de la montagne. Les vulcanologues, pris en défaut, découvrent alors un type d'éruption inédit, auquel ils donneront le nom de "péléen".

En quelques instants, la ville de Port-Saint-Pierre, éloignée de 6 km, est détruite par l'éruption volcanique. 28 000 personnes meurent brûlées ou asphyxiées. Il ne reste qu’un survivant : le prisonnier, protégé par les murs de son cachot.
Les dépôts de cendres, que l’on retrouve sur l’ensemble des îles antillaises, font office d’engrais, augmentent les rendements agricoles l’année suivante.

Saint-Pierre de la Martinique avant sa destruction par l'éruption de la montagne Pelée.


Saint-Pierre de la Martinique après l'éruption de la montagne Pelée.


18 avril 1906 : séisme, San Francisco



Petit village en 1848, c’est à la "ruée vers l’or" que San Francisco doit sa fortune. En 1906, elle est la 9e métropole des Etats-Unis avec 400 000 habitants. Cette cité en plein essor est dévastée par un tremblement de terre (d'une magnitude de 8,5 sur l'échelle de Richter) et par les incendies qui suivent, déclenchés par la rupture des conduites de gaz. La catastrophe entraîne la mort de près de 1 000 personnes et la destruction totale de la ville. Le séisme se traduit par un élargissement considérable de la faille de San Andreas, un phénomène géologique qui tend à détacher la Californie du continent américain.


30 juin 1908 : météorite géante, Sibérie



Le cataclysme de Toungouska, survenu dans une région désertique de Sibérie, constitue un des grands mystères scientifiques du XXe siècle. Le 30 juin 1908, un objet non identifié explose à 8 000 mètres au dessus de la région de Toungouska en Sibérie centrale.
L'onde de choc, comparable à 1 000 bombes d’Hiroshima, ravage 2 000 km² de taïga (la moitié d’un département français).
La nature exacte du corps - longtemps considérée comme une météorite - demeure encore aujourd’hui un mystère.


22 mai 1960 : séisme et tsunami, Chili et Japon



Le 22 mai 1960, un séisme de 9,5 sur l'échelle de Richter (la plus haute magnitude jamais enregistrée) se produit près du rivage chilien provoquant des modifications de la côte. Il déclenche un tsunami détruisant toutes les localités côtières sur une distance de 900 km. Il parcourt ensuite l’Océan Pacifique jusqu’à Hawaii, puis, 22 heures plus tard, des vagues hautes de 6 à 10 mètres s’écrasent au Japon et aux Philippines. Le nombre de morts est estimé à 3 000, principalement au Chili, le système d'alerte des tsunamis ayant permis de limiter le nombre de victimes dans les régions côtières du Pacifique. Les dégâts sont estimés à 50 millions de dollars au Japon, 24 millions à Hawaii et plusieurs millions le long de la côte ouest des Etats-Unis et du Canada.

Séismes égaux ou supérieurs à 9



* Chili : 9,5 (1960)
* Sumatra, Indonésie : 9,3 (2004)
* Alaska, États-Unis : 9,2 (1964)
* Alaska, États-Unis : 9,1 (1957)
* Kamtchatka, ex-Union soviétique : 9,0 (1952).


1991 : éruption du Pinatubo, Philippines



Le Pinatubo ne figurait pas parmi les volcans actifs. Pourtant, dès juin 1991, après 600 ans de calme, des coulées de magma s’étendent, suivies d’explosions projetant des cendres et des pierres ponces sur toute la région. Le volcan répand sur Manille l'équivalent de 71 millions de semi-remorques de cendres, qui forment un dépôt de 5 cm sur 4 000 km2. En tout, le Pinatubo projette des gaz et des poussières jusqu’à 20 km d’altitude, entraînant la diminution du rayonnement solaire et le refroidissement de la Terre de 0,10 à 0,50 °C pendant les années qui suivent. Des chercheurs supposent que cette éruption a pu avoir comme conséquences les ouragans Andrew et Iniki à l'automne 1992, et les pluies abondantes dans le Midwest américain à l'été 1993. Les pertes en vies humaines sont faibles, comparées à l'importance de l'éruption : 1 000 individus environ. Le système d'alerte et le plan d’évacuation mis en place ont permis d'éviter un plus grand désastre humain.


18 mai 1980 : éruption du mont Saint-Helens, USA



Après plus d'un siècle de repos, le 18 mai 1980, le volcan libère des tonnes de cendres et de roches brûlantes.
Un vent d'une puissance incroyable, lié à la projection de gaz, souffle tout sur son passage. La nuée ardente parcourt 25 km en moins de 30 secondes avec des températures atteignant les 260 °C.
L'éruption n’est pas verticale mais horizontale. Elle détruit tout un flan du volcan, qui perd 396 mètres d'altitude.
L’éruption est beaucoup plus importante que ce que les volcanologues avaient prévu. L'avalanche et les coulées de débris qui suivent tuent 57 personnes, stoppent le cours de la rivière Columbia et coupent les autoroutes et les lignes ferroviaires. L'explosion dévaste 596 km2 et détruit les forêts pour une valeur estimée à plusieurs millions de dollars.
Les cendres et les poussières volcaniques s’élèvent a 20 km d’altitude, entraînant une baisse de la température de 0,10 °C dans l’hémisphère nord.


26 décembre 2004 : séisme, Sumatra



Le 26 décembre 2004, un séisme d'une magnitude de 9,3 sur l'échelle de Richter se produit dans l'océan Indien, au large des côtes de Sumatra. C’est le second séisme jamais enregistré par son intensité, après celui du Chili en 1960 qui s’élevait à 9,5. Plusieurs dizaines de milliers de personnes périssent à Sumatra, enfouies sous les habitations. Cette catastrophe est dramatiquement aggravée par la formation de tsunamis, qui se propagent à travers l'océan Indien, faisant près de 300 000 victimes.
Les vagues balayent les côtes d'Indonésie, du Sri Lanka, de l'Inde méridionale, de Thaïlande, des Maldives et de plusieurs autres pays bordant l'océan Indien. Des côtes africaines distantes de près de 6 000 kilomètres sont touchées.
Le bilan catastrophique s’explique par plusieurs raisons : les populations ne sont pas préparées à ces catastrophes. Il n’y a d’ailleurs aucun dispositif de surveillance des tsunamis dans l’océan Indien.
Depuis 1998-1999, la région n’avait pas connu de séisme important. Le glissement de la plaque australienne sous la plaque indonésienne était bloqué. Lorsque le verrou a cédé, le brusque réajustement des plaques tectoniques a permis le déplacement de la plaque supérieure d'une vingtaine de mètres vers le haut, soit l'équivalent d'un immeuble de six étages. Le phénomène qui, a duré au moins 3 minutes, a provoqué une insignifiante diminution de la longueur du jour de quelques microsecondes ainsi qu'un déplacement des pôles de l'ordre de quelques centimètres (phénomène rare observé la dernière fois en 1963 lors d'un séisme en Alaska).
Les cartes de la région sont toutes à revoir, car des éléments du relief (côtes, collines…) se sont déplacés. Plusieurs îles au sud-ouest de Sumatra pourraient s'être déportées de 20 mètres.

Tremblement de terre suivi d'un tsunami à Sumatra en 1861.

Bibliographie



Cliquez sur le lien ci-dessous pour télécharger la bibliographie de ce dossier au format PDF.

Note : vous pouvez également faire un clic-droit et choisir de télécharger le fichier directement sur votre ordinateur.

Bibliographie PDF