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Theatrum Florae
Daniel Rabel, 1622


En complément : La « tulipomania »
La tulipe n’est pas native des Pays-Bas. C’est une fleur orientale, originaire des chaînes montagneuses du nord de l’Himalaya, relativement discrète mais infiniment variée de nuances et de formes. Ce n’est que plusieurs siècles après avoir quitté son lieu de naissance, au milieu du XVIe siècle, que la tulipe a retenu l’attention de l’Europe.
Personne ne sait vraiment comment la première fleur partit d’Asie. Toutefois, on dit qu’en 1562, un navire chargé de tissus d’Istanbul entra dans le port d’Anvers avec à son bord des bulbes de tulipe. Le destinataire pensant qu’il s’agissait d’oignons turcs les planta dans son jardin. Au printemps, suivant d’étranges fleurs aux pétales rouges et jaunes éclatant s’épanouirent. Il compris que ces fleurs insolites devaient être préservées et confia quelques bulbes à un ami commerçant et passionné de botanique nommé
Joris Rye.
Planche de tulipes.
Celui-ci correspondit avec ses amis botanistes dont faisait partie Claudius Clusius, botaniste exceptionnellement doué.
Dans un tout premier temps, la tulipe fut cultivée dans un but alimentaire, mais son amertume ne fit de ce bulbe qu’une friandise originale.

Petit-à-petit, Clodius cultiva ce bulbe pour sa fleur. Sa correspondance avec des botanistes de l’Europe entière fit très rapidement connaître cette toute nouvelle fleur.
 
Quelques années plus tard, Clodius fut engagé par l’Université de Leyde pour réaliser un jardin botanique. Disposant d’un carré de terre destiné à ses expérimentations, il cultiva des bulbes de tulipe. Différentes espèces furent plantées les unes après les autres et les premières hybridations furent effectuées offrant des tulipes de plus en plus originales. Clodius n’était pas le seul à cultiver les tulipes et à les hybrider, mais il fut véritablement le seul à bien les connaître, sachant les classer et les regrouper clairement dans des catalogues.
Les tulipes de l’époque étaient plus belles que les variétés courantes actuelles. Celles qui avaient le plus de valeur présentaient des pétales flammés aux dessins complexes comme on n’en a pas revu. Elles étaient irrésistibles, dit-on.
 
Son jardin devenant spectaculaire, Clodius attira les convoitises. Beaucoup voulaient s’approprier ses fleurs : des connaisseurs envieux, des personnes souhaitant suivre cette nouvelle mode mais aussi des commerçants voyant un marché nouveau à exploiter. Mais Clodius n’avait pas assez de bulbes pour répondre aux demandes de toutes ces personnes Il découvrit à plusieurs reprises son jardin pillé et dût abandonner la culture des tulipes.
 
Ces vols à répétition entraînèrent une rapide dissémination des bulbes de tulipe du nord au sud des Pays-Bas. La popularité de la fleur devint rapidement ingérable, provoquant le phénomène de la « tulipominia ». La production de bulbes étant limitée, la rareté fit monter très rapidement les prix de ces fleurs nouvelles.
En France, à la cours de Louis XIII, les variétés de tulipes les plus en vogue étaient aussi prisées que les diamants.
Vers 1620, les fleuristes commencèrent à faire des bénéfices importants sur ces bulbes. Beaucoup se lancèrent dans l’aventure de la culture du bulbe de tulipe et pour beaucoup sans rien n’y connaître. Le nombre d’amateurs de tulipes augmentant considérablement, le prix des plus beaux spécimens suivaient la même progression. La hausse s’accéléra surtout au cours des années 1635 et 1636, où la valeur de certains bulbes pouvait doubler en un peu plus d’une semaine. La « tulipomania » devait atteindre son pic durant deux mois de démence : décembre 1636 et janvier 1637. Le prix le plus élevé vérifié, à cette date, pour un bulbe de tulipe fut 5 200 guilders (l’unité monétaire de la République hollandaise de l’époque). Sachant que le revenu annuel d’un charpentier de l’époque était de 250 guilders. Le prix était astronomique. Jusqu’au krach boursier de 1637 où, sans aucun signe avant-coureur, le cours du bulbe de tulipe chuta considérablement du jour au lendemain. En quelques jours, les fleurs ne valurent plus que le dixième de leur ancienne valeur et souvent beaucoup moins. A la fin de février 1637, certains riches citoyens avaient perdu toute leur fortune et ceux qui avaient lourdement investi dans la tulipe affrontaient la banqueroute et la ruine.
 
Si les contemporains de cette "tulipomania" ne parvinrent pas à expliquer ce phénomène, on n’est guère plus avancé aujourd’hui sur les raisons de cet engouement…