Pierre-Antoine Poiteau - Pomologie française, recueil des plus beaux fruits cultivés en France


Cet ensemble de 4 volumes de Pomologie française, au format in-folio, est d'une exceptionnelle qualité. L'ensemble des 430 planches en fait toute la valeur. L'incomparable talent de Pierre-Antoine Poiteau se révèle dans le velouté et le volume qu'il apporte à la représentation de ses fruits.

Titre : Pomologie française, recueil des plus beaux fruits cultivés en France. Ouvrage orné de magnifiques gravures avec un texte descriptif et usuel.
Auteur : Pierre-Antoine Poiteau
Edition : Paris, Langlois et Leclercq, 1846. 4 volumes
Format : In-folio (43 cm), non paginé


L’auteur : Pierre-Antoine Poiteau



Pierre-Antoine Poiteau est né à Ambleny, près de Soissons, le 23 mars 1766.
De parents très modestes, il n'a pas la chance de faire des études, mais il pratique très tôt le jardinage. A seulement 20 ans, il est admis comme chef jardinier dans un couvent de sa région natale. Mais, insatisfait de ce poste, il préfère tenter sa chance à Paris.
Dans un premier temps, Poiteau offre ses services à des maraîchers et des fleuristes parisiens. En multipliant ces expériences, l'art du jardinage n'a plus aucun secret pour lui. Conscient de son talent, il postule au Jardin des Plantes en 1789 où Monsieur Thouin (responsable du jardin) l'admet comme jardinier.
A 24 ans, Poiteau réalise que son manque d'instruction l'handicape. Il prend alors son courage à deux mains et, tout en portant ses arrosoirs, récite les déclinaisons latines et la grammaire française. Les ouvrages de botanique de Linné sont désormais à sa portée. En 1791, Thouin, fier du talent et de l'ambition de son protégé, le nomme chef de l'Ecole de botanique.
En 1794, Poiteau fonde, à Bergerac en Dordogne, un établissement agricole et un jardin botanique. Mais, par manque de fonds, le projet avorte, laissant Poiteau sans emploi. Pour subvenir à ses besoins, il est contraint accepter un poste « alimentaire » où, par chance, son supérieur, passionné de botanique, lui propose de publier une Flore d'Agen.
En 1796, Thouin sollicite Poiteau pour une mission naturaliste à Saint-Domingue. Cette mission s'engage très mal, suite à un problème à l'embarquement. Poiteau se retrouve sans papier justifiant sa mission et, dès son arrivée sur l'île, est jeté en prison. Un commissaire, passionné de botanique et disposé à utiliser les talents du naturaliste, le prend sous sa protection et lui offre de financer la création d'un jardin botanique. Le projet est lancé, mais Poiteau tombe gravement malade et perd son financement. Le projet reprendra, grâce au soutien d'un général des Etats-Unis, permettant à Poiteau de finir décemment sa mission sur l'île. Il revient en France en 1802 avec d'importantes collections, dessins et manuscrits de ses découvertes (600 paquets de graines, 1 200 espèces dont 97 champignons).
En 1815, il est nommé aux pépinières royales de Versailles. Mais, aventurier dans l'âme, Poiteau repart, en 1818, cette fois pour la Guyane, diriger les cultures et habitations royales. Il revient en France en 1822 avec de nouvelles collections d'animaux, herbiers, notes et dessins.
En 1822, Fontainebleau lui ouvre ses portes, il est nommé jardinier en chef du château.
De 1828 à 1848, il est rédacteur en chef des Annales de la Société Centrale d'Horticulture et de la publication du Bon jardinier, puis il est nommé professeur à l'Institut agricole de Fromont. Poiteau dirige le jardin botanique de l'Ecole de médecine, puis celui du Muséum d'histoire Naturelle auquel il fera cadeau de tous ses animaux et plantes rapportés de Guyane.
Il meurt en 1854 à 88 ans.
On lui doit un grand nombre de mémoires de botanique : Pomologie Française, Histoire naturelle des orangers (1818-1820), Traité des arbres fruitiers (1818-1828).

L’œuvre : Pomologie française, recueil des plus beaux fruits cultivés en France.


Cet ouvrage a été mis en dépôt à l'AREHN par le Muséum d'Histoire Naturelle de Rouen.
Dans ces quatre tomes de pomologie, Poiteau ne fait pas l'inventaire complet de tous les fruits connus de l'époque. L'âge avancé du botaniste le freina dans son travail : entrant dans sa 79e année il devait limiter ses déplacements et ses recherches. Notons toutefois que des 397 variétés comestibles décrites dans l'œuvre, 96 sont totalement nouvelles à la parution de l'ouvrage. Ainsi, le recueil de Poiteau n'en reste pas moins une œuvre capitale. Car la qualité d'un dessin botanique ne tient pas uniquement au talent de l'artiste. A la différence d'une œuvre d'art, un dessin botanique doit impérativement être réaliste et précis. Les différentes étapes de la formation de la fleur jusqu'au mûrissement du fruit s'échelonnent dans le temps.

Page de titre


Depuis le XVIe siècle, les artistes regroupent dans le même dessin la fleur en bouton, le bouquet floral, et les fruits arrivés à maturité sur un rameau feuillu. Cette évolution est représentée soit sur une même branche, soit dans une série de détails autour d'un dessin central. L'artiste ne signale pas qu'il s'agit d'une convention d'illustration, ce qui peut prêter à confusion.
Les gravures de fruits de cet ouvrage sont d'une exceptionnelle qualité, tant par la richesse du dessin que par les coloris d'une rare perfection. Seulement, pour l'époque, cette perfection, à laquelle s'ajoutent les dépenses d'un format in-folio et une typographie de choix, éleva le prix des quatre volumes à la somme énorme de 600 francs, permettant l'accès de cet ouvrage à très peu d'horticulteurs ou de passionnés.
Les 4 volumes sont tous présentés de la même façon : une présentation écrite de l'espèce sur quelques pages, suivie des différentes variétés avec une autre présentation écrite (le nom de l'espèce est en français, suivi en dessous du nom en latin) et, une planche gravée en page de gauche représentant le fruit.
L'artiste peintre est, bien sûr, Poiteau, mais la gravure est confiée à plusieurs graveurs dont Bocourt, Bouquet et Gabriel.
Le début de chaque page écrite est orné d'une très belle lettrine.

Lettrine S


Liste des différents volumes :

Premier volume : Introduction sur la connaissance des végétaux de 63 pages.
Description générique, histoire usage et cultures 111 fruits : 14 amandiers, 39 pêchers, 9 abricotiers et 49 pruniers.

Deuxième volume : Description générique, histoire, usage et cultures de 98 fruits : 27 cerisiers, 1 olivier, 9 citronniers, 1 arbousier, 5 épine-vinettes, 13 vignes, 2 pavias, 1 cornouiller, 1 asiminier, 4 framboisiers, 26 fraisiers, 2 muriers, 2 plaqueminiers, 1 grenadier, 2 pistachiers et 1airelle.

Troisième volume : Description générique, histoire usage et cultures de 138 fruits : 31 groseillers et 107 poiriers.

Quatrième volume : Description générique, histoire usage et cultures de 83 fruits : 58 pommiers, 3 cognassiers, 4 néfliers, 4 azeroliers, 3 noyers, 8 noisetiers, 2 châtaigniers, 2 pins et 2 figuiers.

Abricot noir à feuilles de pêcher


En complément : Le pommier de Normandie



Pomme Lelieur
C'est approximativement au crétacé que les angiospermes - dont le pommier fait partie - se développèrent sur notre planète. Vraisemblablement, Malus acerba ou Malus sylvestris, producteurs de pommes sauvages, seraient apparus vers la fin du tertiaire. Le Malus sylvestris étant retrouvé à l'état sauvage dans les forêts de Gaule. Il semblerait que les romains cultivaient déjà 24 variétés de pommiers. Mais ce sont les religieux qui ont surtout contribués à obtenir et à répandre les nombreuses variétés que nous connaissons. Il est vraisemblable que les Normands obtinrent du pays basque des variétés de pommiers dont Malus dasyphylla originaire de l'Asie mineure. L'introduction du pommier cultivé en Normandie daterait du XIIe siècle.
De vieux ouvrages mentionnent, en 862, la présence d'allées de pommiers entourant l'abbaye de Saint-Wandrille (Seine-Maritime). Aux XIIe et XIIIe siècles, les pommiers poussaient à l'état sauvage dans les forêts de Beaumont, des Andelys, d'Evreux (Eure) et de Bris (Somme). Puis, ils furent greffés avec des plants rapportés de Navarre, aux XIVe et XVe siècles.
On découvre sur la tapisserie de la reine Mathilde (Musée de Bayeux, Calvados), des pommes stylisées, nous apportant peut-être la preuve de l'existence du pommier en Normandie dès le XIe siècle.
Les sols légers et légèrement acides de Normandie conviennent aux pommiers, ce qui explique sans doute son acclimatation dans notre région.
Depuis que les paysans normands cultivent la pomme, leur objectif est la productivité, n'hésitant pas à planter les arbres fruitiers sur n'importe quel sol, dont on avait une connaissance très sommaire. Ce n'est qu'au XIXe siècle, après des observations répétées sur les sols de culture des pommiers, que les plantations ont été plus réfléchies. En parallèle, de nombreuses sociétés d'agriculture récompensaient, chaque année, les cultivateurs améliorant la qualité de leur pommes. Des fonds furent débloqués pour la Faculté des Sciences de Caen (Calvados) qui se spécialisa dans la recherche sur les maladies de la pomme dans les années 1880. Son doyen, M. Morière, vulgarisa au maximum les résultats de ses expériences auprès des fermiers et propriétaires de Normandie.

Les dizaines de millions de pommiers, existant au début de siècle, ont subi une érosion lente (qui perdure encore aujourd'hui) sous l'effet du vieillissement, de l'arrachage prôné par l'Etat, des tempêtes, des maladies et du manque d'entretien. En 1929 il y avait 5,3 millions de pommiers ; ils n'étaient plus que 1,9 millions en 1990.

L'idée du "pré-verger" - cultiver l'herbe pour le bétail et le fruit - a été un progrès indéniable. Comment un système si productif au XIXe siècle a-t-il connu une telle hécatombe ? Tout d'abord, le "pré-verger" est inadapté aux nouveaux standards agricoles. Le résultat est la séparation de la production du fruit et de l'herbe. La deuxième cause est l'obligation faite aux propriétaires de choisir entre deux métiers (non prise en compte des systèmes mixtes au niveau des aides communautaires).
Grâce à la mobilisation depuis 20 ans des associations pomologiques (association pomologique de Haute-Normandie, Croqueurs de pommes...), on redécouvre l'intérêt du verger, tant du point de vue de la biodiversité que du patrimoine.

Sources



Sur le portrait de Poiteau in : Bulletin du MNHN. 1896 (cote Pr-260 2-1896)

Biographie universelle ancienne et moderne, Michaud. 1811-1862. tome 33, p. 601-602 (4°B1)

M. Poiteau (Antoine) 1766-1854, Eloge historique, Robinet. In : Biographie des membres de la société centrale d'agriculture de France. 1874. P.69-102 (In-8°, 8°-B549)

L'illustration botanique, William Wheeler. Les éditions du Carrousel, Paris 1999. p. 70-71.

Le pommier à cidre en Normandie, J. Chaïb. In : Actes du muséum de Rouen. 1986

La belle histoire du cidre et du Calvados...racontée par la carte postale ancienne, Michel Hébert, Philippe Coligneaux. Charles Corlet, Condé-sur-Noireau, 1998.

Plus que vingt printemps pour nos prés-vergers ? In : La lettre du bocage, n°4, février 2000.

Le verger actuel : à la croisée des chemins, J. Chaïb. In : Le viquet, N°77, 1987.

Le guide des pommes, J-L. Choisel. Hervas, Paris, 1996.

www.lapomme.org