Nova plantarum americanarum genera - Carolo-P. Plumier


Charles Plumier est l’un des plus grands naturalistes explorateurs de son temps, botaniste du roi Louis XIV. Il laisse une place dans l’histoire de la botanique par ses descriptions fondamentales des plantes d’Amérique du sud et les magnifiques dessins qui les accompagnent, mais aussi par son système précurseur de classement des végétaux en genres, qui inspirera Linné.

Titre : Nova plantarum americanarum genera
Auteur : Carolo-P. Plumier
Edition : Paris : Boudot J., 1703
Format : in-4°

L’auteur : Charles Plumier



Charles Plumier naît à Marseille, le 20 avril 1646, dans une famille modeste. Il montre de bonne heure un esprit brillant et une grande appétence pour les sciences. Très jeune, il entre dans l’ordre religieux des Minimes, où sa curiosité à apprendre ne va qu’augmentant. Il étudie les mathématiques, la physique, mais aussi la peinture, pour laquelle il développe des dons remarquables, ou encore l’art de tourner le bois.

Il est ensuite envoyé à Rome, au couvent de la Trinité du Mont. Il y suit les cours de botanique de deux membres de sa congrégation, Philippe Sergeant et De Onophrüs ; il y rencontre également le fameux botaniste sicilien Paolo Boccone. Son sort est scellé : de toutes ces rencontres naît une ardente passion pour la botanique, qui détrône son goût pour les mathématiques.

Il revient en France, en Provence, où il se lie avec Joseph Pitton de Tournefort et Pierre Garidel. Ensemble, ils échangent leurs idées et leurs points de vue, novateurs, sur les problèmes de classification. Plumier herborise avec eux, profitant d’une autorisation de son ordre pour récolter les plantes des côtes du sud de la France, Provence et Languedoc. Ces années lui permettront de se lier avec différents savants et de se faire un nom dans la science provençale.



Guy-Crescent Fagon, directeur du jardin botanique du Roi, et son ami Michel Bégon, botaniste intendant des îles françaises d’Amérique, sont chargés par le Roi de recruter deux savants pour faire des prospections naturalistes dans les territoires français des Antilles, pour inventorier les richesses végétales utiles en médecine ou en agriculture. Joseph Donat Surian, médecin marseillais, est invité le premier. Il désigne Charles Plumier pour l’aider dans sa tâche. Les religieux, à l’époque, sont souvent choisis pour les explorations lointaines, afin d’y évangéliser les âmes. Le Père Plumier sera surtout chargé des herborisations, des descriptions et des dessins.

L’équipage embarque fin 1688. Malheureusement, les deux hommes ne s’entendent pas et se séparent durant le séjour.

Mais Plumier s’acquitte à merveille de sa tâche. Les observations qu’il rapporte, les planches qui les accompagnent sont de tout premier ordre. Il met à profit son exceptionnel talent pour le dessin pour réaliser de nombreuses figures très précises, le plus souvent au simple trait.

A son retour, il publie un premier ouvrage.

Le Roi le récompense de sa mission en le nommant botaniste du Roi.

Il repart aux Antilles en 1693, publie en rentrant de son périple sa Description des plantes de l’Amérique avec leurs figures.

Son troisième voyage là-bas débute en 1695 et dure deux ans. Il visite les côtes de Guadeloupe, de Martinique et de Saint-Domingue, s’aventure sur la côte du Brésil et du Mexique.

Son ouvrage Nova plantarum americanarum genera parait en 1703. Il rédige ensuite le Traité des fougères de l’Amérique , qui paraît en 1705, agrémenté de magnifiques dessins.

Fagon rappelle cet infatigable et prolifique explorateur pour une mission au Pérou. L’objectif de ce voyage est de rechercher les meilleures espèces d’arbres fournissant la quinquina, remède contre le paludisme qui sévissait à l’époque.

Mais avant de s’embarquer à Port-Sainte-Marie, près de Cadix, Charles Plumier est emporté par une pleurésie et meurt le 20 novembre 1704.

Il laisse une œuvre remarquable en quantité et en qualité, principalement composée de manuscrits et de plus de 6000 dessins, réalisée en une quinzaine d’années seulement.

C’est d’ailleurs quelques années après sa mort (1755-1760) qu’un ouvrage, reprenant une partie des manuscrits, Plantarum Americanarum fasciculi X, continentes plantas, parait à Amsterdam, grâce aux bons soins du botaniste Boerhaave et du médecin Jean Burmann.

Le Père Charles Plumier est considéré par ses contemporains Cuvier, Linné ou encore Tournefort, comme l’un des plus importants scientifiques du XVIIe siècle. Linné adoptera sa classification en genres presque sans rien changer.

Il a le plus contribué à établir le principe qui exclut de la nomenclature des genres les mots les plus descriptifs.


En outre, Charles Plumier est le premier à rendre hommage aux savants qu’il admire en leur attribuant un genre. Ainsi dédié à Michel Begon, le Begonia ; en l’honneur de Leonard Fuchs le fuchsia, mais encore Lobelia, ou Morisonia !

En retour, le genre Plumeria lui est dédié par Tournefort (famille des Apocynacées / Frangipanier).






Hommage à Léonard Fuchs


L’œuvre : Nova plantarum americanarum genera



Page de titre
Charles Plumier publie Nova plantarum americanarum genera en rentrant de son troisième voyage aux Antilles et sur les côtes d’Amérique du sud. Il  parait en 1703 à Paris, chez Jean Boudot.

Rédigé en latin, l’ouvrage décrit 106 genres et près de 700 espèces de plantes d’Amérique, nouveaux pour la plupart. C’est un des premiers textes fondamentaux pour l’étude des plantes d’Amérique du sud.


Il est composé de 78 pages et de 40 planches insérées en fin d’ouvrage.

Chaque genre est décrit précisément avec ses caractéristiques florales. Pour chacun, les différentes espèces sont listées et mentionnées.

Dans la marge est citée la planche correspondante, située en fin d’ouvrage

Des informations complémentaires sont mentionnées en italique en fin de paragraphe.









Hommage à Pitton de Tournefort
Il peut être considéré comme une suite ou un supplément des Institutiones rei herbariae de Pitton de Tournefort, publiée en 1700. Charles Plumier se sent redevable à Tournefort d’une partie de ses connaissances en botanique, acquise lors de leurs herborisations communes en Provence. Ils ont également le même système précurseur de classement. Il lui dédie d’ailleurs un genre
















Introduction

Approbations diverses des frères de l’Eglise

Privilège du Roy

Privilège du Roy


Description des plantes (en 106 genres)

Premier chapitre


Index général des espèces : Index generum plantarum


Liste simple des plantes des îles d’Amérique

Liste des Arum


Décoration


40 Planches

















L’exemplaire a été mis en dépôt à l'AREHN par le Muséum d'histoire naturelle de Rouen, il a auparavant appartenu à la Société centrale d’horticulture de la Seine-Inférieure.

Il est bien conservé, malgré quelques pages marquées par de légères tâches d’humidité.


En complément : des cabinets de curiosités aux cabinets d’histoire naturelle


Nés du désir des riches collectionneurs du XVIe siècle de présenter les créations de la nature qui les fascinent, les cabinets de curiosités sont les ancêtres de nos musées d’histoire naturelle.

Il est alors de bon ton de montrer de façon ostentatoire tout ce que les explorateurs ou les savants ont découvert : spécimens naturalistes, minéraux et roches, fossiles, médailles, antiquités, objets ethnographiques, œuvres d’art, instruments scientifiques, etc.

Les objets sont exposés selon un ordre avant tout esthétique, les différents objets voisinant selon une logique d’accumulation, de singularité et d’étonnement. Ce sont des chambres des merveilles, d’abord présentes pour le plaisir de l’œil et la jubilation d’éblouir les visiteurs. Sur les hautes étagères montent des vitrines ployant sous un amoncellement d’objets souvent hétéroclite, des animaux empaillés sont suspendus au plafond, des bocaux renferment quelques monstruosités, les peintures, sculptures voisinent avec des pièces archéologiques. Le tout rangé selon quatre « éléments » : la terre (animaux terrestres et plantes), l’eau (espèces aquatiques, choses marines), l’air (les oiseaux, les insectes) et le feu (les créations artistiques).

Dans la deuxième moitié du XVIe siècle, les premiers cabinets de curiosités européens sont italiens, mêlant les objets historiques, artistiques et un peu d’histoire naturelle.

D’abord l’affaire des princes européens, les cabinets de curiosité gagnent les riches seigneurs, les nobles, les dignitaires politiques et religieux, les universitaires, les apothicaires et les médecins, les sociétés académiques. Ces galeries rassemblant le spectacle de la Nature se comptent sans doute en plusieurs milliers aux XVIe et XVIIe siècles.

Aldrovandi à Bologne, Calzolari à Vérone, Mercati au Vatican, sont autant de personnalités dont les noms sont associés à des cabinets de curiosités importants. En Allemagne, ce sont les « Kunst und Wunderkammer », chambres d’art et merveilles. En France, Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII, a été l’un des premiers à amasser une collection éclectique, dans son château de Blois, ainsi que le père Molmet à Paris ou . Nicolas Fabri de Peiresc, à Aix-en-Provence. En Suisse aussi, les savants célèbres ont leur cabinet de curiosités :  Leonhard Fuchs à Bâle ou encore Konrad Gessner à Zurich. En Angleterre, on en trouve chez des savants comme John Tradescarit ou Elias Ashmole. Charles de l’Ecluse à Leyde, en Hollande.

Les applications pratiques de la nature ne sont cependant pas oubliées dans le cabinet de curiosité (agronomie, médecine, industrie, etc.), auquel est souvent joint un jardin botanique, riche en espèces médicinales.

Devant l’abondance des collections, les cabinets de curiosités se spécialisent peu à peu vers l’histoire naturelle, s’agrandissent en galeries.

Extraits de l’Encyclopédie


Au XVIIIe, en ce siècle des Lumières, la science passionne ; la diffusion des publications imprimées ouvre de nouveaux horizons, élargit le nombre de personnes intéressées. Les catalogues raisonnés illustrés signalent et mettent en valeur les collections ; des manuels sont édités pour répondre aux besoins pratiques des usagers, comme les traités de taxidermie, les manuels de conservation ou d’agencement des locaux et bien sûr les traités de classification pour ordonner tous ces objets.


Les livres utilitaires fleurissent



Les cabinets scientifiques se multiplient dans l’Europe entière. Les mécènes mettent à disposition des naturalistes leurs locaux et leurs moyens. Les universités sont en première ligne pour créer et enrichir les collections. De mondains, ils deviennent des outils de recherche et d’enseignement.

Abandonnant la mise en scène des cabinets de curiosités en quatre éléments, on divise dorénavant les choses de la nature en trois règnes : minéral, animal et végétal. On cherche à comprendre le monde environnant, à classer et ordonner avec méthode, en ne se focalisant plus systématiquement sur l’extraordinaire ou le spectaculaire. Le merveilleux cesse d’être un critère de base. Les fondements de l’Antiquité sont revus à la lumière des nouvelles connaissances.

Les plantes et les animaux locaux sont récoltés, classés, montrés. On commence à comprendre que les espèces vivantes, qu’elles que soient leurs provenances, sont régies par des lois identiques. Les monstruosités, exhibées auparavant dans les cabinets de curiosités, sont maintenant considérées comme des irrégularités de la nature.

Outils de recherche et d’étude, les cabinets d’histoire naturelle sont l’occasion pour les savants de confronter leurs théories scientifiques, de diffuser leur savoir et de faire avancer leurs recherches. Les instruments scientifiques apparaissent, surtout au XVIIIe siècle, qui exploitent les nouvelles découvertes (horloges, lunettes, microscopes, …) pour mieux étudier la nature.

Ils sont également des outils d’enseignement. Puisque le cercle des habitués s’élargit, passant au fil des décennies des princes aux riches nobles, puis des riches nobles aux bourgeois, les collections sont support d’enseignement, vues par un plus grand nombre -y compris des néophytes- qui assistent aux démonstrations et aux expériences (biologie, chimie, électricité, etc.) accomplies par les savants. Des cours d’enseignement public sont mis en place, comme au muséum d’histoire naturelle de Paris.

Le pouvoir voit tout l’intérêt de ces cabinets scientifiques. Pour contrôler ce foisonnement scientifique, il crée ou récupère des cabinets scientifiques et des jardins botaniques. A Paris, le Jardin des plantes et le muséum d’histoire naturelle. A Londres, le British Musuem, basé sur la collection de Sloane. A partir de 1750, Dresde, Mannheim ou encore Madrid créent à leur tour des muséums publics d’histoire naturelle.

La fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe signe la fin des collections privées et le début des institutions publiques comme instrument de conservation du patrimoine, de découverte, de connaissance, d’éducation scientifique et de recherche comme nous les connaissons aujourd’hui.


Sources



Auteur et oeuvre


Plumier, Charles in Biographie Universelle /Louis-Gabriel Michaud, 1854  pp. 536-539

Voyages et explorations scientifiques in Histoire de la botanique en France / Ad. Davy de Virville, Paris, Société d’édition d’enseignement supérieur, 1954

Charles Plumier in Nouvelle biographie générale, pp. 499-501

Plumier, missionnaire de la botanique in La fabuleuse odyssée des plantes / Lucie Allorge, Paris, JC Lattès, 2003, pp. 144-158

Charles Plumier .- http://classes.bnf.fr/dossitsm/b-plumie.htm

Charles Plumier . – http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Plumier

Qui était Charles Plumier .- http://www.maison-fuchsias.com/HISTOIRE/histoire.htm


Complément


Le cabinet du monde ou le triomphe de l’empirisme / Paule Findlen .- Les cahiers de Science et Vie, 44, avril 1998 .- pp. 82-89

Histoire naturelle : de la curiosité à la discipline / Krzysztof Pomian in Curiosité et cabinets de curiosités, Neuilly, Atlande, 2004 .- pp. 15-40

http://fr.wikipedia.org/wiki

Histoire de l'information scientifique et technique / Martine Comberousse .- Paris  : Armand Colin, 2005  .- 18 cm  .- 128 p.  .- (128. Information documentation)

Encyclopédie des sciences de la nature  .- Paris  : Larousse, 1995  .- ill. ; 30 cm  .- 701 p.

Trésors des muséums de France / Philippe Guillet (éd.) .- Paris  : Martinière (la), 1994  .- ill. ; 31 cm  .- 189 p.

Cabinets de curiosités / Patrick Mauriès  .- Paris  : Gallimard, 2002  .- ill. ; 31 cm  .- 259 p.

Images de sciences : illustrations naturalistes, Muséum d'histoire naturelle de Nantes, 12 octobre 2002 - 2 février 2004 (catalogue de l'exposition)  .- Nantes  : Muséum d'histoire naturelle de Nantes, 2003  .- ill. ; 30 cm  .- 71 p.

Sciences pour tous ? / Daniel Raichvarg  .- Paris  : Gallimard, 2005  .- ill. ; 18 cm  .- 127 p.  .- (Découvertes Gallimard. Sciences et techniques ; 467)

Invention des musées (l') / Roland Schaer .- Paris  : Gallimard, 2004  .- ill. ; 18 cm  .- 144 p.  .- (Découvertes Gallimard. Histoire ; 187)

Muséum national d'histoire naturelle (le) / Yves Laissus  .- Paris  : Gallimard, 1995  .- ill. ; 18 cm  .- 144 p.  .- (Découvertes Gallimard. Mémoires des lieux ; 249)