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Histoire naturelle des animaux (tomes 1 et 2)
Pline l’Ancien


La chauve-souris en Normandie

> Description
La chauve-souris est un mammifère essentiellement insectivore de l’ordre des chiroptères ("chiro" du grec qui signifie "main" et "ptère", "aile"). Elle est apparue il y a 60 millions d’années, juste après l’extinction des dinosaures. Il en existe plus de mille espèces réparties dans le monde, à l’exception de la zone arctique et de certaines îles océaniques éloignées. Elles se divisent en deux sous-ordres : les grandes chauves-souris ou mégachiroptères (170 espèces formant une seule famille), et les petites chauves-souris ou microchiroptères (800 espèces réparties en 15 familles). Elles trouvent leur place dans tous les milieux (zones humides, maisons, forêts, milieux urbains).
C’est le seul mammifère capable de voler et, quadrupède, il peut marcher sur ses quatre pattes.
Selon les espèces, la taille des chauves-souris varie de 30 mm à 40 cm. Et, au contraire de certaines idées reçues, elles ont une excellente vue et un odorat très développé, mais elles n’utilisent que la technique du sonar pour chasser, qui consiste à émettre des ultra-sons retransmis par un écho.
C’est un animal nocturne qui se plait à vivre en colonie et apprécie, pendant la journée, la tranquillité qu’il trouve dans les grottes, les arbres, les maisons… profitant de chaque recoin pour s’abriter (cavités, ponts, immeubles… ). La chauve-souris vit au rythme des saisons : en automne, elle fait des réserves de nourriture et commence l’accouplement. Pendant les mois d’hiver, elle hiberne en s’accrochant la tête en bas dans des endroits suffisamment humides et frais afin d’éviter le dessèchement de ses ailes. Le printemps est une période de transition : fécondation et développement du fœtus (gestation de 6 à 8 semaines). Elle ne met au monde qu’un seul petit à la fois. En été, les femelles élèvent les jeunes et les allaitent, pendant environ 5 semaines, dans des abris appelés nurseries et, lorsque l’une d’elle s’absente, le petit est pris en charge par les autres adultes.
La chauve-souris hiberne la tête en bas.
(Photo : A. Delannoy)
> Leur rôle
Les chauves-souris contribuent largement à l’équilibre écologique, en assurant dans certaines régions du monde la pérennité de la forêt, en y jouant un rôle dans la pollinisation de certains végétaux ou la dispersion des graines. Par ailleurs, elles participent au contrôle des populations d’insectes. Elles limitent la prolifération de certaines espèces destructrices des forêts ou des moustiques envahisseurs de plusieurs régions du monde.
En bref, la nuit elles assurent le travail des oiseaux qui agissent eux, le jour (une Pipistrelle commune dévore en une nuit  jusqu'à 600 moustiques et une colonie de 500 Grands Murins consomme annuellement une tonne d'insectes).
Pipistrelle commune.
(Photo : J.-F. Noblet)
Grands murins.
(Photo : J.-F. Noblet)
> En Haute-Normandie
En Normandie, on ne compte pas plus de dix-sept espèces de chauves-souris, chiffre constaté lors des différentes observations effectuées dans les gîtes souterrains durant la période d’hibernation. Seules six cavités hébergent plus de 200 individus et vingt-trois plus de 100. Les anciennes données bibliographiques renferment la mémoire des fluctuations des populations des chauves-souris, des chiffres relevés essentiellement dans les départements de l’Orne (Basse-Normandie) et de la Seine-Maritime (Haute-Normandie). Les chiffres démontrent le maintient du nombre de chauves-souris dans l’Orne des années 1880-90 au début du XXe siècle, à contrario de la Seine-Maritime qui connaît depuis 1965 un réel déclin de la population dans la plupart des cavités, voire une désertion complète de certaines et notamment dans la Vallée de la Seine et dans le Pays de Caux.
> Les espèces menacées
En Normandie, comme plusieurs régions de France, le nombre d’espèces cavernicoles connaît un réel déclin et particulièrement le petit rhinolophe et le grand rhinolophe. Cette région comptant très peu de grottes naturelles, les chauves-souris recherchent alors pour survivre en hiver des endroits tels que les cavités, caves…
Globalement la forte diminution de ces espèces est due à de multiples facteurs, mais ceux-ci sont plus marqués en Normandie. Les raisons les plus visibles sont la dégradation des milieux naturels et la pratique d’une agriculture intensive, dénaturant incontestablement le paysage, notamment en Haute-Normandie et dans le Perche : suppression des haies, des bosquets, des zones humides, des arbres creux, des ruines, des prairies… et utilisation des pesticides. D’autres pratiques sont incriminées, l’emploi de certains vermifuges pour les bovins qui sont ensuite ingérés par les insectes et finissent dans l’estomac des chauves-souris. L’isolation et la condamnation des greniers, la disparition des granges, l’utilisation de produits toxiques pour le traitement des charpentes, l’extension de l’éclairage nocturne, la pollution atmosphérique de Rouen et du Havre sont aussi responsables de ces extinctions. L’homme a aussi une grande part de responsabilité dans cette diminution, soit par l’élimination physique des chiroptères, soit par sa constante présence dans les lieux fréquentés par les chiroptères (promeneurs et spéléologues).
D’ailleurs, en France, la pratique du baguage a été condamné à partir de 1970, mais cette pratique a continué de se perpétuer jusqu’en 1980 résultant l’obturation des entrées des réseaux souterrains qui puisé a ajouté une menace supplémentaire pour les chauves-souris.
Il est difficile de déterminer la part respective de chacun de ces facteurs mais il est probable comme c’est souvent le cas, que ce soit leur combinaison qui ait fragilisé les populations. L’avenir des chiroptères reste incertain en Haute Normandie.
Petit rhinolophe.
(Photo : J.-F. Noblet)
Grand rhinolophe.
(Photo : J.-F. Noblet)
> Que faire ?
S’il est possible de favoriser la pérennité de certains gîtes d’hibernation à l’image, de la réserve créée à Saint-Wandrille-Rançon (Seine-Maritime) ou grâce à l’arrêté de biotope pris à Saint-Samson-de-la-Roque (Eure), et de certains gîtes estivaux qui, après accord conventionné auprès des particuliers et des collectivités, sont tenu d’informer les professionnels (couvreurs, architectes, forestiers… ) ou de poser des gîtes artificiels et de conserver les arbres creux, il est beaucoup plus problématique d’intervenir sur la qualité générale des milieux qui relève plus de problèmes d’environnement global.