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Dictionnaire des jardiniers
Philippe Miller, 1785

La classification binomiale de Linné


Le mot
taxinomie (ou taxonomie) signifie en grec ordre, arrangement et loi. Ce nouveau mot a été proposé en 1813 par le botaniste suisse Augustin-Pyramus de Candolle (1778-1841), afin de désigner la science des lois de la classification des formes vivantes. Il a donc fallu attendre le XIXe siècle pour nommer une discipline qui, pendant de nombreux siècles, a préoccupé les biologistes, surtout les botanistes.
Jusqu'à la Renaissance, la classification botanique se faisait par regroupement fonctionnel des végétaux : plantes aromatiques, alimentaires, médicinales, vineuses et vénéneuses. Jusqu'au XVIe siècle, les scientifiques réalisent progressivement que cette classification est redondante. Une même plante pouvait se trouver sous différents noms et inversement, un même nom pouvait désigner plusieurs plantes. C'est alors qu'un groupe de botanistes éclatent les classifications existantes en classant les végétaux par ordre alphabétique ! Ce travail, à priori peu pertinent, fait pourtant renaître la botanique.
Dès lors, les tentatives de classification se multiplient. Durant le XVIe et XVIIe siècle, l'histoire en a retenu une bonne centaine. Tous les critères sont essayés : taille, forme générale, forme des racines, des feuilles, des fruits, etc. Toutefois, deux grands types de logiques furent utilisées :
- L'une, héritée d'Aristote, consiste à prendre l'ensemble des organismes et à les diviser suivant des critères prédéfinis, en répétant cette opération jusqu'à ce qu'on arrive aux seules espèces. Cette logique dite « divisiste » aboutit à chaque étape à un partage dichotomique, dont l'un des terme est défini de manière négative par rapport à l'autre. (Par exemple plante avec des fleurs / plantes sans fleurs).
- L'autre logique consiste à procéder par agglomération, c'est à dire à considérer les espèces, les rassembler sur des critères de similarité en différents groupes, puis réitérer cette opération en prenant comme nouvelles unités les groupes ainsi définis, jusqu'à les avoir tous rassemblés.
Les deux logiques paraissent équivalentes et devraient logiquement mener au même résultat. Il n'en est rien, car, dans le premier cas, les critères doivent être choisis a priori, tandis que dans le deuxième cas, ils peuvent être le résultat de l'observation des organismes.
On doit à Joseph Pitton de Tournefort (1656-1708), botaniste de Montpellier, d'avoir compris, en 1694, que l'opération fondamentale consistait à réunir les espèces en genres. On arrive ainsi à la notion de niveaux hiérarchiques, ou taxons, correspondant aux diverses opérations réitérées de classification. Ces niveaux hiérarchiques ont étés codifiés par Carl von Linné (1707-1778) de la façon suivante : règne, classe, ordre, famille, genre, espèce, car, dans l'esprit de l'époque, il fallait retrouver le nombre sept, supposé parfait. Cette codification étant trop rigide, et correspondant à une logique divisiste, rapidement l'utilisation de niveaux intermédiaires, sous-ordres, super-classe, etc. fut adopté. Linné s'était inspiré des deux logiques précédentes pour établir sa classification : la première, divisiste pour les taxons supragénériques ; la seconde, agglomérative, pour les espèces et les genres. C'est cette logique qui poussa Linné à nommer un organisme avec son nom de genre suivi de celui de l'espèce.
Carl von Linné (1707-1778)
Carl von Linné (1707-1778)
Cette classification est la nomenclature binomiale, issue des taxons qu'il considérait comme naturels. C'est une technique de simplification de la diagnose (description scientifique d'une espèce, qui doit permettre de la distinguer des espèces voisine) en latin que Tournefort avait utilisé avant Linné, mais pas systématiquement.
Linné, recherchant l'ordre dans la diversité de la vie, est considéré aujourd'hui comme le père de la taxonomie. Cependant, il croyait que les espèces étaient pérennes, son travail de classification ne visait qu'à dévoiler l'organisation du travail de Dieu. Il disait d'ailleurs « Dieu crée, Linné dispose ». Un siècle plus tard, le système taxinomique de Linné devait servir néanmoins d'argument en faveur de la théorie de l'évolution de Darwin.
Ce n'est qu'après Linné que les caractères prédominant de la description des plantes se portèrent en priorité sur les fleurs.