L’estuaire de la Seine : mémoires, notes et documents pour servir à l’étude de "l’estuaire de la Seine" - Gustave Lennier


L’œuvre marquante de Gustave Lennier est éditée en 1885, un monument : l’estuaire de la Seine en deux volumes et un atlas. L’estuaire est étudié sous tous ses aspects, physiques et dynamiques, les facteurs humains sont abordés : travaux d’endiguement, pêche…

Titre : L’estuaire de la Seine : mémoires, notes et documents pour servir à l’étude de « l’estuaire de la Seine »
Auteur : Gustave Lennier
Edition : 1885, Le Havre, Hustin, Imprimeur
Format : 37 cm x 28 cm

L'auteur : Gustave Lennier




Gustave Lennier est né au Havre le 25 février 1835. Dès son enfance il s’intéresse aux sciences. Ses deux maîtres, le naturaliste Lesueur et son père Guillaume Lennier, tous deux successivement conservateurs du Muséum du Havre, le forment à l’observation et aux techniques muséologiques.

Après ses études au lycée du Havre, il s’embarque à l’âge de 20 ans pour un voyage d’exploration scientifique au Sénégal qui nourrira sa passion. A la mort de son père, il lui succède dans les fonctions de Conservateur du Muséum. C’est à partir de ce moment que son œuvre scientifique commence véritablement.

Il s’intéresse tout particulièrement à la géologie locale et régionale et met en place le cadre géologique de la baie de Seine dans son ouvrage l’Estuaire de Seine. Ses travaux couvrent aussi la paléontologie, la géographie et la zoologie. Ses études nombreuses et variées. Citons l’étude d’un projet de tunnel sous la Seine, la houille en Normandie, l’expédition française en Terres Australes, ou encore l’étude sur le sol du Havre et de ses environs et des problèmes d’hygiène qui y sont liés. Il est d’ailleurs très consulté en matière de santé publique.

En 1867, il se lance dans la création d’un jardin zoologique à Sainte-Adresse. Les liaisons entre le port et l’Afrique devraient permettent un apport facile et régulier d’animaux. Mais le projet est abandonné au profit des affaires portuaires florissantes de l’époque. Lennier ne se démotive pas et se lance en 1868 dans un nouveau projet : un aquarium de mer pour l’exposition maritime du Havre. C’est une des premiers de France, et le prince Albert 1er s’en inspirera pour créer le Musée océanographique de Monaco. Le succès est tel que, l’année suivante, la ville s’enrichit d’un aquarium définitif. Mais la défaite de la guerre de 1871 ne permet pas d’achever les travaux prévus et l’aquarium est transformé en station de physiologie marine du Collège de France et disparaît, faute de moyens, en 1890.

En 1871, Lennier crée la Société géologique de Normandie dont il est le président et met en place la publication du bulletin. Ses collègues l’admirent beaucoup et Lennier n’hésite pas à divulguer ses recherches et ses méthodes de travail.

Parallèlement il prend une part considérable au mouvement de vulgarisation des sciences, en plein essor à cette époque. Jusqu’en 1879, il organise des cours publics à l’Hôtel de ville destinés aux milieux populaires, qui réunissent un auditoire important. Et comme il entend joindre la démonstration au précepte, il inaugure des excursions géologiques.

En récompense, il reçoit la médaille d’argent du Ministère de l’instruction publique en 1873, puis les palmes d’Officier de l’Instruction publique en 1882.

En 1877, l’Association française pour l’avancement des sciences se réunit au Havre et Lennier y voit l’opportunité pour créer un Muséum à part entière. Pour cela il joue d’audace et demande à la ville la concession temporaire de l’ancien Palais de Justice alors vacant, afin d’y organiser une exposition géologique de grande ampleur sur la Normandie. L’exposition fait mouche auprès du public, et la fermeture définitive entraîne la déception de la population de voir disperser toutes ces richesses scientifiques. Mais c’est seulement en août 1879 que le conseil municipal consent à affecter l’ancien Palais de justice à l’installation définitive du Muséum.

Désormais, le développement du Muséum sera la préoccupation constante de toute sa vie. Les collections données par Lennier et Lesueur constituent le fonds initial (mammifères, oiseaux, insectes, coquillages, fossiles…) et demeurent aujourd’hui les pièces maîtresses des archives du muséum.

Marié tardivement à l’âge de 47 ans, et veuf 16 ans plus tard, il n’a pas laissé de descendance.

Franc-maçon et fervent républicain, il croit à la domination des sciences sur les autres savoirs. Il est aussi un ardent patriote et, lorsque la guerre de 1870 éclate, il s’engage dans la compagnie des francs-tireurs havrais où il devient très vite lieutenant jusqu’à la fin de la guerre.

En 1875, Lennier reçoit une médaille d’argent au Congrès de la Société de géographie à Paris ; en 1878, une médaille d’argent à l’Exposition universelle et en 1889 devient Chevalier de la Légion d’honneur.

Il meurt le 19 novembre 1905, à la suite des fièvres vraisemblablement dues au paludisme qu’il avait contracté 50 ans plus tôt au Sénégal.


L'œuvre : L’estuaire de la Seine : mémoires, notes et documents pour servir à l’étude de « l’estuaire de la Seine »



Page de titre

L’estuaire de la Seine est incontestablement l’ouvrage majeur de Gustave Lennier. Il a coordonné, dans ces deux volumes accompagnés d’un atlas, tout ce qu’il a pu lire ou observé, durant une vingtaine d’années, sur l’estuaire de Seine. Il offre d’ailleurs, en fin d’ouvrage, une bibliographie très complète.

Cet ouvrage, qui étudie l’évolution de l’estuaire entre 1677 et 1885, est encore de nos jours une référence incontournable. L’AREHN dispose dans son fonds ancien de L’estuaire de la Seine mis en dépôt par le Muséum d’histoire naturelle de Rouen.















La plage de Trouville à basse mer, prise de la route. Cette planche montre l’accumulation des sables coquilliers vers la côte sud. Aquarelle de A. Noury.




















Plage de Sainte-Adresse, basse mer d’équinoxe. Cette planche montre l’inclinaison des bancs de calcaire kimmeridgien depuis le bout de la Hève jusqu’au rocher en forme de placard, situé au niveau des plus basses mers connues. Aquarelle de A. Noury.
Les premiers chapitres sont consacrés aux études géologiques, topographiques et géognostiques. Après avoir décrit la disposition, la nature des couches qui se montrent sur les deux rives, Lennier examine les éboulements de falaises, la corrosion des côtes et l’enlèvement des matériaux qui résultent de cette démolition, ainsi que la formation des galets, des sables et des alluvions vaseux et tourbeux. La différence constatée entre les niveaux du fleuve ancien et ceux du fleuve du XIXe sont l’objet d’un examen attentif. Lennier constate que le bassin de la Seine était moins élevé précédemment.























Détails de la carte de l’embouchure de la Seine de 1677
La seconde partie de l’ouvrage est dédiée à l’état hydrographique des lieux, d’après les connaissances anciennes et récentes. La plus ancienne carte de l’embouchure, remontant à l’année 1677, en fait connaître la situation à cette époque.


Le régime des marées et des courants, ainsi que leurs actions, les déplacements du chenal dans l’estuaire, les bancs et les alluvions qui se forment dans la baie de Seine et le volume des eaux du fleuve y sont successivement examinés.

Il s’intéresse aussi aux principaux phénomènes naturels qui touchent la navigation, et aux modifications que ces manifestations ont connues depuis l’endiguement de la Basse Seine.



Dans la troisième partie, Lennier fait connaître quel était anciennement l’état des deux rives de l’Estuaire et de leurs ports.

Les faits s’accordent pour prouver que, depuis l’époque romaine, la baie de Seine s’est successivement remblayée par des apports venant de la mer. On voit successivement comblés et abandonnés les ports de Lillebonne, d’Harfleur, de Leurre et de Graville sur la rive Nord. Sur la rive Sud, le comblement des baies latérales n’a pas été plus important. En effet, pour la vallée de la Dives, aujourd’hui comblée jusqu’à la mer, nous voyons Harold, en 945, entrer dans la baie de Dives, qui était alors largement ouverte, et remonter avec 22 navires jusqu’à Varaville ; quelques-uns de ses navires remontèrent même jusqu’à Corbon. Sur cette même rive Sud de l’estuaire, des salines ont existé à Varaville et à Touques, localités depuis longtemps abandonnées par la mer.





Dans une quatrième partie, il décrit la navigation à l’embouchure de la Seine et la faune et la flore de la baie.


L’atlas renferme 28 planches en couleur, avec vue panoramiques et géologiques des deux rives de l’estuaire. Des cartes marines, des plans de sondages de différentes époques.

L’atlas fournit des vues et coupes géologiques de la baie de Seine, l’une du cap de la Hève à Sainte-Adresse, l’autre de Villers-sur-Mer à Dives, la troisième de Villerville à Bénerville, toutes trois prises en mer à 7 km au large.


Détail de la vue panoramique du Cap de la Hève à Sainte-Adresse,
prise en mer à 4 milles au large.
En dessous, détail de la coupe géologique. Aquarelle de A. Noury


Détail de la vue panoramique de Honfleur à Villerville.
Aquarelle de A. Noury


Détail de la vue panoramique de la côte entre
le Cap de la Hève et la vallée d’Harflleur.
En dessous, détail de la coupe géologique. Aquarelle de A. Noury


Basse falaise de Sainte-Adresse en 1842.
Dessin de Ch.-A. Lesueur


La falaise de Sainte-Adresse sous les phares en 1841




En complément : L’estuaire de la Seine en danger



Vasières de la Seine
Long de 160 km, l’estuaire de Seine est une zone de rencontre entre le fleuve et la mer introduisant un mélange des eaux douces et salées. Sous l’influence des marées, le niveau des eaux varie deux fois par jour, accompagné d’un changement de sens de son écoulement. Il s'agit d’un milieu intermédiaire entre écosystèmes marin et continental.











Canard souchet mâle
Les prairies humides, les roselières et les vasières comptent parmi les derniers milieux naturels permettant à une flore et à une faune sauvages de vivre au sein de régions fortement transformées par les activités humaines. Elles servent aussi d’aire de repos et de nourrissage pour de nombreux oiseaux migrateurs. La richesse et la diversité biologique de la faune et de la flore en font un véritable réservoir de la biodiversité.




Son intérêt écologique est reconnu et a justifié sa notification en Zone de Protection Spéciale par l'Union Européenne et la création d'une réserve naturelle et son intégration dans le réseau Natura 2000.






Pourtant, le fleuve a largement été aménagé au mépris de cet équilibre et, aujourd’hui, il n’a plus rien d’un fleuve sauvage. Endiguements, chenalisation, implantations industrielles et urbanisation ont considérablement entamé le capital des zones humides de l'estuaire de la Seine. Les rejets polluants issus des activités industrielles ou agricoles menacent cet estuaire déjà très dégradé. Jusqu’au milieu du XXe siècle, les eaux de l’estuaire de la Seine furent considérées comme un excellent vecteur capable d’évacuer les rejets liquides en mer.

L’estuaire devint alors, comme beaucoup d’espaces naturels, l’exutoire bon marché des déchets issus des activités humaines. Aujourd’hui, il est l'un des plus dégradés d'Europe.


Estuaire de la Seine

Aux perturbations constatées par divers programmes scientifiques (SAUM) s’ajoutent celles engendrées par le Pont de Normandie, qui perturbe irréversiblement le transit de l’eau et des sédiments. S’ensuivent la disparition de plusieurs centaines d’hectares de vasières, des oiseaux de moins en moins nombreux et la progression du roseau qui remplace la végétation d’eau saumâtre.


Pont de Normandie




Port 2000 engendre un empiètement supplémentaire sur l’estuaire, ce qui aggrave le phénomène : migration du bouchon vaseux (en aval), disparition des vasières, problème d’entretien des chenaux d’accès au port et pollution éventuelle des plages du Calvados.


Port 2000


Mais une prise de conscience émerge et Port 2000 doit tenir compte de l’environnement estuarien. Ce projet doit répondre aux exigences environnementales du programme européen Natura 2000. Le financement attribué par la Commission européenne en dépend. Près de 8% du coût du projet est consacré à améliorer la gestion de l'estuaire de la Seine.



Bibliographie


Sources sur l’auteur


GUYADER, Jean (1990)
Gustave Lennier : un grand savant havrais  .- Recueil des publications de la société havraise d’études diverses, 1990  .- pp. 30-37

(1905)
Obsèques de M. G. Lennier  .- Havre Eclair, 23 novembre 1905


Sources sur le complément


CHAIB, Jérôme ; THOREZ, Jean-Paul (2001)
Vallée de Seine : entre naissance et renaissance  .- Rouen  : AREHN  .- ill. ; 30 cm  .- 32 p.  .- (Environnement Haute-Normandie)

Ministère de l’écologie et du développement durable
http://www.ecologie.gouv.fr/article.php3?id_article=3442

Bibliographie Estuaire de la Seine (documents disponibles au Centre de documentation de l’AREHN)
http://www.arehn.asso.fr/centredoc/pdf/Seine.pdf