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Mémoire sur les côtes de la Haute-Normandie
Jacques-Elie de Lamblardie, 1789 |
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| Le galet Le couple falaise crayeuse-galet est emblématique de la Haute-Normandie et donne au littoral de la Seine-Maritime tout son cachet et son originalité. Mais la problématique du galet sur les côtes normandes n’est pas récente, comme le montre l’ouvrage de Jacques-Elie de Lamblardie. Un galet, c’est à l’origine un fragment de falaise crayeuse à silex. Quand la falaise s’éboule (phénomène naturel sous l’action des ruissellements, des infiltrations, du gel, de l’action de la houle…), les blocs qui se détachent s’accumulent au pied des falaises, sont roulés, frottés et concassés sour l’action de la houle. |
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| Galets. (Photo :A. Dudouble) | |||||||||||||||||||||||||||
| La craie, plus tendre, est vite dissoute dans l’eau, mais le coeur en silex demeure, pur, polissé et arrondi par les vagues et les chocs. En moins d’un an, il perd environ 30% à 40 % de sa matière et devient galet. Un galet, résultat de l’érosion de la falaise, est aussi un élément déterminant de sa défense. Stockés au pied de la falaise et au débouché des vallées côtières, les cordons de galets constituent une protection contre la puissance des vagues, cassant leur énergie pour amondrir leur action de sape. Ils dérivent aussi au gré des marées, poussés par la houle, principalement d’ouest en Seine-Maritime. Ils s’amoncèlent de préférence au pied des falaises orientées face à la houle. |
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En Haute-Normandie, les galets situés entre le cap d’Antifer et le Havre dérivent vers la baie de Seine. Ceux situés entre le cap d’Antifer et le Tréport se dirigent vers la baie de Somme. La production annuelle de galets produits par l’érosion des falaises est estimée, sur le secteur Antifer-Le Tréport, à 63 000 m3/an, décroissante vers le nord de la région et disparate selon les secteurs (à laquelle il faut rajouter la production de galets par le manteau d’altération sous-jacent, de l’ordre de 57 000 m3/an). Le stock de galets est estimé à 7,5 milions de m3 (en 1995). | ||||||||||||||||||||||||||
| Falaises à Dieppe. (Photo :A. Dudouble) | |||||||||||||||||||||||||||
| Le recul des falaises est estimé en Seine-Maritime à 21 cm/an, mais disparate selon les secteurs. Il est actuellement moitié moins qu’il y a cent ans. Cette baisse importante est due à l’action conjuguée de plusieurs facteurs anthropiques. Durant les cent dernières années, on estime à 3 millions de m3 le stock de galets prélevés par l’homme, qui a longtemps exploité ces galets. Leur pureté en silice en fait un matériau recherché. Leur exploitation est une activité traditionnelle du bord de mer et leur utilisation ancienne. Le galet fut arme de guerre, avant l’utilisation des armes à feu et servait de ballast. Actuellement, il est utilisé dans l’industrie de la céramique et de la faïence, où une fois calciné et broyé à 1600 °C, sa teneur en silice en fait un agent stabilisant lors de la cuisson des céramiques. Ses vertus abrasives lui permettent d’être employé avantageusement quand il faut filtrer (quand il est concassé finement), sabler, mais aussi broyer ou décaper d’autres matériaux. Ainsi est-il utilisé pour des usages aussi variés que les matériaux de construction (revêtements, peintures routières antidérapantes, bétons spéciaux…), les pâtes à dentifrice, le sablage des pièces métalliques, pour des systèmes de filtration, la fabrication du papier de verre ou même l’alimentation animale ! Depuis 1985, le ramassage des galets - qui appauvrit le stock - est interdit sur le littoral de la Seine-Maritime. Il est encore autorisé à l’entrée de la baie de Somme, quand son rôle protecteur est plus modeste. A Cayeux-sur-mer et à Hourdel se trouvent plusieurs usines exploitant les galets, marins ou terrestres. Mais un deuxième facteur aggrave la situation du galet. L’homme a souhaité aménager le littoral, construisant des ports, des jetées portuaires, des chenaux, ou des digues, pour protéger l’arrière-pays des entrées catastrophiques d’eau de mer lors des tempêtes par exemple. Mais ils constituent une entrave au cheminement naturel des galets, qui s’accumulent en amont des ouvrages en dégarnissant les secteurs aval. Les épis limitent la fuite des galets, tout en appauvrissant également l’aval. L’aménagement des chenaux d’accès aux ports a également contribué à un déficit de galets. Les entrées de port étaient en effet délestées de leurs galets gênants pour parfois être relargués au large. Le temps nécessaire pour que l’apport de galets issus du recul des falaises compense la crise sédimentaire actuelle liée aux perturbations humaines serait long (27 ans). Pour retrouver une situation plus équilibrée, une des solutions envisagée est un système de va-et-vient des galets, où des camions viennent prélever les galets dans les zones d’accumulation (ou dans les cordons "fossiles" de galets dans les terres) pour les déverser dans les zones qui en sont dépourvues, afin de rétablir le transit du galet. Technique lourde, elle peut pallier au problème sans le résoudre. Une concertation interrégionale est en place pour réfléchir à une gestion globale et intégrée du littoral. |
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