Jean-Baptiste Lamarck - Philosophie zoologique (...)
Jean-Baptiste Lamarck est sans doute l’un des plus grand naturaliste français et penseur de l’histoire naturelle. Son œuvre, colossale, marque une étape cruciale dans l’avancement des sciences.
Titre : Philosophie zoologique ou exposition des considérations relatives à l'histoire naturelle des animaux
Auteur : Jean-Baptiste Lamarck
Edition : 1873, nouvelle édition
Format : Paris, Savy F.
Ouvrage en deux volumes : 412 p. et 431 p.
L'auteur : Jean-Baptiste Lamarck

Lamarck est né le 1
er août 1744 à Bazentin, dans la Somme. Bien que les hommes de sa famille soient des militaires depuis des générations, Lamarck est très tôt destiné à la carrière ecclésiastique et va à l’école des Jésuites d’Amiens. Cette exception s’explique par la trop faible fortune de ses parents et le fait qu’il soit le dernier de onze enfants. A la mort de son père, il quitte le séminaire et s'engage dans l'armée. Durant ces années il découvre les joies de l’herborisation. Il est officier d’infanterie sur le front de Westphalie pendant la guerre de Sept ans, mais un accident met fin à sa carrière militaire. Il accepte alors un poste chez un comptable puis se lance dans des études de médecine. On peut émettre des doutes quant à sa détermination à exercer la profession médicale lorsque l’on sait qu’il ne passe aucun diplôme en quatre ans.
Mais les études médicales sont le seul moyen d’accéder à l’histoire naturelle. Parallèlement, il fréquente le cabinet d’histoire naturelle et l’école de botanique du Jardin du Roi ou il y est presque tous les jours.
Il publie la
Flore française en 1778 sous l'égide de Buffon. Il y donne des clefs dichotomiques permettant à chacun d'identifier les plantes. Cet ouvrage lui apporte une notoriété immédiate et lui vaut d'être élu à l’Académie des sciences l'année suivante. En 1781, grâce à l'appui du célèbre naturaliste français (intendant du Jardin du Roi de 1739 à 1788), il entre au Jardin du Roi et devient en 1789 "garde des herbiers du cabinet du Roi" tout en commençant la rédaction de la section de botanique de
l'Encyclopédie.
Progressiste, ami des philosophes des Lumières, il participe, en 1793, à la création du Muséum national d’Histoire Naturelle qui succède au Cabinet d’histoire naturelle et au Jardin du Roi. Alors qu’il désire conserver un poste de botaniste, il est nommé professeur de zoologie des insectes, vers et animaux microscopiques. Sa déception est immense d’autant plus qu’il est un des meilleurs botanistes de son temps et qu’il ne connaît rien à la zoologie. A cinquante ans, sa nomination l’engage vers cette science largement délaissée par ses contemporains et où tout reste à faire. A partir de ce moment, il ne se consacre plus que très occasionnellement à la botanique.
Contre toute attente, il donne rapidement ses lettres de noblesse à la zoologie des invertébrés et introduit un classement qui sera unanimement adopté. Ses travaux sont publiés dans un ouvrage en sept volumes,
Histoire naturelle des animaux sans vertèbres (1815-1822).
Mais surtout, il profite de ses nouvelles recherches pour être à l’origine de deux véritables révolutions en histoire naturelle. Il invente la biologie pour désigner l’étude des êtres vivants, qu’il distingue définitivement des êtres inanimés. Mais c'est dans sa
Philosophie zoologique, publiée en 1809, que Lamarck expose ses théories les plus controversées selon laquelle les espèces se transforment au cours du temps, et que l’on appellera plus tard le transformisme ou le lamarckisme.
Pour Lamarck, l'évolution des espèces est un fait avéré. Sa théorie porte sur l'influence de l'environnement sur le développement des organes, sur les modifications de ces organes par leur utilisation ou non et enfin sur l'hérédité des caractères acquis. Si cette théorie comporte des erreurs, comme l'hérédité des caractères acquis, elle a le mérite d'être la première ébauche du concept d'évolution des espèces. Mais ces idées novatrices subissent de nombreuses attaques. Il se heurte notamment à l’autre paléontologue de renom, Georges Cuvier, directeur du Muséum, scientifique renommé et partisan du fixisme (théorie selon laquelle les animaux et les plantes n’évoluent pas de génération en génération).
Il fut quatre fois veuf et devient aveugle pendant les dix dernières années de sa vie mais peut continuer à écrire grâce à l’aide d’une de ses filles. Il meurt le 18 décembre 1829 à l'âge de 85 ans dans sa maison, au Muséum. Il disparaît sans gloire ni reconnaissance et ce n'est que soixante ans plus tard que le "lamarckisme" prendra réellement son essor.
Ses principaux ouvrages
Sur les principaux phénomènes de l'atmosphère (1776)
Flore française (1778)
Encyclopédie botanique (1783-1817)
Illustration des genres (1783)
Dictionnaire botanique de l'Encyclopédie méthodique par ordre des matières (1785)
Recherche sur les causes des principaux faits physiques (1794)
Réfutation de la théorie pneumatique (1796)
Mémoires de physique et d'histoire naturelle (1797)
Annuaires météorologiques (1800-1810)
Système des animaux sans vertèbres (1801)
Hydrogéologie (1802)
Recherches sur l'organisation des corps vivants (1802)
Philosophie zoologique (1809)
Histoire naturelle des animaux sans vertèbres (7 volumes) (1815 à 1822)
Système analytique des connaissances positives de l'homme (1820)
L’œuvre : Philosophie zoologique ou exposition des considérations relatives à l'histoire naturelle des animaux
Page de titre
Quoique souvent oubliée, la première
théorie de l'évolution est due à Jean-Baptiste Lamarck, qui l’expose en 1809 dans sa
Philosophie zoologique. L’ouvrage compte parmi les classiques de l’histoire des sciences.
L’AREHN dispose dans son fonds ancien des deux tomes de
Philosophie zoologique mis en dépôt par le Muséum d’histoire naturelle de Rouen. Cet exemplaire, en bon état, est une édition de 1873, revue et agrémentée d’une introduction biographique par Charles Martins.
Lamarck remet en cause les idées de Buffon et
Les Epoques de la Nature. Envolés les concepts d’époques, de cataclysmes, et autres déluges, place à une grande nouveauté : la continuité. Rien ne se crée, tout se transforme. Sans pour autant nier l’existence d’un créateur rappelons que Lamarck est croyant il présente dans sa
Philosophie zoologique l’acte de naissance du transformisme. Il est incontestablement le premier à systématiser l’idée d’une évolution des espèces et à en donner un exposé cohérent.
Plus encore qu’un mémoire sur le transformisme, cet ouvrage peut être également considéré comme le texte fondateur de la biologie. Non seulement Lamarck invente ce terme de biologie pour désigner la science des êtres vivants, mais il définit celle-ci comme science autonome, affirmant la radicale différence entre vivants et objets inanimés.
C’est en examinant des petits mollusques fossiles et en constatant une modification de leurs caractéristiques physiques au cours des âges que lui vient cette thèse sur l’évolution. Pour Lamarck, les espèces dérivent les unes des autres. A partir des êtres simples se forment des êtres de plus en plus complexes jusqu’à l’homme. En outre, si les formes les plus simples continuent à apparaître c’est par génération spontanée, si bien qu’aujourd’hui coexistent les espèces les plus primitives et les espèces les plus avancées.
La transformation est le résultat de l’adaptation au milieu extérieur. L’organisme doit se battre et faire des efforts pour obtenir ce dont il a besoin pour vivre. Son exemple classique était celui de la girafe : dans la mesure où les conditions climatiques faisaient pousser les arbres plus hauts, les premières girafes durent étirer leur cou de plus en plus pour atteindre les feuilles. Il s’ensuit un allongement de leur cou. De génération en génération le résultat s’est accentué et on est arrivé à l’animal que nous connaissons aujourd’hui.
Comme pour la girafe, les individus utilisent plus ou moins certains organes qui se développent ou s’atténuent en fonction des besoins de l’animal. Et il en va ainsi pour le système digestif, respiratoire, musculaire, nerveux, etc…
Tranches et couverture
Ensuite Lamarck affirme que la transformation doit passer par la descendance. C’est la transmission
des
caractères
acquis. Il insiste sur le fait que les changements sont très lents et graduels. Mais nul besoin d’affirmer qu’une espèce donnée s’est éteinte elle a été simplement confrontée à de nouveaux besoins et devient une toute nouvelle espèce, dotée d’une forme inédite bien adaptée.
Transmissions des caractères acquis : "
Dans tout animal qui n'a point dépassé le terme de ses développements, l'emploi plus fréquent et soutenu d'un organe quelconque fortifie peu à peu cet organe, le développe, l'agrandit et lui donne une puissance proportionnée à la durée de cet emploi, tandis que le défaut constant d'usage de tel organe l'affaiblit insensiblement, le détériore, diminue progressivement ses facultés et finit par le faire disparaître. " Lamarck,
Philosophie zoologique, 1809
On a tendance aujourd’hui à considérer la théorie de Lamarck avec dédain. Cela tient en partie à ce qu’elle est fausse. Mais aussi à la façon dont on l’a détournée tout en la caricaturant. Les raisons de ce discrédit sont multiples. Une des plus immédiates tient à l’époque à laquelle Lamarck publie son œuvre. Le savant est alors âgé de 65 ans. C’est d’abord un homme du XVIII
e siècle, à l’époque des Lumières, de la philosophie matérialiste et des idées politiques révolutionnaires. Or l’Empire et la Restauration sont marqués par un rejet philosophique et politique de cette période : au matérialisme du XVIII
e, le début du XIX
e siècle oppose une forme de spiritualisme. Il faut aussi rappeler la domination de Cuvier sur la biologie de cette époque.
Reste que Lamarck a déblayé le terrain et fait preuve d’une prodigieuse audace en prétendant que les espèces pouvaient se transformer et se transformaient effectivement tout en proposant un mécanisme expliquant cette évolution.
En outre, en ce début de XXI
e siècle, de nouvelles études plus fines sur le génome et sur les populations donnent un regain de faveur à cette hypothèse, pour certains caractères particuliers.
En complément : les débuts de la biologie
Le terme biologie a été rendu public pour la première fois par Lamarck aux alentours de 1802. Il admet une différence entre les corps vivants et les corps inanimés : la vie.
Cette reconnaissance est le point de départ de la biologie qui jusqu’alors, n’existait pas. Elle faisait partie de la médecine (qui comprenait l’anatomie et la physiologie), l’histoire naturelle et la botanique (plus ou moins confondues).
L’anatomie et la dissection du corps humain est, jusque tard dans le XVIII
e siècle, une branche de la médecine. La botanique est, de même, pratiquée principalement par les médecins qui recherchent les herbes médicinales. L’histoire naturelle des animaux est surtout étudiée en tant que branche de la théologie naturelle, ceci afin de soutenir l’argument de la création divine.

En 1635, Louis
XIII fait acheter un terrain pour installer, en 1635, le Jardin royal des plantes médicinales. En s’appuyant sur les collections de plantes cultivées dans le jardin, le roi souhaite créer un grand établissement d’enseignement supérieur et de recherche, soustrait de l’autorité universitaire. Après cinq ans d’aménagements et d’ensemencements, les premiers étudiants arrivent en 1640.
Le jardin royal des plantes médicinales permet l’enseignement de l’anatomie et de la chimie, mais surtout celui de la botanique. On s’interroge sur les classifications, et l’éventualité d’une sexualité végétale.
Ainsi, un bon nombre de naturalistes du passé ont réalisé des études de médecine. Citons Charles Darwin, Antoine-Laurent de Jussieu, Richard Owen, Joseph Decaisne ou encore Alfred Moquin-Tandon ou Jacques-Julien Houtou de la Billardière…
A la différence de la biologie, la médecine existe depuis la plus haute Antiquité, dans plusieurs parties du monde. Elle est avant tout autant qu’un art qu’une science dont le but premier est de soigner et de soulager, sur les bases d’une connaissance des phénomènes vitaux.
Si une part importante de l’histoire de la biologie appartient à l’histoire de la médecine, ce n’est pas vrai pour toute la biologie. Elle est longtemps restée histoire naturelle, l’enquête naturaliste prédominant sur l’expérimentation. Initialement surtout anatomique et taxinomique, cette enquête s’est depuis deux siècles elle-même diversifiée et étendue, devenant éthologique, écologique, paléontologique… Il s'agit aujourd'hui d'une histoire naturelle profondément renouvelée grâce aux découvertes (comme la théorie de l'évolution), et au progrès qui ont généré des disciplines nouvelles telles que les biomathématiques, la biochimie, la biophysique, ou encore la bioinformatique.
Aujourd’hui, la médecine tend à être absorbée par la biologie.
Sources
Auteur
DAYRAT, Benoît (2003)Botanistes et la flore de France (les) : trois siècles de découverte .- Paris : Muséum national d'histoire naturelle .- 690 p. : ill. .- (Archives)
DELANGE, Yves (2002)Jean-Baptiste Lamarck : biographie .- Arles : Actes sud .- 220 p.
DELANGE, Yves (2005)
Un homme de son temps : Lamarck
.- Hommes et plantes, revue du CCVS , 55, 4ème trimestre 2005 .- pp. 8-11
DELAUNAY, Alain (1994)Lamarck et la naissance de la biologie
.- Pour la science , 205, novembre 1994 .- pp. 30-37
GOUYON, Pierre-Henri ; HENRY, Jean-Pierre ; ARNOULD, Jacques (1999)Avatars du gène (les) : la théorie néodarwinienne de l'évolution .- Paris : belin .- ill. ; 22 cm .- 336 p. .- (Regards sur la science)
(2000)Quand Lamarck se rallie au transformisme
.- Recherche (la) , 336, novembre 2000 .- pp. 56-58
Œuvres et rayonnement de Jean-Baptiste Lamarck
http://www.crhst.cnrs.fr/i-corpus/lamarck
MILLS, Cynthia L. (2005)
Théorie de l'évolution (la)... et pourquoi ça marche (ou pas) .- Paris : Dunod .- (Quai des sciences)
Complément
MAYR, Ernst (1995)
Histoire de la biologie. Diversité, évolution et hérédité. 1 : Des origines à Darwin .- Paris : Le Livre de Poche .- ill. ; 18 cm .- pp. 1-636
Institut d’histoire et de philosophie des sciences et des techniques
http://www-ihpst.univ-paris1.fr/rub.php?lng=fr&cat=_histo&rub=r02