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Histoire naturelle des insectes
Jean Théodore Lacordaire, 1876


Jardiner avec les coccinelles


Pour lutter efficacement contre les pucerons, le premier réflexe est d’utiliser un insecticide chimique. Efficace, il n’en est pas moins nocif, aussi bien pour ceux qui l’utilisent que pour l’environnement en général. D’autant que le puceron s’endurcit et devient toujours plus résistant aux pesticides.
Il existe pourtant un allié incontournable du jardinier : la coccinelle. En matière de lutte, l’homme n’a pas fait mieux. Non polluant et non toxique, ce moyen est également moins onéreux. A long terme, il est plus performant, les pucerons ne s’adaptant pas à l’appétit des coccinelles. Et puis, le fait de mettre des larves de coccinelle dans son jardin incite le jardinier à regarder autrement la nature.
Détail de la planche 134 tiré de l’Atlas de la Genera des coléoptères de Lacordaire Coccinelle (Brumus desertorum)
> Tueur en série du potager
Qui pourrait croire que la coccinelle est un fauve en miniature ? De fait, ce coléoptère est l’animal le plus vorace que l’on connaisse en matière d’extermination des pucerons. Sur les quelques 2 000 espèces recensées dans le monde, une seule, jaune à vingt-deux points, est végétarienne. Les autres sont toutes carnivores.
Ce petit coléoptère mange entre 50 et 100 pucerons par jour. Mais ce sont ses larves qui sont les plus gourmandes : 100 à 150 pucerons dans une journée pour une larve au 4e stade (avant de devenir coccinelle adulte).
Comme la nature est bien faite, le nombre de coccinelles est proportionnel à la nourriture disponible. Plus il y a de pucerons, plus les coccinelles se multiplient.
 
> De la ponte à l’éclosion
Si les conditions météorologiques sont favorables, les premières coccinelles font leur apparition, après hibernation, en mars. Elles s’accouplent et pondent environ une dizaine de jours plus tard. Les femelles pondent environ 1 000 œufs tout au long de leur existence. Les œufs, de 2 à 3 mm, jaune clair, sont collés sous les feuilles à l’abri des intempéries.
Entre 3 et 5 jours plus tard (toujours en fonction des températures) naissent des jeunes larves noires de 2-3 mm. Celles-ci se déplacent et attaquent les pucerons, quelquefois beaucoup plus gros qu’elles. Mangeuses insatiables, elles muent au bout de trois jours, leur corselet ne pouvant plus les contenir. Elles répètent ce processus encore trois fois jusqu’à atteindre une dimension voisine de 1,5 – 2 cm. Les 4 stades de développement se répartissent sur 30 jours maximum.
Les larves deviennent nymphes pendant une semaine. Des nymphes émergent des adultes sexués – 50 % mâles et 50 % femelles.

> Pourquoi les coccinelles ont-elles des points ?
Une certitude, en tout cas : la rumeur selon laquelle le nombre de points corresponde à leur âge – au plus 18 mois – est parfaitement fausse ! Qu’elles en aient deux, trois, quatre… ou vingt, c’est une caractéristique propre à chaque espèce

> La lutte biologique avec les coccinelles
Les coccinelles sont naturellement présentes dans les jardins à condition de ne pas les tuer avec des insecticides et de leur ménager quelques abris (arbustes à feuilles persistantes, touffes d’orties…). On peut introduire des coccinelles d’élevage.

On l’emploie pour la première fois, en 1885, dans les vergers d’agrumes de Californie, pour lutter contre la cochenille dont les dégâts devenaient catastrophiques.

> Les deux gagnantes françaises
Sur les 90 espèces connues en France, les élevages en retiennent généralement deux.
La plus commune, la coccinelle à sept points noirs sur ses élytres rouges (Coccinella septempunctata) se goinfre dans les parties basses de la végétation.

La seconde, plus petite, la coccinelle à deux points Adalia bipunctata, est efficace dans les arbres et les arbustes au-delà de 2,50 m.
Avec elles, les pucerons n’en mènent pas large, à un détail prêt : les coccinelles "naturelles" sont encore peu actives quand les pucerons se multiplient sur la plante.
Coccinelle à sept points noirs (Coccinella septempunctata)
> Le renfort asiatique
Du coup, la France importe en 1982 une espèce originaire de Chine, Harmonia axyridis, casaque noire à pois oranges – ou le contraire – qui reprend ses activités un peu plus tôt dans la saison, dès qu’il fait entre 8,6 ° et 12,5 °C. Cette espèce doit aussi son succès à d’autres caractéristiques qui font d’elle un prédateur très intéressant : elle est extrêmement vorace et
polyphage, sa fécondité est très élevée – jusqu’à 2 500 œufs par femelle – et peut vivre dans de nombreux milieux et sous des climats très variés.
Mais elle pose un problème environnemental majeur. Elle se répand à très grande vitesse et représente une menace pour les espèces indigènes avec qui elle est en concurrence et, en cas de disette, se nourrit de leurs larves.

Polyphage : s'accommode de nourritures variées

> La petite dernière
Pour s’affranchir de la détestable manie qu’ont les coccinelles à s’envoler chez les voisins, l’INRA (Institut national pour la recherche agronomique) a sélectionné une coccinelle sans ailes, donc plus fidèle. L’équipe a découvert un mutant d’Harmonia Axyridis devenu naturellement incapable de voler. Cette lignée dite "sédentaire" n’est pas encore disponible sur le marché.
> La coccinelle caennaise
Tout a commencé en 1981, quand le premier adjoint de la ville propose au Conseil municipal de développer sur Caen, une méthode d’élevage de coccinelles mise au point par l’INRA. L’OPIE (Office pour l’information éco-entomologique) et le CREPAN (Comité régional d’étude pour la protection et l’aménagement de la nature) soutiennent le projet. Caen dévient la première ville française pourvoyeuse de coccinelles. Les élevages – à sept et deux points – se développent d’abord dans les tours de garde du château de Caen, puis dans les serres du parc horticole. La production réelle débute un an plus tard, et les premières coccinelles "maison" sont lâchées dans les serres de la ville.
Mais très vite, les caennais souhaitent aussi avoir des bêtes à bon Dieu dans leur jardin : la distribution gratuite de coccinelles commencent en 1984. En 1992, un contrat est signé avec une société de produits biologiques qui se charge de distribuer  – toujours gratuitement – les échantillons d’œufs de coccinelles en dehors de la région. Des livraisons sont également faites aux écoles maternelles et primaires pour une étude pédagogique en vue de familiariser les enfants avec les insectes.

> Si vous souhaitez des larves de coccinelles :
 
Établissement BIOTOP
Route de Biot
06 560 Valbonne
tel : 04 93 12 17 89
 
Établissement PROFERTYL
Z.I. de la sphère
14200 Hérouville Saint-Clair
tel : 02 31 47 15 90
 
Pour toutes informations complémentaires :
Direction Environnement et Cadre de Vie
5, place Blot - 14000 Caen
e mail : hboudeville@ville-caen.fr