Jean-Etienne Guettard, Antoine-Grimald Monnet - Atlas et description minéralogiques de la France
Jean-Etienne Guettard est le premier grand géologue français. Scientifique laborieux, ses nombreux voyages l’amènent à s’intéresser aux richesses et à la composition du sous-sol de la France et d’une partie de l’Europe. On lui doit la première carte géologique - bien qu’incomplète - de la France, la démonstration de l’érosion fluviatile et de l’origine volcanique des montagnes d’Auvergne.
Titre : Atlas et description minéralogiques de la France. Première partie
Auteur(s) : Jean-Etienne Guettard ; Antoine-Grimald Monnet
Edition : Paris : [Didot le jeune, Lib.] ; [Desnos, Lib.] ; [Alexandre JONBERT, Lib.] - 212 p. 31 pl. gravées
Format : in fol.
Les auteurs : Jean-Etienne Guettard et Antoine-Grimald Monnet
Jean-Etienne Guettard

Jean-Etienne Guettard est né à Etampes le 22 septembre 1715. Il est issu d’une famille de médecins et d’apothicaires, son grand-père est un proche de Bernard de Jussieu.
Il fait de brillantes études classiques, complétées par des conversations et des excursions scientifiques avec son aïeul, avant de se destiner à la médecine. Bernard de Jussieu l’encourage à venir à Paris afin de poursuivre ses études. Il étudie la botanique avec lui, la minéralogie avec Réaumur, tout en devenant médecin.
En 1743, il entre à l’Académie des sciences, élu adjoint botaniste. Plus tard, il sera également membre des académies de La Rochelle, Florence et Stockholm.
Il gère un temps le cabinet d’histoire naturelle de Réaumur. Puis le duc d’Orléans le choisit comme médecin. Cette position lui assure une pension, certes modique, un confort matériel et lui offre le loisir de poursuivre ses recherches scientifiques. Le duc lui confie également la direction de son cabinet de curiosités et met à sa disposition un laboratoire. A la mort du Duc, Guettard refusera le legs du cabinet d’histoire naturelle, au profit du fils du Duc.
Outre les catalogues descriptifs du cabinet de curiosités, Guettard publie son premier recueil scientifique sur la flore des environs d’Etampes, sa ville natale. Il sera toute sa vie un auteur fécond, publiant des Mémoires et laissant de nombreux manuscrits.
Il voyage beaucoup en France, aux Pays-Bas, en Italie, en Suisse, en Pologne et s’intéresse plus particulièrement à la géologie des contrées qu’il traverse. Les ressources minérales et minières sont l’enjeu principal de ses périples. Il s’agit de trouver toutes les richesses utiles pouvant intéresser l’industrie ou l’artisanat, afin de les exploiter.
Dès 1746, il rapporte de ces voyages des découvertes. Par la troublante continuité des terrains et des ressources minières de l’ouest de la France et du sud de l’Angleterre, il affirme que les deux territoires ont été réunis à une époque. Il publie à l’Académie royale des sciences
Mémoire et carte minéralogique sur la nature des terreins qui traversent la France et l'Angleterre. ll y déclare aussi que la France est traversée en trois bandes concentriques : sablonneuse, marneuse et schisteuse. C’est une première ébauche de carte géologique.
Toujours en 1746, son voyage en Normandie lui fait découvrir le premier gisement français de kaolin, matière première indispensable pour la fabrication de porcelaine (
Histoire de la découverte faite en France de matières semblables à celles dont la porcelaine de la Chine est composée, 1765-1766)
En 1751, il accompagne à Vichy et en Auvergne son ami Chrétien Guillaume de Lamoignon de Malesherbes. En y retrouvant des pierres qui lui rappelent les roches volcaniques d’Italie entrevues dans les cabinets de curiosités, Guettard découvre que ces montagnes sont des volcans éteints. Il publie à ce sujet un
Mémoires sur quelques montagnes de France qui ont été des volcans en 1752.
Pendant ces années, il aborde également les applications pratiques de la botanique, en faisant des recherches sur les propriétés colorantes du
Galium, sur la transpiration des plantes (
Mémoire sur la transpiration des plantes, 1752-1753).
Il cherche aussi des méthodes alternatives au chiffon pour fabriquer du papier : il fait des essais avec des nids de chenilles, de la filasse de palmier, de l’ortie ou des chardons. Il travaille également sur la physiologie végétale.
Il embrasse l’histoire naturelle au sens large, traduisant l’
Histoire naturelle de Pline, participant à la rédaction de la
Description générale et particulière de la France, de J.-B. Laborde. Il rédige en 1756 des
Observations qui peuvent servir à former quelques caractères de coquillages.
La géologie et la paléontologie restent néanmoins ses grandes spécialités. On lui doit la découverte des Trilobites (
Mémoires sur les ardoisières d’Angers). Il est l’un des premiers en France à dire que les fossiles qu’il découvre, comme ce bois de renne retrouvé près d’Etampes, sont des ossements d’organismes vivants. Mais il ne met pas pour autant en doute la fixité des espèces.
A l’Académie des sciences, il s’engage à faire connaître toutes les richesses minéralogiques de la France. Il veut mener à bien un projet fou : cartographier la France pour y mentionner tous les gisements. L’atlas doit contenir 214 cartes.
Il convainc le gouvernement de l’intérêt économique de son entreprise, qui lui offre son soutien. En 1767, le Ministre Bertin lance Jean-Etienne Guettard dans l’aventure. Aidé du tout jeune Lavoisier, il commence par prospecter d’abord dans l’Est. Le voyage dure plusieurs mois.
Mais la tâche est immense, trop vaste et ambitieuse pour deux hommes. Finalement, seules 16 cartes voient le jour. Guettard abandonne le travail. Antoine-Grimald Monnet continue le travail un moment, et publiera 16 cartes supplémentaires en 1780.
Jean-Etienne Guettard meurt le 6 janvier 1786.
Auteur fécond et beaucoup lu, scientifique modeste mais observateur rigoureux, minutieux homme de terrain, découvreur talentueux, il souffre néanmoins parfois de l’hostilité de ses pairs qui contestent la priorité de ses découvertes. Son humeur sévère et son caractère entier, ajouté à son style parfois confus et ses multiples centres d’intérêt ont nui à la lisibilité de sa carrière.
Antoine-Grimald Monnet

Antoine-Grimald Monnet nait en 1734 à Champeix, en Auvergne. D’origine très modeste, il s’intéresse aux sciences physiques, mais se forge lui-même son curcus de formation, ses parents ne pouvant lui assurer des études classiques. Il travaille chez plusieurs apothicaires, lit seul de nombreux livres de chimie. Il s’y adonne avec archarnement, jusqu’à ouvrir une officine de pharmacie à Rouen.
Tout en travaillant, il réalise des expériences sur les eaux minérales, pour lesquelles il rédige deux mémoires
Traité des eaux minérales (1768) et
Traité de vitriolisation (1769), remarqués à Paris. Guettard fut l’un de ses premiers protecteurs, tout comme Valmont de Bomare et Malesherbes.
Il est envoyé en Allemagne en 1770 pour y visiter les mines les plus célèbres. Il publie à son retour
Exposition des mines, traduction libre des chapitres consacrés à l’exploitation des minéraux utiles de l’ouvrage
Minéralogie et
Constredt . Restant dans le domaine des mines, il compile plusieurs ouvrages français et allemands pour publier
Traité de l’exploitation des mines en 1773.
Il remporte en 1774 un prix à l’académie de Berlin pour
Mémoire sur l’arsenic et celui de l’académie de Mannheim.
C’est Malesherbes qui lui obtint, par brevet du Roi, la place d’inspecteur général des Mines le 17 juin 1776.
Jean-Etienne Guettard s’adjoint Monnet pour continuer les prospections pour
l’Atlas minéralogique de la France. Monnet convainc Bertin de publier les cartes déjà réalisées, soit une quarantaine en 1780. Mais il est l’indélicatesse de vouloir s’attribuer tout le mérite de la publication, entraînant une brouille avec Guettard et Lavoisier.
Il publia une dizaine d’ouvrages, chimie, minéralogie ou metallurgie, et laisse de nombreux manuscrits.
S’opposant farouchement à la Révolution, il est privé de ses fonctions et se trouve alors isolé du monde scientifique. Il est mis à la retraite en 1802.
Il meurt le 23 mai 1817.
Ses détracteurs le trouve piètre scientifique, s’obstinant dans des anciens savoirs alors que les découvertes scientifiques, et en particulier en chimie, se développaient.
L’œuvre : Atlas et description minéralogiques de la France. Première partie

Géologue précurseur, Jean-Etienne Guettard fait de nombreux voyages à travers l’Europe et la France. Il souhaite exploiter ce gisement d’information pour en faire profiter ses collègues de l’Académie, mais aussi les grands du royaume.
En 1746, il annonce ses intentions dans son
Mémoire et carte minéralogique sur la nature et la situation des terreins qui traversent la France et l’Angleterre (publié en 1751). Il y déclare "
Si rien ne peut contribuer davantage à nous procurer une théorie physique et générale de la Terre, que des observations multipliées et faites sur les différents terreins, et les fossiles qu’ils renferment, rien ne peut assui faire plus sentir cette utilité, que de rapprocher et de présenter sous un coup d’œil ces différentes observations par des cartes minéralogiques. J’ai voyagé en vue de m’instruire sur le premier point, et suivant l’avis de l’Académie, qui, lorsque j’ai eu l’honneur de lui rendre compte d’une partie de mon travail, parut souhaiter d’en voir une carte, ne n’ai rien eu de plus à cœur que de remplir ses intentions ; cette carte sera l’abrégé de tout l’ouvrage que je me propose de donner sur ce que j’ai observé dans mes voyages.".

Première page des Mémoire de l’Académie royale des sciences, 1746
Il s’adjoint le concours de Philippe Buache, géographe du Roi "
dont les connoissances de la géographie physique sont aussi étendues que celles qu’il a de la géographie topographique".

Détail de la carte
En 1767, Bertin, ministre et secrétaire d’Etat, donne son feu vert pour la réalisation de l’Atlas minéralogique de la France. Il a réalisé que les arguments du savant sont justes, qu’il est intéresssant de pouvoir localiser les industries minières du royaume. Guettard se fait seconder par Laurent-Antoine Lavoisier, tout jeune, qui s’intéressait à la minéralogie.
Ils commencent leur périple dans l’Est, là où la richesse minière est grande. Durant plusieurs mois, ils lèvent les futures cartes. Guettard parcourera plus de 1 600 lieues.
Il profite de la parution de la carte de Cassini pour utiliser le fond de carte, allégé, afin d’y transcrire toutes les informations minéralogiques. L’échelle choisie est plus grande que celle de Cassini, permettant une grande précision dans la localisation. L’atlas doit contenir 214 cartes, couvrant tout le territoire français.

Détail de l’échelle des cartes
Ils gravent 16 cartes, couvrant l’Ile-de-France, la Champagne, la Lorraine, l’Alsace et la Franche-Comté.
Pas moins de 211 signes sont utilisés en légende pour décrire les richesses minéralogiques présentes. C’est une carte "à plat", qui ne permet pas de visualiser les volumes.

Quelques signes utilisés en légende
Lavoisier -laissant déjà entrevoir le grand savant qu’il sera- comprend, sans doute avant Guettard qui a du mal à raisonner en volume, la superposition des couches géologiques. C’est lui qui ajoute des coupes sur les marges des cartes, permettant de comprendre la position de chaque strate.

Les coupes de terrain complètent les cartes
Mais l’entreprise est trop démesurée pour deux hommes. Guettard renonce au bout de quelques années. Il délègue Monnet pour continuer les cartes. Ce dernier en sort 8 supplémentaires.

Hommage au précurseur Guettard
Il convainc Bertin de publier les cartes, en 1780, accompagnées des récits de ses propres voyages, et s’attribuant le prestige de la publication. Lavoisier et Guettard s’en émeuvent, trouvant que le travail n’est pas suffisamment avancé pour le publier. Lavoisier s’en épanchera dans plusieurs lettres.

La répartition des parties entre Monnet et Guettard
C’est la première carte minéralogique de la France, bien qu’incomplète puisque à peine un quart des feuilles seront réalisées. Elle est le reflet de l’état des connaissances de l’époque, et ouvre la porte au siècle d’or de la géologie, le XIX
e siècle.
Voir aussi : "
Histoire de la carte géologique de France"
L’ouvrage détenu par l’Arehn est mis en dépôt par la Société des amis des sciences naturelles et du muséum de Rouen.. Quelques taches d’humidité sont visibles en haut de quelques pages et la reliure est un peu abîmée sur la tranche.
Le tome détenu par l’Arehn concerne "
le Beauvoisis, la Picardie, le Boulonnais, la Flandre française, le Soissonnais, la Lorraine allemande, une partie de la Lorraine française, le pays messin, et une partie de la Champagne" et est intitulée
Première partie, indiquant là qu’il y avait une volonté de prolonger la publication. Elle restera malheureusement orpheline.
La monographie est constituée de i-xij + 214 p. + 31 (mentionné sur la page de garde) mais en réalité 29 cartes (planches gravées)
Contenu de l’ouvrage :
- Avant-propos
- Atlas et descriptions minéralogiques de la France :
- Avec approbation et privilège du Roi
- Page de titre
- Avant-propos
- Table indicative des auteurs ou amateurs de la Minéralogie, qui résident en Province, qui m’ont aidé ou accompagné dans mes Voyages, lesquels sont cités dans cet ouvrage.
- Atlas et description minéralogiques de la France
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Premier voyage |
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Second voyage p. 73 |
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Troisième voyage, p. 125 |
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Quatrième voyage, p. 135 (Lorraine, Metz) |
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Suppléments pour l’article de Soissons |
- Table pour l’indication des villes, des villages, & des lieux dont il est fait mention dans cet ouvrage
- Table indicative des matières minérales dont il est parlé dans cet ouvrage
- Errata
- Approbation
- Privilège du Roi

Approbation et privilège du Roi
- Tableau (NDLR : carte) représentatif des diverses cartes de l’atlas minéralogiques qui dépendent de cette première partie (échelle de 40 lieues de 2000 toises)
- Cartes (31 cartes ont été reliées dans la monographie)
Titres des cartes :
| 1 |
Carte minéralogique d’une partie du Boulonnais, du Calaisis et de la Flandre, où se trouvent Ambleteuse, Calais et Dunkerque |
| 1bis |
Carte minéralogique d’une partie du Boulonnais et de l’Artois où se trouvent Boulogne, Aire et Saint-Omer |
| 2 |
Carte minéralogique d’une partie de la Flandre, où se trouvent Bergues, Wormhout et Steenvorde |
| 2bis |
Carte minéralogique d’une partie de la Flandre où se trouvent Lille, Armentières, Cassel et Béthune |
| 3 |
Feuille minéralogique d’une partie de la Picardie où se trouvent Cressy, Hesdin, Doulens, Montreuil |
| 4 |
Carte minéralogique d’une partie de l’Artois du Hainaut et de la Flandre où se trouvent Arras, Cambray et Douay |
| 5 |
Carte minéralogique d’une partie du Hainault où se trouvent Valenciennes, Bavay, St Amant et Condé |
| 7 |
Carte minéralogique d’une partie de la Picardie où se trouvent Amiens, St Picquigny, Ayraines et Abbeville |
| 8 |
Carte minéralogique d’une partie de la Picardie où se trouvent Corbie, Peronne et Bapaume |
| 9 |
Carte minéralogique d’une partie de la Picardie et du Hainault où se trouvent St Quentin, Guise, Landreci, &c. |
| 10 |
Carte minéralogique d’une partie du Hainaut où se trouvent Philippeville, Givert et Mariembourg |
| 10bis |
Carte minéralogique d’une partie de la Champagne et de la Thierache où se trouvent Rocroy, Charleville Mézières |
| 14 |
Carte minéralogique d’une partie de la Normandie et de la Picardie où se trouvent Gournay, Aumale, Beauvai et Breteuil |

Détail de la carte XIV
| 15 |
Carte minéralogique d’une partie de la Picardie où se trouvent Noyon, Ham, Chauny, Roye et Montdidier |
| 16 |
Carte minéralogique d’une partie de la Picardie et de la Champagne où se trouvent la Fere, Laon, &c. |
| 17 |
Carte minéralogique de la Champagne où se trouvent Retel, Rosoy et Vouzières |
| 18 |
Carte minéralogique d’une partie de la Champagne et de la Lorraine où se trouvent Stenay, Montmedy, Longwy |
| 19 |
Carte minéralogique d’une partie de la Lorraine allemande, où se trouvent Thionville, Luxembourg, Sierck, Remich et Rodemack |
| 20 |
Carte minéralogique d’une partie de la Lorraine allemande, où se trouvent Tholey, Mertzig et St Vandel |
| 25 |
Carte minéralogique du Vexin et de quelques pays adjacents |
| 26 |
Carte minéralogique de la partie occidentale du Valois et de l’Isle de France adjacente |
| 27 |
Carte minéralogique d’une partie du Valois, Soissonnois, Rhémois et pays adjacents |
| 28 |
Carte minéralogique de la Champagne où se trouvent Ste Mennehoud, Machaut, Suippe |
| 29 |
Carte minéralogique d’une partie de l’Argonnois et de la Lorraine où se trouvent Clermont, Verdun, Estain et Fresnes |
| 30 |
Carte minéralogique du pays messein et d’une partie de la Lorraine allemande, où se trouvent Metz, Briey, Bouzonville et Boulay |
| 31 |
Carte minéralogique d’une partie de la Lorraine allemande, où se trouvent Sarre-Louis, Sarre-Brück, Sarre-Guemine, Forbach, St Avold, Püttelange et Sarre-Albe |

Détail de la carte XXXI
| 41 |
Carte minéralogique de prestque toute la Brie et pays adjacents |
| 42 |
Carte minéralogique d’une partie de la Champagne où se trouvent Chaalons, Vertus et Sézanne |
| 43 |
Carte minéralogique de la Champagne et du Barrois où se trouvent Vitry-le-François et Bar le Duc |
| 44 |
Carte minéralogique de la Lorraine où se trouvent Lagny, Toul, Commercy, Pont à Mousson et St Mihiel |
| 45 |
Carte minéralogique d’une partie de la Lorraine ;où se trouvent Nancy, Château-Salins, Fenetrange, Dieuse, Vic, Moyenvic et Luneville |
En complément : le kaolin d’Alençon
Jean-Etienne Guettard est connu pour être le premier "découvreur" d’un gisement de kaolin en France. Mais polémique et mauvaise exploitation de cette information
Le kaolin est un enjeu stratégique important en France à cette époque, car il rentre à 50 % environ dans la composition de la porcelaine, dont on cherche à percer le mystère de fabrication.

Dictionnaire raisonné d’histoire naturelle Valmont-Bomare
La porcelaine est découverte en Chine à l’époque Tang (VII
e-IX
e siècles). Les objets et la vaisselle, rapportés par les explorateurs, suscitent un engouement phénoménal dans les cours d’Europe à partir du XV
e siècle. Le commerce est florissant, mais les Européens cherchent vite à mettre au point eux-mêmes la pâte. Les faïenciers et les chimistes sont mis à contribution pour expérimenter, innover jusqu’à trouver la clé de fabrication. Il faut tester des formules avec différents éléments constitutifs et repérer les matières premières. On trouve alors la porcelaine "tendre" , car rayable, qui se rapproche du modèle chinois.

Encyclopédie
Enfin, en 1709, un gisement de kaolin est découvert en Saxe, et une manufacture voit le jour à Meissen pour fabriquer, grâce au chimiste Frédéric Böttger, la vraie porcelaine dure européenne en utilisant cet ingrédient indispensable.
La découverte d’un gisement français est donc d’importance pour l’industrie de la faïence et de la porcelaine.
Guettard le botaniste s’intéresse de plus en plus, au fil de ses voyages, à la géologie. Scientifique pragmatique, il s'attache aux applications pratiques de la science. En faisant des prospections dans l’Orne, il étudie le sol de la région d’Alençon et y découvre en 1746 un gisement de terre blanche, qu’il identifie comme le kaolin.
Après la découverte du gisement de Montpertuis, près d’Alençon, le Duc d’Orléans, fils du Régent, propose à Guettard un laboratoire pour qu’il puisse mener ses recherches et ses essais de pâtes. Guettard affirmera qu’il a réussi durant cette période à fabriquer quelques objets en porcelaine dure. Le malheur est que ces essais sont restés secrets…
En effet, des années plus tard, le 13 novembre 1765, il lit à l’Académie Royale des sciences un mémoire où il relate sa découverte d’un gisement. C’est
Histoire de la découverte, faite en France, de matières semblables à celles dont la porcelaine de la Chine est composée.
S’ensuit une polémique avec le comte de Lauraguais pour s’attribuer la paternité de la première production de pâte dure. L’affaire est et reste confuse, manifestement empreinte de querelles personnelles et de stragégie économique.
Car si Guettard revendique ses droits scientifiques sur la fabrication de la précieuse porcelaine, les preuves de sa bonne foi sont inexistantes. Le pli cacheté qu’il dit avoir déposé le 27 janvier 1751 à l’Académie, décrivant ses essais concluants ? Inconnu dans les registres de ladite Académie ! Les échantillons de porcelaine dure remis à la même occasion ? Introuvables ! Les quelques personnes l’ayant cotoyé dans ses travaux ne se rangent pas de son côté. Mystère donc quant à cette supposée découverte. Modestie et loyauté de Guettard envers le Duc d’Orléans, mort entretemps ? Fanfaronnade ?
Sa défense est sujette à caution, surtout pour le comte de Lauraguais. Ce dernier, grand seigneur et académicien, lui, conteste en termes belliqueux.
Pour alimenter la manufacture de Sèvres, transférée de Vincennes en 1756, le mémoire de Guettard et des échantillons de kaolin sont envoyés aux intendants et à certains géologues ou chimistes. Ils sont chargés de localiser de par le Royaume des gisements. Le site de Saint-Yrieix, près de Limoges, est découvert vers 1768, fera la réputation de Limoges. Les manufactures de la région feront de la concurrence à Sèvres.
Par contre, le gisement d’Alençon ne connaît pas le succès et l’Orne ne sera jamais terre de porcelaine.
Le kaolin est une argile blanche réfractaire à grosses particules, un silicate d’alumine hydraté, provenant de l’altération de feldspath. Son nom vient de Chine, du site de Kao-Ling.
Formule chimique : Al2Si2O5(OH)4
En mélangeant kaolin (50%), feldspath (25 %) et quartz (25%), on cuisant le tout à 940 °C, on obtient une pâte que l’on enduit d’un mélange de feldspath et quartz, pour cuire le tout cette fois-ci à 1450 °C environ. La pâte obtenue est blanche, translucide, inrayable et sonore. C’est la porcelaine dure.
Sources
Auteur et œuvre
Jean-Etienne Guettard .- Bibliographie universelle Michaud, tome 18, 1857
Jean-Etienne Guettard .- Dictionnaire de biographie française, Tome 17, 1989
Jean-Etienne Guettard .- Nouvelle biographie générale, tome 22
Jean-Etienne Guettard
http://www.corpusetampois.com/cpe-18-guettard-wingler.html
Jean-Etienne Guettard
http://www.annales.org/archives/x/guettard.html
Guettard, l’infatigable observateur
in Histoire de la géologie / F. Ellenberger, Paris, Lavoisier-Tec et Doc, 1994, pp. 218-233
Lettre de Lavoisier sur les moyens d’amener de l’eau à Paris et sur l’atlas minéralogique de France
http://histsciences.univ-paris1.fr/i-corpus/lavoisier/book-detail.php?bookId=196
Lettre manuscrite au ministre d’Etat Bertin, A.-L. de Lavoisier/ A.-G. Monnet 1778
http://www.polybiblio.com/basane/1590.html
Complément
Notice sur les travaux scientifiques de Guettard aux environs d’Alençon et de L’Aigle (Orne) / Abbé A.-L. Letacq .-
Bulletin de la société linnéenne de Normandie, 4
e série, 5
e volume, 1891 .- pp. 67-85
Guettard, le kaolin d’Alençon et la fabrication de la porcelaine / A. Bigot .-
Bulletin de la société linnéenne de Normandie, 5
e série, 6
e volume, 1902 .- pp. 3-28
La porcelaine, terre cuite à pâte dure translucide (Conseil des musées de Poitou-Charentes)
http://www.alienor.org/ARTICLES/porcelaine/texte.htm
Histoire de la porcelaine -
http://www.maisonporcelaine.com/
Jean-Étienne GUETTARD, Histoire de la découverte, faite en France, de matières semblables à celles dont la porcelaine de la Chine est composée, lue à l’assemblée publique de l’Académie royale des sciences, le... 13 novembre 1765 [in-4°; 23 p.], Paris, Imprimerie royale, 1765.