Louis Figuier - Les mammifères


Chimiste français et journaliste scientifique, Louis Figuier fut un grand vulgarisateur diffusant la connaissance scientifique et les avancées techniques et industrielles de l’époque au grand public.


Titre : Les mammifères
Auteur : Louis Figuier
Edition : 1869, Paris, Hachette
Format : in quarto

L’auteur : Louis Figuier



Louis Guillaume Figuier est né à Montpellier le 15 février 1819. Dès son plus jeune âge, il baigne dans le milieu scientifique. Son père est pharmacien et son oncle, Pierre Figuier, est professeur de chimie à l’école de pharmacie de Montpellier (il a découvert les propriétés décolorantes du charbon animal). Ainsi, Louis Guillaume étudie les sciences dans sa ville natale. Il y obtient, à 22 ans, son diplôme de docteur en médecine en 1841.

En 1842, il choisit d’approfondir ses études de chimie à Paris. Dès 1846, il est nommé professeur agrégé à l’école de pharmacie de Montpellier et, en 1853, à celle de Paris. En 1850, il devient également docteur en physique.

Louis Figuier fait des travaux très remarqués sur la fonction glycogénique l’opposant à Claude Bernard. Cette opposition académique tourne en sa défaveur et Figuier doit renoncer à sa chaire qui lui était officieusement due.

Ainsi, il décide de mettre de côté ses travaux de recherche et préfère se consacrer à la vulgarisation scientifique. Il collabore en tant que journaliste scientifique à de nombreuses publications parmi lesquelles La Presse, La France, La revue des deux mondes, etc.

Il fonde La science illustrée et, en 1859, une publication annuelle : L’Année scientifique et industrielle chez Hachette dans laquelle il recense les productions scientifiques de l’année.

Figuier s’attache à retracer, dans ses articles de vulgarisation, l’origine des inventions et les connaissances dans les secteurs scientifiques et industriels en pointe à son époque : la photographie, le téléphone, l’électricité, etc.

Parmi ses nombreux travaux figurent :
- Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernes (1851).
- L’alchimie et les alchimistes (1854).
- Les applications nouvelles de la Science à l’Industrie et aux Arts (1856).
- Les grandes inventions anciennes et modernes (1861).
- La terre avant le déluge (1863).
- Tableaux de la nature (de 1862 à 1872, 10 volumes).
- Les merveilles de la science (de 1867 à 1891).

Ses écrits, pourtant quasi systématiquement critiqués par les scientifiques, sont plébiscités par les lecteurs. Louis Figuier a donc acquis, par la vulgarisation scientifique, la célébrité et la reconnaissance sociale qu’il n’avait pas trouvée par ses travaux de recherche.


L’œuvre : Les mammifères



Page de titre
Les mammifères, publié 1869, fait partie des Tableaux de la nature qui regroupent une série de livres élémentaires sur les différentes parties des sciences naturelles dont La terre avant le déluge.

Figuier y expose aussi clairement et simplement que possible, les rudiments du savoir en cours de constitution.

Grâce à ces ouvrages de vulgarisation, le citoyen de la IIIe République et l’élève de l’école publique, laïque et obligatoire, n’ignore ni Darwin, ni Pasteur…

Omniprésente, l’image bouleverse considérablement l’aspect du livre. Le texte et l’image jusqu’ici fabriqué à part (deux presses différentes, donc deux métiers différents), se consultaient séparément. Désormais, l’image s’installe dans le texte, favorisant une bien plus grande liberté dans la mise en page. Moins coûteuse, elle est plus abondante.

On parle alors, pour la première fois, d’illustration et de livre illustré, expressions maintenant dans le langage courant.

276 planches et figures en noir et blanc illustrent l’ouvrage. Elles sont dessinées, pour la plupart, par Bocourt, Lalaisse, Mesnel, De Penne, De Neuville et Bayard. Il s’agit de scènes de mammifères dans leur milieu naturel ou dans leur milieu domestiqué. Couramment, des chasses sont représentées (de la baleine au lion, en passant par le chevreuil ou la chasse à cour), avec quelquefois un gros plan sur l’arme. Signe du temps, le colonialisme est aussi en fond pour quelques figures.

L’AREHN dispose dans son fonds ancien d’un exemplaire sur Les mammifères mis en dépôt par le Muséum d’histoire naturelle de Rouen. Cet exemplaire a appartenu à Raoul Fortin selon l’étiquette figurant comme ex-libris.

L’exemplaire est dans un état correct avec un dos en cuir gravé et les plats en carton.

Cet ouvrage de 596 pages est divisé en douze parties qui correspondent à la classification de Cuvier modifiée par les découvertes et les observations du XIXe siècle. Ses parties consistent à remonter l’échelle du perfectionnement des organismes.

Ordre des monotrèmes


Ornithorynques


Ordre des marsupiaux


Pour Figuier, ils présentent une anomalie d’organisation particulière. "Les petits, au lieu de naître à l’état parfait comme dans le reste des mammifères, naissent inachevés, et sont conservés par la mère dans une poche spéciale, jusqu’à l’époque de leur développement complet. "

Kangourou géant


Ordre des cétacés


Différents de la plupart des mammifères, ils sont presque tous aquatiques. "Les membres supérieurs et inférieurs sont modifiés de manière à ne rappeler en rien la disposition des membres chez les autres mammifères."

Chasse à la baleine


Pêche des narvals


Ordre des amphibies


Ils sont à la fois terrestre et aquatique.

Morses


Esquimau guettant un phoque


Ordre des pachydermes


Hippopotames


Ordre des ruminants


Il manque aux pachydermes et aux ruminants "le sens du tact, puisque l’organe principal de ce sens, c’est à dire l’extrémité des membres, est souvent enfermé en partie dans une enveloppe cornée nommée sabot".

Chameau d'Algérie


Ordre des édentés


Les édentés sont "caractérisés par l’absence de dent incisives, et qui ont quelquefois le corps recouvert de plaques écailleuses".

Fourmilier Tatamoir


Ordre des carnivores


Figuier n’hésite pas à citer des passages d’auteur. Ici, il présente Jules Gérard comme l’auteur de l’ouvrage Le tueur de lions et cite quelques paragraphes qui retracent une chasse au lion

Lion


Jules Gérard


Ordre des rongeurs


Lapins de clapier


Ordre des insectivores


Coupe d'un nid de taupe


Ordre des chéiroptères


Phyllostome fer de lance


Ordre des quadrumanes


"Ils sont pourvus pour la plupart d’un organe de préhension et de tact, qui manque aux autres animaux. Ils ont une main, et ce caractère implique un degré d’intelligence plus élevé que toutes les autres classes d’animaux".
Figuier précise qu’avec les quadrumanes s’arrêtent les animaux. Il ne considère pas l’Homme comme un mammifère. Il souligne qu’il faut bien "se garder de le comparer, de le rapprocher, de l’assimiler, sous aucun rapport avec l’animal". Il place toutefois deux figures de squelettes de gorille et d’Homme côte à côte et admet qu’il existe une ressemblance incontestable.

Chimpanzé



En complément : Les avancées de l’imprimerie au XIXe siècle



A compter du XIXe siècle, les inventions techniques vont modifier radicalement l'aspect du texte et de l’illustration, au caractère typographique et à la presse se substituent des procédés mécaniques de composition et d’impression.

Le papier


Fini l’atelier d’imprimerie resté presque inchangé depuis Gutenberg (1440), voici venue l’ère de la production massive, où triomphent sans partage le papier et l’imprimerie, l’image et le journal.

Le papier est encore, au début du XIXe siècle, fabriqué feuille à feuille. Les recherches pour produire plus rapidement, à partir d’une matière première plus abondante que la chiffe, rencontrent un premier succès avec l’invention de Louis Nicolas Robert, employé par Didot à la papeterie d’Essonnes.

Sa découverte, en 1798, de la technique du papier en continu, exploitée d’abord en Angleterre puis en France à partir de 1816, inaugure la mécanisation de cette industrie. Après des essais menés à partir de la paille, le procédé de la pâte de bois s’impose dans les années 1860, fournissant aux nouvelles machines une ressource jugée inépuisable. Fabriqué en usine, le papier se présente désormais sous la forme d’énormes rouleaux. Les gains décisifs de productivité, qui concernent aussi l’encollage (pratiqué à la résine au lieu de la gélatine) et le blanchissement (au chlore), sont néanmoins obtenus au détriment d’une certaine qualité.

La presse à rotative


Dans un premier temps les perfectionnements successifs apportés à la presse à bras vont augmenter sa puissance. En 1795, l’anglais Stanhope met au point un outil métallique, entièrement en fonte, au rendement plus élevé que la presse à bras. Peu après, l’allemand Frédéric König invente un système d’encrage par rouleaux, puis réussit la mécanisation complète du processus d’impression, couplé avec une machine à vapeur. Les premières presses mécaniques sont installées en France en 1823. La deuxième grande nouveauté est l’adoption du principe de la stéréotypie procédé qui consiste à prendre le moulage de la forme typographique et autorise l’imprimeur à refaire un tirage dès que le premier est épuisé, sans avoir à supporter les frais d’une nouvelle composition.

Au milieu du XIXe siècle, la première presse moderne  est construite à Philadelphie: elle tirait 95 000 exemplaires à l’heure et des deux côtés de la feuille en même temps, contre les 300 exemplaires quotidiens de la presse à bras encore en vigueur trois quarts de siècle plus tôt !

En France, Hippolyte Marinoni installe, en 1872, sa première rotative à bobines imprimant 10 000 exemplaires à l’heure du journal parisien La Liberté.

A ce moment là, la composition des textes se faisait entièrement à la main, caractère par caractère. Avec l’apparition de la linotype en 1886, on frappe désormais les textes directement sur un clavier. Ce système sera le plus utilisé pour la composition des journaux jusqu'au années 1970.

Du côté de l’illustration, la lithographie, puis la photographie, vont connaître un essor considérable pour reproduire des images en couleur.

Omniprésente, l’image bouleverse l’aspect du livre et ses modes de diffusion : c’est la grande époque des affiches de librairie, des albums d’abord, suites de lithographies, puis volumes reliés.

Les imprimeries changent de taille, se mécanisent, exigent des espaces plus vastes, ce qui entraîne leur départ vers la banlieue ou la province, facilité par le développement des transports ferroviaires. Ce changement d’échelle, si net sous le Second Empire, bouleverse les anciennes imprimeries : Berger Levrault à Nancy passe de 150 à 404 ouvriers entre 1855 et 1877, et de 15 à 34 presses. Partout l’augmentation du nombre et de la taille des machines détruisent l’organisation traditionnelle du travail.


Sources



Complément


RAICHVARG, Daniel (2005)
Sciences pour tous ?  .- Paris  : Gallimard  .- ill. ; 18 cm  .- 127 p.  .- (Découvertes Gallimard. Sciences et techniques ; 467)

BLASSELLE, Bruno (2004)
Histoire du livre : le triomphe de l’édition  .- Paris : Gallimard  .- ill. ; 18 cm  .160 p.  .- (Découvertes Gallimard. Histoire ; 363)

MARTIN, Gérard (1998)
Imprimerie (l')  .- 9ème éd.  .- Paris  : Presses Universitaires de France  .- ill. ; 18 cm  .- 126 p.  .- (Que sais-je ; 1067)

Cellule de veille technologique de l'École Française de Papeterie et des Industries Graphiques
http://cerig.efpg.inpg.fr/dossier/impression-numerique/page01.htm